A French romance on Liberation Day


Ayant consacré, sur Wukali, un article au célèbre photographe de cinéma Raymond Voinquel (1912-1994), nous y renvoyons le lecteur pour tout ce qui est élément biographique.

Entre 1940 et 1944, il travaille au Studio Harcourt. Il est donc aux premières loges, en août 44, lorsque Paris se soulève contre l’Occupant. Dans l’euphorie de ces jours d’exaltation, il va être un témoin privilégié de la Libération, de l’insurrection de la Préfecture de Police à la marche triomphale du [**général De Gaulle*] sur les Champs-Élysées. Il réalisera de nombreux instantanés dans la ville insurgée. Ses clichés sont les documents photographiques les plus importants de ce moment d’Histoire, si unique. Certains ont été pris sous le feu de l’ennemi, d’autres en suivant les troupes de Leclerc… Jusqu’à la reddition des Allemands de [**Von Choltitz*] le 25 août 44. Ce jour-là va être celui de l’explosion d’une joie collective inimaginable aujourd’hui.

Nous allons regarder, observer, lire et décrypter un document exceptionnel : cette photo de [**Raymond Voinquel*], datée du[** 25 août 44*], qu’un soldat des blindés, un peu poète, dédicaça à une jeune parisienne. Elle mesure 11×13,5cm. Usée, jaunie, un peu pliée, gondolée, en noir et blanc, elle est signée dans le négatif : R.VOINQUEL. Le cliché est réalisé du sol. Il montre la scène en hauteur. Sur un véhicule blindé des troupes de Leclerc, on voit deux jeunes femmes joyeuses entourant la mitrailleuse, l’une d’elles se blottit contre un jeune soldat souriant. Il a passé son bras autour du cou de la fille qui lui prend la main dans la sienne. Un drapeau tricolore flotte à l’avant de l’engin motorisé. Derrière eux, un arbre aux larges branches. Nous ne sommes sûrement pas loin de la place de la Concorde.

L’émotion est visible sur tous les visages. Le spectateur la ressent tellement, qu’au delà de l’empathie, c’est une forme de communion avec eux qui s’empare de lui : la photo est très explicite de ce moment historique. Même sur cette petite chose le talent du photographe saute aux yeux : choix de l’angle de prise de vue, parfaite maîtrise des noirs et des blancs, positions des personnages.

Les coiffures féminines sont typiques de cette époque : cheveux longs aux épaules, très souples avec de grandes vagues, parfois ondulés, et une mèche-rouleau sur le dessus de la tête. Quelquefois les deux mèches encadrant le visage sont crêpées. Ce genre de coiffure est passé à l’histoire sous le vocable de « rouleaux de la victoire » en hommage à une manœuvre spécifique effectuée par les avions alliés au combat.

On les retrouve, quasiment à l’identique, dans le film de [**Clouzot*] « Quai des orfèvres » (1947) qui réunissait, outre [**Louis Jouvet*] et [**Bernard Blier*], [**Suzy Delair*] et [**Simone Renant.*] A un degré moindre, « Rendez-vous de juillet » de [**Jacques Becker*](1949), avec [**Nicole Courcel*] et [**Brigitte Auber*], montre le même genre de coiffures.

Mais le plus touchant se trouve au verso de la photographie, écrit d’une encre noire quelque peu éclaircie, d’une belle écriture et dans un élégant français d’un temps révolu.

On lit :

– Enfin, libre..[**.LIBRE*]…25 août 1944
– « oh ! Un français, un vrai français »
Non seulement elles nous apportent de bonnes bouteilles, mais leur sourire, leur charme et leur entrain doublé de la verve bien parisienne.
Mais attention ! Jeunes filles, de trop rire aujourd’hui pour pleurer demain
Parole de militaire…
« L’amour d’un militaire,
est bien trop éphémère.
Et surtout dans les « blindées »
pour être de longue durée. »
En souvenir d’un camarade des bons et des mauvais jours
Signature non déchiffrée(mais peut-être pas indéchiffrable).

Le soldat qui a écrit ces jolis mots est forcément celui de la photo. Il avait un certain don de poète, c’est incontestable. C’était un provincial puisqu’il découvre les parisiennes. Il les prévient aussi : ne pas aller trop loin avec les militaires, sinon elles risquent de « tomber enceinte » comme on disait alors. Sait-on exactement le nombre de femmes qui connurent l’euphorie de la Libération avant de devenir « filles mères » ? Et de subir l’opprobre qui était liée ?

Lui, qui avait combattu sur d’autres théâtres d’opération, avant d’entrer dans Paris, savait pertinemment que la guerre continuait et que d’autres batailles l’attendaient.
Les derniers mots sont poignants : « en souvenir d’un camarade des bons et des mauvais jours  ». Au regard de ce que furent les années noires de la Collaboration et de la Résistance, nous comprenons bien ce que cela signifie…

A-t-il été tué ou blessé ? Est-il revenu ? Quelle fut sa vie ? Nous l’ignorons et ne le saurons jamais… A moins que les miracles de l’internet ne permettent à quelqu’un de le reconnaître : vu les 74 ans écoulés depuis l’événement, il est sans doute mort.

– [**Nous lançons une bouteille à la mer : retrouver la famille de cet homme. Si cela se produit c’est que, de nos jours, un autre monde est né…*]

[**Jacques Tcharny*]
[(

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WUKALI Article mis en ligne le 14/01/2019)]

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