The rule of law and political virtue, signs of a good government, Montesquieu a champion of liberty


Qui mieux que [**Montesquieu*] nous permet de prendre la mesure des drames que connait notre pays luttant contre l’hydre terroriste et un islamisme sanglant. Qui mieux que Montesquieu pour parler de tolérance, de différences. Qui mieux que Montesquieu nous permet de nous grandir pour être pleinement citoyen. Il n’est pas indifférent de relire une de ses réflexions notée dans un cahier publié après sa mort sous le titre Mes Pensées : « Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. » À rapprocher d’un autre fragment affirmant : « Tout citoyen est obligé de mourir pour sa patrie ».

Le terme de citoyen n’est pas à comprendre dans son acception actuelle qui connote plus les droits de tout habitant d’un pays que ses devoirs. Il ne correspond pas non plus à l’usage de l’Ancien régime : on y est sujet du roi. Comme les gens cultivés de son époque, Montesquieu est pétri de culture antique à laquelle il a consacré plusieurs études. Il se réfère à la République romaine, instaurée vers 509 av. J.-C, mise à mal par les dictatures de [**Sylla*] et de [**César*] (de 82 à 79, puis de 46 à 44 av. J.-C.) et achevée par l’avènement du Principat en 27 av. J.-C. L’écrivain considère, à rebours de l’admiration généralement professée à l’égard du « siècle d’Auguste », que la grandeur romaine est morte à cette époque. Dans la République fondée sur un partage équitable des terres, chaque Romain avait intérêt à la survie de sa patrie : en lui le citoyen et le soldat se confondaient. En revanche, l’expansion territoriale au-delà de la Péninsule, éloigna le citoyen de son territoire, au risque de livrer le pays aux invasions extérieures, comme celle que tenta [**Hannibal*]. Pour assurer la cohésion et la stabilité d’un immense empire, les Romains durent s’imposer par des lois de plus en plus coercitives contre les peuples conquis et recourir à des actes de cruauté et à la pratique de l’esclavage. Les interférences entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel se multiplièrent dans l’Empire christianisé, alors que la République adoptait les dieux d’autres civilisations et les intégrait à ses propres rites religieux. C’est la question abordée par Montesquieu dans la communication qu’il lit devant ses confrères de l’Académie de Bordeaux, en 1716, l’année de son élection, sur la Politique des Romains dans la religion. Implicitement, on peut y voir une condamnation de la révocation de l’Édit de Nantes, décidée par [**Louis XIV*] en 1685. Elle provoqua l’exil d’un grand nombre de protestants français. La liberté de conscience, pour un écrivain qui appartient à une famille autrefois huguenote et dont l’épouse resta protestante malgré une conversion de façade au catholicisme, est un droit fondamental. Dans l’Empire romain, les intérêts politiques immédiats prirent de plus en plus le pas sur des visées politiques à plus long terme. Ce qui avait fait la grandeur du citoyen romain – son aptitude à exercer sa liberté – disparut en quelques générations, et fut effective à la fin du Ier siècle avant J.-C. C’est pourquoi Montesquieu considère que l’Empire, loin d’être l’apogée glorieuse de l’histoire romaine, témoigne au contraire de son entrée en décadence. L’écrivain ne porte aucun jugement moral. Il démonte le mécanisme des réussites comme celui des échecs. Dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, publiées en 1734, il établit clairement un lien entre la chute de l’Empire et l’affaiblissement de la conscience citoyenne des habitants de l’Empire.

L’originalité de l’analyse de [**Montesquieu*] frappe encore plus quand on la compare à celle développée par[** Bossue*]t dans son Discours sur l’Histoire universelle (1681), destinée à son élève, le[** Dauphin de France*], fils de Louis XIV. La démarche théologique et téléologique de l’auteur tend à prouver que l’extension territoriale des Romains résulte de la volonté de Dieu pour préparer la venue du christianisme. Née sur les terres soumises à l’Empire, la nouvelle religion a trouvé dans la vaste étendue de ce dernier – une bonne partie du monde connu à cette époque -, un facteur favorable à son expansion.

