Father Jacques, Righteous among the Nations

Rien qu’à la lecture du titre de cette bande dessinée, le lecteur pense tout de suite au film éponyme de [**Louis Malle*], et il a raison. En effet, ce film est une partie de l’autobiographie du cinéaste : quand il était collégien, il étudia au petit collège d’Avon, dont le directeur était le père Jacques, un carme déchaussé au destin « sur-humain ».

[**Lucien Bunel*] est né en 1900 dans une famille très pauvre en Normandie. Ses parents, s’ils regrettent sa volonté de ne pas suivre l’exemple familial d’aller travailler à l’usine, vont faire tous les sacrifices matériels possibles pour que leur fils puisse réaliser son rêve, sa vocation : étudier au séminaire et devenir prêtre. Heureusement ses capacités intellectuelles vont attirer sur lui l’attention de riches croyants qui lui permettront de poursuivre ses études. Ordonné prêtre, il va s’investir dans le scoutisme où il développe de vrais talents pédagogiques. Mais son rêve est de se « retirer du monde ». Aussi rentre-t-il chez les carmes déchaussés, mais très vite son charisme, ainsi que son esprit « facétieux », le font remarquer de sa hiérarchie, dont le maître des novices, qui n’est autre que le futur compagnon de la libération, l’amiral [**Georges Thierry d’Argenlieu*] et il est chargé de créer un petit collège à Avon près de Fontainebleau. Il y développe une pédagogie très novatrice basée sur la confiance totale aux élèves. Certains trouveront une telle démarche assez permissive, car tout idée de châtiments est exclue. On est pas loin de la pensée de [**Saint Anthelme de Cantorbery*] qui défendait l’idée que l’enseignement doit se faire par la douceur et l’exemple et non par la sanction.

C’est aussi l’époque où, en Italie, se développe la pédagogie[** Mantessori*]. Au plus profond de lui, il a une certaine retenue vis-à-vis des riches, il n’a jamais oublié la pauvreté de son enfance et de toutes les humiliations qu’il a du subir.

Arrive la guerre. Mobilisé, le [**père Jacques*], malgré son désir, ne combattra pas. Après avoir été libéré d’un camp de prisonniers, il reprend son poste à Avon. Mais il rentre tout de suite dans la résistance, et il accueille cinq enfants juifs et un professeur de la même origine. Suite à une dénonciation d’un élève, il est arrêté avec trois des enfants.

C’est la prison, puis les camps. Là, il marque tous les détenus mais aussi certains SS, par son dévouement pour les autres, plus d’un qui allaient abandonner et donc mourir, furent sauvés grâce à lui par sa parole, par ses rations de nourriture qu’il leur donnait, par sa seule présence. Libéré par les Américains, il est tellement affaibli, qu’il décède en Allemagne après avoir refusé son rapatriement sanitaire.

Le père Jacques a été nommé Juste parmi les Nations.

Le père Jacques est un Homme, avec un grand « H », qui est allé jusqu’au bout de son engagement spirituel, une sorte de Christ des temps modernes qui a montré toute son humanité face aux tourments de son époque. Un homme qui ne recherchait pas la renommée, ni à rester dans les livres d’histoire, mais un homme qui mettait sa quête personnelle, sa spiritualité au service des autres.

Depuis quelques temps, la vie de certains personnages, célèbres ou moins célèbres, est mise en bandes dessinées, ce qui est un moyen parfait pour ceux qui ont des problèmes avec la lecture, ou pour les découvrir, quitte à approfondir leurs connaissances. On ne peut que saluer les dessins de [**Jean Trolley*], réalistes mais pas trop, sans compter l’encrage, noir blanc gris qui est là non seulement pour souligner les horreurs que le père Jacques a vécues, mais aussi qui permettent au lecteur de ne pas avoir son esprit attiré par autre chose que par le contenu de l’histoire. Une excellente bande dessinée à mettre dans toutes les mains.

[** Félix Delmas*]


[**Au revoir les enfants
La véritable histoire du Père Jacques*]
[**Jean Trolley et Camille W. de Prévaux*]
éditions du Rocher. 16€90


[(

Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 12/09/2019

– TOUTES les critiques de LIVRES parues dans WUKALI

– Cet article vous a intéressé, vous souhaitez le partager ou en discuter avec vos amis, utilisez les icônes Facebook (J’aime) ,Tweeter, + Partager, positionnées soit sur le bord gauche de l’article soit en contrebas de la page.

– Peut-être même souhaiteriez pouvoir publier des articles dans Wukali, nous proposer des sujets, participer à notre équipe rédactionnelle, n’hésitez pas à nous contacter ! (even if you don’t write French but only English, we don’t mind !)

– Pour lire et retrouver les articles récemment parus mais déjà disparus de la page d’accueil, aller tout en bas de la colonne de gauche et cliquer « Articles précédents  » dans les numérotations indiquées.

– Vous pouvez retrouver tous les articles parus dans toutes les rubriques de Wukali en consultant les archives selon les catégories et dans les menus déroulants situés en haut de page ou en utilisant la fenêtre «Rechercher» en y indiquant un mot-clé.)]

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus