The Magnificent Seven. That’s a movie !


Continuons notre promenade au cœur du cinéma mondial avec un western universellement connu: « Les sept mercenaires »

de John Sturges (1960).

J’entends déjà les récriminations du style « péché originel » : c’est un remake des Sept samouraïs de Kurosawa (1954) ! C’est faux : certes, le sujet est le même, transposé à la belle époque du far-west mais c’est tout. Ni le scénario, ni la mise en scène, ni le jeu des acteurs, ni le rythme du film, encore moins sa portée comme sa signification, n’ont la moindre ressemblance avec le film japonais. C’est tellement vrai que le cinéaste nippon enthousiaste et enchanté par l’œuvre de Sturges, voyant bien les différents apports du metteur en scène américain, lui offrit un nihontô (épée japonaise).

Là où Sturges est particulièrement créateur, c’est lorsqu’il introduit un élément totalement inexistant dans le film de Kurosawa : le Destin. Dès le départ des six hommes recrutés par les paysans mexicains, auxquels se joindra le septième : le jeune homme tenace désirant prouver sa valeur, on comprend que certains ne reviendront pas. Au fur et à mesure que se développe l’aventure, on devine lesquels : ceux qui sont au bout du rouleau, dont le destin est fini. J’ai nommé : Brad Dexter, James Coburn, Robert Vaughn et Charles Bronson. D’ailleurs, la vérité n’est pas issue d’une succession d’exploits. Elle est intrinsèque au déroulement de l’affrontement des mercenaires et des bandits de Calvera (Eli Wallach) culminant avec le retour des sept hommes au village.

J’aimerais insister sur un moment intense dont les « exégètes du septième art » n’ont que peu parlé : quand Chris (Yul Brinner) fait la connaissance de Vin (Steve Mc Queen) en décidant de conduire jusqu’au cimetière le corbillard dans lequel repose le vieil indien que les blancs du cru ne veulent pas voir enterrer avec « leurs morts »… Les deux hommes vont risquer leur peau ensemble et vaincront ensemble ce racisme particulier.
Imaginer que même les morts, de couleur différente, ne peuvent reposer en paix côte à côte a de quoi remuer les deux représentants de commerce venus de l’est ! La montée vers le cimetière apparaissant, tout à coup, comme un vibrant réquisitoire pour l’égalité et la fin de toute ségrégation… Nous sommes en 1960…Le rapport avec la période est évident.

La mise en scène de ce moment est parfaite de justesse dans son déroulement, dans le peu de mots utilisés, dégageant une puissance des images presque archétypale. Assistant à l’événement, les paysans mexicains décident d’aller frapper à la porte de Chris (Yul Brinner) et, par là, offre une chance aux mercenaires de sublimer leur destinée, ce qu’ils sentiront bien. Cette scène est la clé du film. Elle est bien trop souvent ignorée, passée sous silence. Il me paraît nécessaire de rétablir son importance.
Six des sept hommes sont divers et variés, sans grand chose en commun, sauf le fait d’être des mercenaires, donc sans attaches familiales, sans foyer et sans espoir de trouver une vie meilleure quelque part. Ils l’expliquent si bien au jeune homme tenace (Chico joué par Horst Buchholz) que celui-ci finira par comprendre que ce n’est pas son avenir. En tombant amoureux de la jeune femme, il se sauvera de ce qui l’aurait attendu s’il avait continué sa route avec Yul Brinner (Chris) et Steve McQueen (Vin), les deux autres survivants de ce carnage. Chico va donc rester et les derniers mots échangés entre Chris et Vin seront ceux de la fin, parfaitement extraordinaires : «  ce sont les paysans qui gagnent, nous on perd toujours  ».
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La musique d’Elmer Bernstein, entraînante et spirituelle, aurait largement méritée l’Oscar… Quand on pense que le film ne reçut aucune récompense, on en reste tout ébaubi. Son succès fut mondial, mais encore plus fort en Europe qu’aux États-Unis.
Le film lança vraiment la carrière de Steve Mc Queen, alors sous contrat pour la série « Au nom de la loi  ». Il dut simuler un accident de voiture pour pouvoir y jouer! Ses rapports avec Yul Brinner, acteur expérimenté et reconnu, furent détestables : les deux hommes entrèrent en conflit permanent pour tout et n’importe quoi. A tel point que Yul Brinner menaça de quitter le plateau. Il fallut que Sturges calme tout ce beau monde en poussant quelques « gueulantes » retentissantes.

La puissance expressive du film va crescendo. Le fait que Caldera et sa bande soient dos au mur, qu’ils doivent se ravitailler à tout prix au village sous peine de mourir de faim, rajoute un élément d’angoisse au déroulement de l’histoire mais permet au réalisateur une intéressante étude de caractère de ses personnages, donnant la réponse à la question qui tient en haleine le spectateur à ce moment-là : lesquels reviendront ?
Les « œuvres cinématographiques » dominées par le « Destin » sont extrêmement rares : à part « Les sept mercenaires »(1960), je ne connais que « Pépé le Moko »de Julien Duvivier (1936), qui fera naître la légende de Gabin, et, à un degré moindre car le destin n’y est pas mettre du jeu, « Les portes de la nuit  » de Carné (1946).

Ce film fut bénéfique pour tous les acteurs car, dans la foulée, tous connurent une belle carrière. Yul Brinner continua la sienne, déjà bien lancée (Salomon et la reine de Saba), participant à de nombreux succès (Mondwest, Taras Boulba,etc..). Steve Mc Queen se vit offrir le rôle titre dans « Bullit  », et bien d’autres (Cincinatti Kid, La Grande évasion, etc..) tandis que Robert Vaughn triompha à la télévision dans la série « Napoléon Solo », que Charles Bronson enchaîna film sur film, sa carrière culminant avec « Il était une fois dans l’ouest » de Sergio Leone. Quant à James Coburn, lui aussi connut son moment de gloire (La Grande évasion, La Chevauchée sauvage…). C’est Brad Dexter qui fit la carrière la plus moyenne, tandis que Horst Buchholz se consacrait au théâtre. Le méchant de l’histoire, Eli Wallach, tourna dans Les Désaxés avec Clarck Gable, Montgomery Cliff et Marylin Monroe, puis dans « Le Bon, la brute et le truand » de Sergio Leone.

Insistons sur un autre point : le peu de dialogues du film. Quand quelqu’un demande à Chris (Yul Brinner)d’où il vient, il montre derrière lui, sans prononcer une parole. Quand un autre lui demande où il va, il montre devant lui… Les images sont tellement fortes, tellement expressives, que rajouter du texte aurait été inutile, voire encombrant. On retrouvera le phénomène tout au long du développement du scénario.

C’est à une démonstration d’art cinématographique que nous convie John Sturges, en privilégiant l’image. Le travail sur les couleurs, le jeu physique des acteurs avec leur démarche caractéristique, leur « trogne », leur impact sur le spectateur, le ni trop ni trop peu du dialogue, la mise en avant presque physique des motivations de chacun à finir l’aventure, tout cela forme le cadre où s’épanouira l’ultime décideur de l’avenir : le Destin, qui ne fera pas de cadeau d’ailleurs…

C’est cette notion de Destin qui donne son intemporalité au film, qui lui confère sa jeunesse et son éternité. Comme je l’ai écrit en parlant du genre cinématographique, les grands films ne meurent jamais : ils sont frappés du sceau du génie, donc de l’éternelle jeunesse…

Jacques Tcharny


WUKALI 29/03/2016
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