Montesquieu ne cessera de revenir sur les conditions qui permettent à une société de se construire ou d’aller à sa perte. Cela aboutira, dans sa forme la plus élaborée, à [**L’Esprit des lois*], œuvre rédigée entre 1734 et 1748. Mais le romancier aborde déjà le sujet dans[** Les Lettres persanes*] (1721). Usbek, le Persan parti à la découverte de l’Europe en compagnie de son ami Rica, entretient une correspondance avec ses amis restés au pays. L’un d’eux, Mirza, lui demande « si les hommes étaient heureux par les plaisirs et les satisfactions des sens, ou la pratique de la vertu ? » Usbek ne répond pas en termes de morale individuelle mais par une histoire collective, celle des Troglodytes (lettres XI à XIV). On rappellera à grands traits ce récit qui oppose méchants et bons Troglodytes, peuple mythique qui aurait vécu dans les anfractuosités de rochers, entre le sud de la Libye et le nord du Tchad actuels. Montesquieu reprend la question de l’origine des sociétés dont débattent religieux et philosophes, notamment au XVIIIe siècle. Les premiers Troglodytes, vivant de rapines et mus par leur seul égoïsme forcené, ne connaissent que la violence. Ce qui les amènent à s’en prendre à leurs proches voisins, jusqu’à ce qu’un roi étranger les soumette à une loi d’airain pour mettre fin à leurs exactions. Pour un temps seulement, car le tyran finit assassiné par ces méchants Troglodytes. À l’opposé, dans une vallée isolée, d’autres Troglodytes développent une société patriarcale, fondée sur l’entraide, l’amour familial, propres à créer une vie harmonieuse entre eux et favoriser leur prospérité. Un jour cependant, une délégation de ces hommes paisibles demande au plus vieux d’entre eux de devenir leur roi. Ce dernier fond en larmes, non par reconnaissance, mais par désespoir car il constate que ses semblables n’ont plus la force de vivre dans une cohésion parfaite par la seule force de leur vertu. Cette parabole permet d’analyser les différentes formes d’organisation sociale inventées par les hommes au cours des âges et d’étudier les principes sur lesquels elles reposent : une fois écartées l’anarchie mortifère, négation même de toute vie commune, et la tyrannie, insupportable à ceux qui doivent s’y soumettre, restent la République, ici idéalisée sous sa forme patriarcale, et la Monarchie dont on ignore quelle serait sa nature puisque le récit s’interrompt avant que le vieillard ne s’exprime davantage. Montesquieu développe cette première approche dans L’Esprit des lois.

La République implique la participation de tous au gouvernement (à l’instar des cités grecques où le peuple en son entier s’assemblait sur l’agora) ou celle de ses représentants, qui forment une « aristocratie », au sens étymologique du terme des « meilleurs » (à l’exemple de la République de Venise ou de la ville de Genève). La Monarchie, littéralement le « pouvoir d’un seul », respecte des lois fondamentales ou des coutumes. Elle devient absolue quand le souverain détient tous les pouvoirs, comme en France ; l’existence d’un corps intermédiaire, comme celui du parlement en Angleterre, permet de contenir les décisions du souverain dans les limites du raisonnable. Le despotisme, ne s’embarrassant d’aucune règle, suit le caprice du tyran.

