Wife of Francis Picabia, brilliant and mysterious all together, in the tumult of arts.


Ses arrière-petites-filles, [**Anne*] et [**Claire Berest*], l’appellent Gaby. Elles lui redonnent la place qui lui manquait dans l’histoire de l’art au début du XXème siècle. [**Gabriële Buffet Picabia*] (1881-1985) n’était pas une femme ordinaire. Elle était même « extra-ordinaire ». Elle et son époux, le peintre [**Francis Picabia *] (1879-1953) formaient « un couple monstrueux, monstres de génie ». C’est leur histoire qui est racontée par les deux jeunes femmes dans un livre admirable intitulé [**Gabriële*] et publié chez Stock.

[**Une drôle de rencontre.*]

Comme il l’agaçait ce [**Picabia*] dont on parlait tant ! Il représentait tout ce qu’elle détestait. En 1906, ils ont failli se rencontrer. «Ces deux-là se seraient sans doute détestés à ce moment précis de leurs vies et nous n’existerions pas». Au final, leur chemin se sont croisés en 1908 fixant ainsi de façon irrévocable le cours des événements.

Le peintre hispano-cubain réalisait alors des œuvres impressionnistes. Elles se vendaient comme des petits pains. Elle ose : «Vous représentez ce que vous voyez. Mais pourquoi ne pas représenter ce que vous ne voyez pas ? Ce qu’il y a dans votre tête ! »

Il faut dire que la musique a quelques mesures d’avance par rapport à la peinture. On parle de renouveau musical à l’époque, et Gabriële la musicienne, connaît bien sa partition. Ce conseil à appliquer à la peinture est une évidence, pour elle. Et le sera pour Picabia, qui désormais ne pourra plus quitter cette précieuse théoricienne de l’art.

Ce bouquin de près de plus de quatre cents pages aurait pu en faire mille tant les auteurs allaient de surprises en surprises au fil de leur l’enquête. Une enquête incroyable, minutieuse, truffée de découvertes à donner le vertige, et pourtant les jeunes femmes partaient de rien, ou presque et aujourd’hui il reste encore tant à dire qu’on aimerait une suite… et pourquoi ne pas transposer cette histoire à l’écran ?

Le livre est sorti il y a quelques mois aux éditions Stock. Ce n’est pas leur premier ouvrage. Chacune de leur côté ont déjà publié. Elles rêvaient d’un livre à quatre mains, écrire d’une seule voix. Un beau jour, le sujet s’est imposé à la lecture d’une biographie de [**Marcel Duchamp*] où il était beaucoup question de[** Gabriële Buffet*]. Elles ne savaient pas grand chose de leur lointaine parente. « Chaque fois que quelqu’un demandait à notre mère si elle avait un lien avec le peintre, elle fuyait la question ». Rapidement, il était essentiel pour elles de lever le voile. Etrange situation. Il est plus courant que se soient les anciens qui transmettent aux plus jeunes l’histoire de leur famille.

[**Rencontre avec Claire Berest*]

A l’occasion de l’exposition Picasso-Picabia la peinture au défi, du [**Musée Granet d’Aix-en-Provence*], Claire Berest est venue présenter et dédicacer l’ouvrage, sans sa sœur, qui avait ce jour-là d’autres obligations. La jeune femme venait de découvrir l’expo de son illustre aïeul, en compagnie de [**Bruno Ely*], conservateur en chef du Musée, commissaire de l’exposition avec [**Aurélie Verdier,*] conservateur au musée national d’art moderne de Paris. Encore sous le charme et sous le choc de cette magnifique exposition qui offre des rapprochements incroyables entre Picasso et Picabia. » Claire Berest prend à son tour la parole devant une assistance déjà conquise. La belle jeune femme se montre passionnée, convaincante, passionnante. Il faut dire que le sujet l’est. Dans l’exposition, comme dans le livre, on effectue un véritable plongée dans le milieu des artistes avant-gardistes et iconoclastes, prêts à révolutionner le monde des arts au tournant de ce siècle qui réinventa les codes de la beauté et de la société. Mais sans elle, tous ces artistes auraient-ils osé représenter ce qu’ils avaient dans la tête plus que dans les yeux ?


