Nelson Goerner La Roque d'Anthéron
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C’est Nelson Goerner au piano à La Roque d’Anthéron

par Pétra Wauters

Mardi 10 août 2021 dans le parc de Florans, interprétation très personnelle de Goerner pour un récital admirable. BachSchubertAlbéniz.

Martha Argerich, Daniel Barenboïm, Miguel Angel Estrella, Alberto Neuman, pour n’en citer que quelques-uns et  Nelson Goerner bien sûr ! Ils sont excellents au foot ces Argentins, ils se distinguent également pas mal au piano ! On le sait, il y a une grande tradition musicale dans ce pays. 

Beau début de concert qui laisse présager le meilleur avec la Fantaisie chromatique et fugue en ré mineur BWV 903 de Bach. Le pianiste argentin l’aborde dans un tempo rapide, une tendance qui va se retrouver tout au long de la pièce, ce qui n’enlève en rien à la beauté du propos. C’est Bach, ce qui signifie que tout est dans l’équilibre des registres, ici, parfait, mais aussi dans l’interprétation d’une grande spiritualité. Ce jeu si proche d’une improvisation est hypnotisant. C’est d’ailleurs le côté « impro » qui lie les œuvres du programme ce soir-là, que ce soit dans Bach, Schubert ou Albéniz

Un Bach revisité qui n’a rien perdu de sa superbe. On ne quitte pas des yeux ses mains qui alternent, se relayent et semblent parfois même se substituer l’une à l’autre à une vitesse folle. Cette fantaisie est une de nos préférées, elle possède une force expressive incroyable. On passe par tous les états d’âme : de l’angoisse, de l’inquiétude, de la révolte, de la résignation et le pianiste se joue de toutes les difficultés expressives avec une ferveur  qu’on lui connait : un moment de pure magie.

Nelson Goerner La Roque d'Anthéron
Nelson Goerner. La Roque d’Anthéron, 10/08/2021
Photo Valentine Chauvin

Avec les 4 Impromptus opus 142 interprétés par l’Argentin, nous touchons du doigt la quintessence de l’œuvre de Schubert. Enfin, rectifions, ce sont les doigts de Nelson Goener qui nous touchent en saisissant l’âme même de ces harmonies magnifiques. Là encore, Schubert n’est pas à 100% Schubert, mais il y a tellement de choses apportées par le pianiste ! C’est du Schubert/Goener, et tant mieux ! Le virtuose peut se permettre ces audaces. La profondeur de jeu du pianiste apporte une ambiance à la fois dense et intimiste à ces Impromptus. 

Albéniz : Ibéria, 4ème cahier est l’un des sommets du répertoire des œuvres au piano, à ne pas mettre entre toutes les mains. Nombreux sont les interprètes qui ne peuvent tout simplement pas  livrer cette partition à un rythme aussi effréné et passionné. Il y a de la douceur dans certains mouvements, mais aussi beaucoup d’exubérance et quelques interprétations nous mettent l’oreille sens dessus-dessous et s’avèrent confuses. Ici, c’est bouillonnant, mais contrôlé !

Il n’est guère étonnant que l’artiste argentin puisse exprimer cette spécificité ibérique avec autant de punch et surtout de naturel. L’Espagne, l’Argentine… faisons le lien. : MalagaJerezEritana. Oui, mais il « invente » aussi son Albéniz. Il s’envole et nous entraîne avec lui, car on se demande, à l’issue du concert, qui pourrait jouer cette partition comme lui ! C’est si personnel et si jubilatoire.

Nelson Goerner à La Roque d’Anthéron dans un festival d’avant-COVID

Pour les bis, on le retrouve, tel qu’en lui-même. 
Debussy Prélude n°4 : Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir. Oui, ce sont les impressions du titre  que nous, public, avons ressenties.
Henselt12 études caractéristiques, op. 2 n°6 : « Si oiseau j’étais, à toi je volerais ! ». Quel plaisir de découvrir ou redécouvrir ce répertoire. Un bonheur pour le pianiste qui voit là sans doute la superbe occasion de livrer avec éclats les humeurs capricieuses et flottantes de la période romantique.  Bon, il y a un peu de Chopin dans ce qui est proposé, mais surtout du Goerner, on y revient. Comme on revient à ChopinNocturne n°20 en do dièse mineur, op. posth.

Son geste est toujours sûr, impressionnant, et comme à son habitude, le pianiste ose et nous conduit au plus profond de l’âme de Chopin tout en gardant ses fulgurances, sa force sereine. Paradoxalement, se dégage aussi au fil des pages, beaucoup de pudeur. Cette façon de nous livrer les œuvres n’appartient qu’à lui. C’est pourquoi on ne peut comparer cette interprétation de Chopin à aucune une autre.  Elle se suffit à elle-même. C’est Nelson Goerner au piano ! 

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