Chaque système repose sur un principe : la vertu pour la République, car le citoyen doit renoncer à son propre intérêt au profit de celui de tous ; l’honneur pour la Monarchie puisque le souverain s’engage à respecter les lois fondamentales en échange de l’obéissance de ses sujets ; la crainte qui seule peut contraindre les hommes, réduits à l’état d’esclaves, à se soumettre à un tyran. Le récit romanesque insiste sur la fragilité de ces différents régimes car le principe qui sous-tend chacun d’entre eux peut s’altérer, intentionnellement ou non, avec le temps. Le « reportage » que réalisent les deux voyageurs persans à l’adresse de leurs correspondants, présente le vieux [**Louis XIV*] sous les traits d’un despote ; le pouvoir absolu qu’il exerce sur ses sujets, trouve son pendant dans celui qu’Usbek exerce dans son sérail. Ce dernier ne peut éviter la révolte de ses femmes délaissées pendant dix ans, et l’anarchie qui en résulte trouve sa résolution dans un bain de sang. Quant à la République, pour Montesquieu comme pour ses contemporains, elle n’est envisageable que pour de petits territoires faiblement peuplés. Elle n’est donc pas envisageable pour les grands pays européens. Or les Monarchies ne sont pas moins fragiles que les autres systèmes. La preuve en a été apportée par les deux révolutions anglaises, du XVIIe siècle (de 1641 à 1649 et en 1688-89) : après le renversement du roi [**Charles Ier*] et son exécution en 1649, la République proclamée a dégénéré, sous la férule de [**Cromwell*], en tyrannie. La mort de ce dernier a permis le rétablissement d’une Monarchie parlementaire dont le fonctionnement fit ensuite l’admiration de tous les esprits éclairés. Rien n’empêcherait qu’elle ne dégénère à son tour : aucun gouvernement n’est pérenne : le principe qui étaye toute forme de pouvoir et qui doit assurer un rapport équilibré entre les différentes composantes de la société n’est pas à l’abri d’un dérèglement. En effet, la République peut tendre vers la Monarchie, la monarchie vers la tyrannie, la tyrannie vers l’anarchie, car celle-ci finit toujours par provoquer une révolte. Mais un gouvernement modéré risque, par excès de faiblesse, de provoquer un désordre dont la répression qu’il entraîne peut conduire au despotisme. C’est pourquoi Montesquieu défend la séparation des trois pouvoirs – législatif, exécutif, juridique -, afin qu’ils ne se retrouvent pas tous entre les mains d’un seul.

Les remarques naïves des Persans, ignorants qu’ils sont de l’Occident, permettent à Montesquieu de rendre le lecteur « étranger à lui-même », selon l’heureuse formule de [**Roger Caillois*], et de mettre dans la lumière ce que la force de l’habitude a fait perdre de vue : les ridicules de la mode, l’hypocrisie sociale, les abus de l’Église, les incohérences des décisions royales. Usbek, après un temps d’accoutumance à tout ce qui, en Europe, diffère des conceptions orientales, ne tarde pas à en voir les séductions mais aussi les tares. Peu à peu, un profond pessimisme s’empare d’Usbek : l’Occident dont il admire certains aspects culturels et la liberté dont jouissent les individus, montre des signes de dégénérescence, présage d’un drame prochain. Cependant, il est incapable d’appliquer à son propre univers cet esprit critique. L’architecture du roman établit un parallèle entre le harem délaissé par son maître et la situation politique de la France où, derrière une façade de grandeur, tout n’est qu’arbitraire. Les portraits des religieux sont particulièrement satiriques et le Pape, comme gardien des dogmes, n’échappe pas à la caricature. [**Voltaire*] n’oubliera pas cet exemple dans ses contes. Montesquieu ne rejette pas la pratique d’une religion mais il lui refuse toute hégémonie dans la vie publique. Chez les bons Troglodytes, elle venait adoucir davantage leurs mœurs déjà paisibles. La reconnaissance d’une transcendance peut aider chacun à donner le meilleur de lui-même en faveur de la communauté dans laquelle il vit, mais le fonctionnement de la société ne doit jamais se réduire à la stricte observance de pratiques religieuses. C’est bien ce que précise Mirza en interrogeant Usbek : « J’ai parlé à des mollaks, qui me désespèrent avec leurs passages de l’Alcoran : car je ne leur parle pas comme vrai croyant, mais comme homme, comme citoyen, comme père de famille. » (Lettres persanes, X) On retrouve ici la hiérarchie suggérée dans la première Pensée citée en introduction : l’individu, quand il agit, doit toujours avant de songer à sa propre personne, transcender ses intérêts propres pour préserver celles de l’humanité, de la civilisation et de la famille auxquelles il appartient. Remarquons que la religion est marginalisée, au moins dans sa stricte observance.