Quelle incroyable arrière-grand-mère elles ont eue ! Epouse de [**Picabia,*] aimée de [**Marcel Duchamp*] et de [**Guillaume Apollinaire*] qui sera comme un frère pour elle. Il lui disait : Toi aussi tu dois créer, ne t ‘oublie pas ! Elle fut admirée et aimée par tant d’autres artistes, [**Vincent d’Indy, Gabriel Fauré, Edgar Varèse, Igor Stravinsky*] – à l’époque où elle se destinait à la musique dans un milieu réservé aux hommes, Gabriële aura fait tourner quelques têtes.

Femme brillante, indépendante, elle restera pourtant dans l’ombre de Picabia et des hommes qu’elle a soutenues, encouragés, portés parfois. Elle sera le mentor intellectuel de son mari, son agent, sa barre, son gouvernail… Et il fallait garder le cap, l’artiste était souvent imprévisible, étourdissant. Il collectionnait les femmes, mais aussi les voitures, était souvent dépressif, mais elle l’aimait, plus que cela, elle faisait partie de lui. Elle était la Reine Gaby et même lorsqu’ils se sépareront, (il épousera [**Germaine Everling*]) le dialogue entre eux sera impossible à rompre.

« Gabriële Buffet prend plaisir au danger… Elle est toujours riche d’esprit, sans esprit est une source au bord de la route. Elle fera ce qu’elle a toujours fait : entrainer dans sa profondeur ceux qui ne peuvent vivre qu’en surface. » (Francis Picabia) « L’amour que j’avais pour cet homme-là était tellement fort qu’il prenait tout dit-elle un jour. Elle regrettait de ne pas avoir ressenti de lien maternel. « Elle sera vite considérée comme bizarre » dira [**Claire Berest*]. Car au départ, elle ne veut pas se marier, pas avoir d’enfants et décide qu’elle sera compositeur. Elle part à Berlin pour étudier et « à cette époque-là, c’est pire que d’être prostituée ! ». Elle abandonnera tout pour Picabia, rencontré en 1908, et mènera à ses côtés une vie de tous les excès, de voyages, de folie, de passions, pas très « encombrée » par les enfants, mais c’est ainsi. Claire et Anne ne la jugent pas.

Claire nous explique que Picabia était le nom de famille de leur mère. Le dernier des quatre enfants du couple, est leur éternellement jeune grand père, Vincente, mort tragiquement à 27ans. Il a eu une fille, Lelia, la maman de Claire et Anne Berest.
Le livre débute ainsi. « Notre mère s’appelle [**Lélia Picabia*]. Un nom trop beau pour ne pas cacher une douleur. Enfants, nous ne connaissions pas l’origine de son nom. Notre mère ne nous parlait jamais de son père, ni des ses grands parents. » On peut lire à la fin du livre : Pour notre mère Lélia, nous avons essayé d’éclairer la nuit. Ce prénom hébreu si rare signifie la nuit). `

[**Gabrielle*] a eu une vie riche et longue. Elle est morte à 104 ans. «Nous ne sommes pas allées à l’enterrement, pour la simple raison que nous ne connaissions pas son existence. Plus tard, lorsque nous sommes devenues adultes, nous avons compris le silence qui l’entourait. Nous avons eu l’intuition que cette femme avait été un monument ignoré et égaré.» Claire et Anne Berest espéraient qu’il y aurait du beau dans ce tout ce bizarre. C’est gagné !

Il est étonnant que l’on ait rien écrit sur cette femme hors du commun. Elle désirait vivre ces relations et ces expériences folles sans être dans la lumière. Elle se préférait en metteuse en scène, et elle tirait les ficelles, en coulisses. Elle n’écrivait pas sa propre légende, elle s’en fichait.

[**Pétra Wauters*]


[**Gabriële
Claire Berest – Anne Berest*]
éditions Stock. 21€50


Illustration de l’entête: Francis Picabia, Gabriële Buffet et Guillaume Apollinaire (1917)


L’exposition Picasso au Musée Granet d’Aix-en-Provence se termine le 23 septembre.


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WUKALI Article mis en ligne le 20/09/2018)]

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