Alexandre Kantorów Festival de piano de la Roque d'Anthéron
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Alexandre Kantorow au piano, la Roque d’Anthéron éblouie

par Pétra Wauters

Une touchante complicité pour un récital d’exception à La Roque d’Anthéron. Chostakovitch/Walter et Saint-Saëns au programme. Alexandre Kantorow au piano, Jean Jacques Kantorow à la direction du Sinfonia Varsovia 

Cette soirée du samedi 7 août 2021 à l’auditorium du Parc de Florans est l’une des plus belles de ce Festival.

Alexandre Kantorów Festival de piano de la Roque d'Anthéron
Alexandre Kantorów au piano, Jean-Pierre Kantorow à Ła direction. ©photos Valentine Chauvin

Le piano du jeune Alexandre Kantorow attend sur le côté de faire son entrée sur scène, occupée par le Sinfonia Varsovia, un orchestre magnifique, qui depuis sa création en 1984 a joué avec les plus grands musiciens du monde. On pense à Martha Argerich, Mstislav Rostropovitch, ou encore à Yehudi Menuhin, le très célèbre violoniste, prestigieux chef d’orchestre à la tête de cette formation.  

Ce samedi soir, le chef d’orchestre c’est Jean-Jacques Kantorow le papa d’Alexandre nommé la « star du piano » à 24 ans seulement. Désormais le musicien « père », septuagénaire, (on a du mal à le croire), consacre bien plus de temps à la direction d’orchestre qu’à son violon son instrument de prédilection. Ce samedi soir, le père et le fils sont réunis pour nous offrir un grand moment de musicalité, de générosité et de complicité. 

Mais place au Varsovia Orchestra en ce début du récital. 

Chostakovitch/Walter : Quatuor à cordes n°3 en fa majeur opus 73, transcription pour quintette à vents et quintette à cordes. Ce n’est pas le plus célèbre quatuor de Chostakovitch, mais il sera probablement notre préféré ce soir-là tant il est joliment interprété. 

Le premier mouvement débute joyeusement, on se laisse porter par des airs populaires.  Le deuxième mouvement plus sombre, menaçant, nous conduit au troisième mouvement, quasi brutal. Les musiciens nous font entendre des marches militaires. La guerre est présente, pesante. L’adagio, d’une grande tristesse sonne comme un requiem, tandis que le dernier mouvement se fait plus optimiste, mais perdure dans le souvenir des thèmes sombres entendus tout au long de ce quatuor.  

On souligne la superbe prestation des violoncellistes, mettant à l’honneur les instruments majeurs de cette partition. L’alto également occupe une place de choix.  L’interprétation est riche en intensité et on réalise à quel point cette oeuvre est complexe. C’est une musique profonde, qui change de style rapidement et tout l’orchestre chante à l’unisson pour apporter sa dimension symphonique au quatuor n°3. 

Saint-Saëns/WalterConcerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur opus 22, transcription pour piano et petit orchestre

Et le piano roi d’entrer en scène. Père et fils réunis. 

La communion entre les deux artistes dans cette musique de Saint-Saëns vient forcément d’une belle complicité. On ressent la connivence et la musicalité qui les relient, et quelle belle écoute entre tous,  orchestre, chef et pianiste.  

Notre plaisir débute par le solo incroyable du pianiste, un large préambule qui permet d’apprécier le jeu virtuose d’Alexandre Kantorow. L’orchestre fait son entrée, et ce sont les hautbois qui nous font rêver, la musique s’enchaîne entre moments très sereins et moments d’élégance et de lyrisme éclatants… les thèmes différents se rejoignent, se confrontent. On est sous le charme. Le soliste affiche une virtuosité ébouissante dans le troisième mouvement. On se plait à entendre de nouveau tous les thèmes joués, qui sont du reste encore très présents à l’oreille.  L’union entre soliste et orchestre est parfaite. Voilà un concerto bien écrit. Quel compositeur de génie ce Saint-Saëns ! Cette partition parait si simple et audacieuse tout à la fois. Elle offre d’étonnantes expériences sonores notamment dans les passages les plus ardus défendus par le jeune soliste plein de feu, et paradoxe là encore, d’une grande discrétion et humilité.    

Oui, merci à vous tous d’avoir joué Camille Saint-Saëns, virtuose du piano et compositeur prolifique, au final trop peu connu du grand public, hormis son légendaire Carnaval des animaux et sa symphonie n°3 en ut mineur avec orgue .

Ce que l’on retiendra encore de cette soirée, c’est que tous ont réussi à offrir tellement de sentiments, de climats différents tout au long du récital. Un programme intelligent dans lequel tant d’expressions encore ont jailli du clavier d’Alexandre Kantorow, avec des moyens qui paraissent simples, car ramenés à l’essentiel : jouer de la musique dans un oubli absolu de soi-même. Sublime interprétation encore dans les bis proposés, pas simples à vrai dire. Le jeune pianiste surprend encore et toujours à la fin d’un concert époustouflant par sa virtuosité technique et sensuelle. Il a joué depuis plus de deux heures, et pourtant, son jeu parait toujours aussi naturel. Même les séquences les plus complexes de ces bis, sont, elles aussi, servies de façon limpide, transparente, évidente.

Brahms : Sonate pour piano n°3 Op. 5
Stravinsky : Suite de l’Oiseau de Feu – Finale 
Brahms : Ballade Op. 10 I Andante 

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