La rationalité dont le Persan fait preuve dans l’analyse historique ou philosophique, l’abandonne dès que la passion, notamment la jalousie à l’égard de ses femmes, qu’il n’aime pourtant pas et qu’il a quittées depuis dix ans, s’empare de son esprit. La catastrophe finale reprend toute sa signification étymologique de « renversement », puisque le harem qu’il présentait comme le lieu où régnait la vertu, se révèle celui de toutes les turpitudes. Même celle qu’il croyait la plus chaste, Roxane, l’a trompé. La vertu sans liberté n’est qu’un leurre ; non seulement aucun homme ne doit ni ne peut priver son prochain de sa liberté – Montesquieu condamnera sans appel la pratique de l’esclavage dans l’Esprit des lois -, mais l’idée même de domination repose sur une illusion : Roxane en se suicidant prive Usbek du pouvoir qu’il avait de la châtier, donc de décider de son sort. Elle meurt librement et vengée. Pire, Usbek, ivre de rage, est devenu l’esclave de ses passions. Le pouvoir absolu n’est qu’un leurre, destructeur pour le souverain comme pour ceux qu’il commande. Certes, l’univers romanesque se pare des horreurs de la tragédie et on peut y voir une forme de suprême ironie à l’égard des conventions littéraires. Il n’en reste pas moins que Montesquieu nous montre un homme que sa raison ne peut protéger de ses propres démons. La notion de pureté, érigée en valeur suprême par la religion, ne peut s’imposer par la contrainte ; une loi équitable, en dehors de tout autoritarisme arbitraire, est bien plus efficace pour éviter le désordre.

D’où la longue et minutieuse enquête que mène Montesquieu dans L’Esprit des lois pour définir ce qui assure la pertinence d’une législation. Il note dans ses Cahiers : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste ». Il l’avait précisé déjà dans les Considérations : « Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle qu’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. » Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un homme des Lumières, Montesquieu ne va pas énoncer des principes universels, ce qui serait plutôt le propre des préceptes religieux. Il pose comme prémisse que le « gouvernement le plus conforme à la nature est celui qui se rapporte le mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi. » Usbek en traversant différents pays pour rejoindre l’Europe, avait relevé la diversité des mœurs de leurs habitants respectifs. Il l’expliquait en établissant un lien entre l’organisation des sociétés et les conditions climatiques dans lesquelles elles s’étaient développées. Montesquieu théorisera cette idée dans le chapitre X, du Livre XIV de L’Esprit des lois : « Ce sont les différents besoins dans les différents climats, qui ont formé les différentes manières de vivre ; et ces différentes manières de vivre ont formé les diverses sortes de lois ». Montesquieu n’invente pas cette « théorie des climats » qui remonte à l’Antiquité, mais il y a attaché son nom car ses écrits l’ont popularisée. Amateur d’expériences scientifiques, dont il rendait compte dans certaines de ses interventions à l’Académie de Bordeaux, il avait observé le rétrécissement des fibres d’un morceau de viande exposé au froid et le retour à leur forme première sous l’effet de la chaleur. D’où l’idée que les êtres vivants, sont conditionnés par le milieu physique dans lequel ils se développent. L’indolence des habitants des pays chauds, qui peut se transformer en violence, implique des lois différentes de celles qui régissent les régions tempérées où les hommes auraient un tempérament plus équilibré. Inutile ici de discuter du bien-fondé d’une telle théorie, mais retenons l’idée que chaque civilisation a ses spécificités : « Plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les mœurs, les manières ; d’où il se forme un esprit général qui en résulte. » (Esprit des lois, XIX, 4). S’agissant des religions, Montesquieu précise : « dans cet ouvrage, je ne suis point théologien, mais écrivain politique ». Il affirme cependant : « Il est très utile que l’on croie que Dieu est » (Ibid., XXIV, 2), car la religion apporte une morale au peuple et freine le pouvoir du Prince. Elle constitue ainsi un contre-pouvoir dans un régime despotique. Il se garde bien de décider de la vérité des dogmes qu’elles professent ; il ne les examine que « par rapport au bien que l’on en tire dans l’état civil » (Ibid., XXIV, 1). Mais il distingue les rôles de la politique et de de la religion : « Les lois humaines, faites pour parler à l’esprit, doivent donner des préceptes, et point de conseils : la religion, faite pour parler au cœur, doit donner beaucoup de conseils, et peu de préceptes. » (Ibid., XXIV, 7). Chez les bons Troglodytes, elle ne fonde pas la société mais elle vient policer les mœurs de cette dernière. C’est pourquoi, instruit par son histoire familiale et les conflits entre catholiques et protestants au XVIe siècle, puis par les conséquences déplorables, notamment économiques, de la Révocation de l’Édit de Nantes, en [**1685*], Montesquieu affirme : « Quand on est maître de recevoir dans un État une nouvelle religion, ou de ne la pas recevoir, il ne faut pas l’y établir ; quand elle y est établie, il faut la tolérer. » Dans ce cas, ajoute-t-il, il est impératif de forcer ces différents cultes à se tolérer entre eux (Ibid., XXV, 10).

