One of the most famous Bourdelle’s alumni


Par Jacques Tcharny / [**Alfred Janniot (1889-1969)*], sculpteur prometteur car élève de [**Bourdelle*] aux beaux-arts et préparant le prix de Rome à 20 ans, fut mobilisé dès le début des hostilités de 1914. Revenu indemne des combats, il partagea le grand prix de Rome de sculpture avec [**Raymond Delamarre*] en 1919.

Attiré par le monumental, ses réalisations sont considérables : Exposition des Arts Décoratifs de 1925, deux grands bas-reliefs à l’arrière du palais de Tokyo pour l’exposition universelle de 1937, fontaine du soleil de la place Masséna à Nice, reliefs de la façade de la bourse du travail de Bordeaux, bas-reliefs du fronton de la mairie de Puteaux, travaux au Rockfeller center de New-York et son chef d’œuvre : le grand bas-relief de pierre de la façade du Palais de la Porte dorée à Paris, Lequel fut construit à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931, qui se tint au bois de Vincennes à Paris.
Quelques mots à propos de l’exposition coloniale: organisée sous la férule du [**maréchal Lyautey*], il s’agissait de montrer la vitalité de «  l’Empire colonial français » au monde entier.

Tout le quartier, très populaire, fut rénové, reçu de nombreuses extensions, les lignes de métro prolongées et le Palais de la Porte dorée bâti ( inauguration en 1928).
Notre propos n’est pas d’émettre un quelconque jugement de valeur sur l’Exposition coloniale, ses tenants et ses aboutissants, mais de décrire l’œuvre exceptionnelle de [**Janniot*] qu’est ce grand bas-relief unique en son genre. En pierre du Poitou, se développant sur 1130 mètres carrés, il mesure 10 mètres de haut sur 90 mètres de long. Il fut inauguré avec l’ensemble de l’exposition en 1931.

Le palais est le seul témoin de cette exposition. Il abrita le musée des colonies dès 1933. Lequel fut rebaptisé musée de la France d’outre-mer en 1935, puis musée des arts africains et océaniens en 1960. C’est maintenant la cité nationale de l’immigration(2007). Son créateur fut l’architecte [**Albert Laprade*], assisté de son confrère [**Léon Jaussely*]. Le rationalisme des formes est marqué du sceau d’un exotisme décoratif inconnu jusqu’alors : sa façade est rythmée par de magnifiques piliers et porte un impressionnant bas-relief fait d’un décor bourgeonnant sur la moindre portion disponible.
Naturellement l’artiste s’entoura d’un grand nombre de praticiens vu la surface à décorer (une vingtaine). Ceux-ci transcrivirent dans la pierre les modèles en terre inventés par Janniot. Les agrandissements furent réalisés au compas avant de commencer la taille de la pierre. Chaque élément fut traité individuellement avant d’être mis à sa place prévue : une mise au carreau à échelle réelle en somme. Les raccords sont visibles à l’œil nu. La création du bas-relief dura deux ans.

Ce décor foisonnant forme une parure, presque un écrin de gloire de l’Empire colonial français : c’est, sans discussion possible, une déclaration d’intentions, offrant au regard du spectateur un aperçu des richesses coloniales diverses de l’Empire français.
Faune et flore africaines, du Maghreb comme de l’Afrique noire ( à gauche), asiatiques( à droite), mais aussi océaniennes (à l’extrême droite) et américaines (à l’extrême gauche), se développent sur la surface murale extérieure du palais, rythmées par des allégories variées.

Les flores de ces lieux lointains forment une efflorescence ornementale inattendue enserrant, sans les étouffer, les extraordinaires mammifères au rendu criant d’authenticité qui dominent le sujet : éléphants d’Afrique et d’Asie, hippopotames et rhinocéros, lion et tigre, dromadaires des caravanes orientales… Mais les humains ne sont pas mal lotis : des femmes arabes assises tissant, des femmes noires battant le mil, des bergers et des travailleurs agricoles maghrébins occupés, des rameurs noirs dépassant de pirogues égarées sur le fleuve Niger, ou sur le Congo, qui ne se rendent pas compte que leurs pieds sont posés sur les gueules de crocodiles monstrueux…Tandis que des travailleurs indochinois, des deux sexes, méticuleux dans leur récolte de fruits et légumes, ne voient pas, dans les arbres, les singes qui jacassent. Aux extrémités, des vols d’oiseaux surplombent des eaux où pullulent les poissons : c’est l’abondance sous la houlette de la métropole ! |center>

Les seuls animaux agressifs visibles sont le lion, qui terrasse une malheureuse antilope, et le tigre qui se retourne et s’apprête à massacrer le python qui ose lui glisser sur l’échine. Leurs faciès sont affreux tellement ils sont en colère, les rictus incroyables qui animent les deux fauves sont d’une telle violence que le spectateur actuel ressent une sorte de prémonition de ce que devait être la Gestapo…

Au-dessus de la grande porte d’entrée du bâtiment on voit une allégorie de la France, seule représentation dont le visage, quelque peu oriental voire asiatique, est vu de face. On remarquera que ses jambes sont de profil, à la manière de l’ancienne Égypte. Derrière elle, un magnifique taureau rappelant l’enlèvement d’Europe. Ce qui n’est pas un hasard, naturellement. A ses pieds, des têtes et avant-train de chevaux grecs aux rendus de l’encolure et de la crinière caractéristiques. Tout en bas, on aperçoit une Athéna porteuse d’un carquois, d’un arc et de flèches. Autour d’elle figurent, tels des satellites, les ports de mer principaux du temps : Marseille, Bordeaux, Le Havre et Saint-Nazaire, ainsi que l’aéroport du Bourget, opérationnel en 1919. La ville de Marseille, est une femme méditerranéenne directement issue de l’Univers de Maillol. La Méditerranée, mère de la culture occidentale, est dominante dans cette partie restreinte, européenne, qu’est le dessus de la porte principale d’accès du palais.|center>

De nombreux personnages, au type ethnique accentué et portant des tenues locales, regardent vers la France. Eux sont sculptés de profil. L’allégorie de la France est donc bien le centre psychologique de l’œuvre, autour de laquelle le monde colonial s’organise.
De cet amalgame, heureux, émerge un hiératisme et une simplification des formes dus au fait que tous les composants sont vus de profil. On comprend aisément que cet aspect est issu d’une volonté délibérée du sculpteur car il s’agit du résultat d’un labeur acharné de recherches très diverses : sur les animaux, sur les vêtements, sur les types ethniques, sur la flore et sur la mise en place du bas-relief, dont l’esprit doit beaucoup au « Livre de la jungle  » de [**Kipling*] et à « la féerie cinghalaise » de [**Francis de Croisset*]. Si le premier, roman cité souvent mais peu lu, est encore connu par le dessin animé de [**Walt Disney*], le second est, totalement et injustement, oublié de nos jours.

Cette vision d’une époque révolue, reçue avec une certaine distance par le spectateur, n’est aujourd’hui plus regardée pour sa signification, mais pour ses qualités sculpturales, immenses, que nous avons tenter de commenter et de décrypter.

[**Jacques Tcharny*]|right>


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WUKALI Article mis en ligne le 05/08/2019, initialement publié le 09/03/2019)]

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