The bloody reign of a Roman emperor


L’empereur [**Commode*] comme [**Néron*] et [**Caligula*] a une réputation pour le moins sulfureuse. Soit, il était indéniablement mégalomane, paranoïaque, bien plus attiré par les plaisirs de toute sorte et leurs abus (sexe, nourriture, boisson) que par la gouvernance de son empire qu’il confia essentiellement à des affranchis orientaux qui pensaient plus à leurs intérêts particuliers qu’au bien public. Il est certain que même pour ses contemporains, le contraste entre lui et son père l’empereur stoïcien [**Marc-Aurèle,*] il y a un univers. Premier empereur né alors que son père était déjà au pouvoir, il est assuré d’une vraie légitimité : fils (Marc-Aurèle), petit fils ([**Antonin le pieux*]), arrière petit fils ([**Hadrien)*] d’empereur, les dieux semblaient s’être penchés sur son berceau. Il bénéficie des meilleurs percepteurs de son temps, poursuit un cursus « normal » pour son époque. Il est très jeune associé au pouvoir par Marc-Aurèle et est très apprécié par l’armée. Mais, son frère jumeau ([**Titus)*] meurt jeune, son père est absent, et pétri de sa culture stoïcienne il ne met aucun frein aux « mauvais penchants » de son fils. Sa mère [**Faustine*] a une réputation plus que sulfureuse. Son oncle, coempereur, [**Lucius Vérus,*] est un débauché. Il est traumatisé par la trahison de [**Cassius,*] complot dans lequel la rumeur mêle sa mère. Des rumeurs contre lui, il y en aura beaucoup, comme la plus forte : il aurait empoisonné son père, ou tout au moins « accéléré » sa fin. Et puis, sa paranoïa a été entretenue par les nombreux complots dont il fut victime, complots fomentés par ses proches comme sa sœur aînée ou ses favoris avec l’aide de sénateurs.

Il se méfia de tout le monde, n’a confiance en personne ( à l’exception toutefois de sa maîtresse [**Marcia*] qui a protégé les chrétiens) et croit en toutes les rumeurs. Si on lui déplaît ou au moindre doute, c’est la mort et la confiscation des biens du présumé coupable, ce qui est un moyen pour augmenter le patrimoine impérial et financer un budget en déficit chronique. Sous son règne, avec ses prescriptions, le Sénat connait un important renouvellement : les plus vieilles familles romaines disparaissent au profit de lignées venant souvent d’Orient.

En pleine crise économique, démographique (l’empire est victime de plusieurs épidémies de « peste »), Commode laisse le pouvoir à son entourage qui ne pense qu’à s’enrichir. Et pourtant, l’empire se maintient grâce à un système administratif performant. La violence, la corruption ne concerne, de fait, qu’une « élite » et non toute la population de l’empire.

Commode a toujours eu le soutien de l’armée dont il avait perçu l’importance. Il ne nomma jamais ses favoris et continua à faire confiance aux généraux de son père comme son beau-frère [**Pompeianus*] ( qui ne pâtit pas des agissements de son épouse [**Lucilla*]) ou de [**Pertinax*] qui lui succédera comme empereur. Et que dire de la garde prétorienne qui lui fut fidèle jusqu’à sa mort grâce aux largesses dont elle bénéficiait.

Quand Marcia, Pertinax et d’autres de son entourage comprirent qu’ils allaient être éliminés, dans la précipitation, ils l’assassinent.

Spécialiste des gladiateurs (son livre La mort en face : Le dossier gladiateur fait référence à ce niveau), [**Eric Teyssier*] continue dans cette biographie d’essayer de combattre tous les lieux communs que nous avons sur ce sujet. Une profonde méconnaissance, une forte déformation véhiculée par les péplums et autres productions hollywoodiennes nous ont formatés dans une mauvaise appréciation de ce phénomène. Rien que pour essayer de comprendre pourquoi les Romains étaient aussi enthousiastes face à ces jeux du cirque (et encore plus pour les courses de chars), il faut lire cette biographie de [**Commode*]. Surtout qu’à cette époque, les combats de gladiateurs étaient très réglementés. Il n’y avait que très exceptionnellement de mises à mort, ce n’est pas ce que venait chercher le public. Ce qu’il voulait c’était admirer la vaillance des combattants, leurs techniques. Les progrès de l’histoire et de l’archéologie nous ont montré que certains d’entre eux étaient de vraies « vedettes », que des sommes énormes étaient consacrées à ces jeux, qu’un gladiateur représentait un « capital » qui pouvait être loin d’être négligeable. L’immense majorité des gladiateurs étaient des hommes libres, parfois même issus de l’aristocratie. À la fin de leurs engagements, souvent ils servaient d’instructeurs aux soldats. Dés son plus jeune âge Commode les fréquenta et apprit auprès d’eux les techniques de combats.

Il ne faut pas oublier que les sources les plus fiables se reportant à ce règne viennent avant tout de personnes ([**Dion Cassius*]) n’ayant qu’une très faible estime pour cet empereur. Ce qui a choqué les contemporains de Commode ne fut pas qu’il fréquentait des gladiateurs, voire qu’il combattait contre eux ([**Hadrien*] par exemple fit de même), mais qu’il combatte avec des vraies armes (et non des armes d’entraînement) et en public, ce qui était totalement contraire à l’ « image », à la « majesté » impériale.

[**Eric Teyssier*] nous livre une biographie de [**Commode*] sans concession, et qui prend en compte les aspects psychologiques de sa personnalité. A une époque violente, il n’a su répondre que par la violence. Mégalomane, paranoïaque, il a trop écouté son entourage composé de « courtisans » qui surent profiter de ses faiblesses. Commode était sûrement un être bien plus complexe que l’image faite par ses détracteurs et développée par Hollywood.

[** Félix Delmas*]


[**COMMODE l’empereur gladiateur
Eric Teyssier*]
éditions Perrin. 23€


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WUKALI Article mis en ligne le 25/09/2018)]

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