C’est également pourquoi, s’il faut changer une loi, « il ne faut y toucher que d’une main tremblante », car le risque est grand de détruire l’équilibre précaire que les hommes ont mis des siècles à élaborer. Le concept classique de l’universalité de la nature humaine commence à s’éloigner pour laisser place à celui de la singularité de l’individu qui s’imposera à l’époque romantique. Cette revendication nouvelle peut mettre à mal la cohésion d’une nation, voire même la pérennité des civilisations. Conçues comme la résultante d’un héritage complexe, celles-ci ne peuvent s’exporter, ce qui condamne toute colonisation ou immigration qui ne s’accompagne pas d’une profonde acculturation. Une loi juste assure l’homogénéité d’un groupe humain d’autant mieux qu’elle reflète la cohésion qui a présidé à son unité. Montesquieu prend soin de préciser : « Du reste, dans tout ceci, je n’ai prétendu ni louer, ni blâmer notre nation. Quand j’agis, je suis citoyen ; mais lorsque j’écris je suis homme, et je regarde tous les peuples d’Europe avec la même impartialité que les différents peuples de l’île de Madagascar. » C’est-à-dire qu’il n’y a chez lui aucun nationalisme xénophobe.

En quoi ce retour sur la démarche intellectuelle de Montesquieu, concernant la nécessité d’une loi juste dans toute société humaine, peut-il nous éclairer dans les temps d’incertitude qui sont les nôtres ? D’abord parce que sa pensée ne s’appuie sur aucun concept qui s’imposerait à tous sans la moindre réflexion. Sa démarche pragmatique repose sur l’analyse rationnelle de l’histoire multiséculaire de l’humanité. Tour à tour historien, sociologue (on lui attribue l’honneur d’en avoir inventé le concept), philosophe, observateur sarcastique mais passionné par l’idée que l’Homme vaut avant tout par sa capacité à dépasser ses intérêts immédiats, il insiste sur la nécessité de se soumettre à une loi juste, faute de quoi la violence de l’anarchie ou de la tyrannie menacent la survie des civilisations.

D’où la haute idée que Montesquieu se fait du Citoyen, justifiée par les principes qu’il tire de l’analyse de l’Histoire et de l’observation des mœurs. Cet « esprit » – presque au sens alchimique du terme de « principe vital » -, des lois s’est heurté aux préjugés de son époque : le pouvoir royal et l’Église ont condamné le livre qui, implicitement, les désacralisait. Mais ce livre a été rapidement traduit en différentes langues européennes et couvert de louanges. Peut-il être mieux reçu aujourd’hui, corsetés que nous sommes par des certitudes, certes différentes de celles d’hier, mais qui nous aveuglent tout autant sur les problèmes actuels ? Aux XVIIIe siècle, la parole était étroitement surveillée. Aujourd’hui, les mots font peur. Le « politiquement correct » qui empêche de nommer les faits, comme le refus, unanime, de remettre en cause nos « principes » sans que l’on précise clairement ce que ce terme recouvre, ébranlent plus qu’ils ne consolident nos sociétés.

Alors, oui, il est urgent de relire, [**Montesquieu*] : ses œuvres sont toutes disponibles en format de poche.

Danielle Pister


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WUKALI 16/04/2018)]

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