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René Jacobs et le B’Rock Orchestra dans Bach et Pergolèse

par Pétra Wauters

Deux Maîtres de l’époque baroque réunis dans ce concert : le premier nous vient du nord de l’Europe, Jean-Sébastien Bach, et le second, du sud, Pergolèse, l’un des plus grands représentants de l’école napolitaine. Joli voyage offert au public et jolie filiation entre ces deux géants. Au programme,  deux cantates de Bach, et le superbe Stabat Mater de Pergolése – que René Jacobs à maintes fois chanté. 

L’Ensemble baroque flamand, B’Rock Orchestra a été fondé en 2005 à Gand.  B’Rock, voilà qui sonne bien ! On entend ce besoin d’insuffler un souffle nouveau à l’univers de la musique baroque.  D’autres l’ont fait, différemment mais brillamment aussi. Jordi Savall, l’artiste qui a joué un rôle déterminant pour le renouveau de la musique de la Renaissance et de la musique baroque en particulier. Ou encore Emmanuelle Haïm, qui nous disait déjà lors du Festival de Pâques de 2019 qu’elle n’aurait pas imaginé que Le Concert d’Astrée qu’elle a créé en 2000, occuperait une place aussi importante dans le paysage musical. 

Bien d’autres encore font un travail admirable autour de cette musique dont une « légende du baroque », René Jacobs.  Ce jeudi 6 avril,  pour sa première participation au festival,  il dirigeait l’ensemble B’Rock Orchestra et présentait son travail de composition et de ré-instrumentation du Stabat Mater de Pergolèse. En effet, l’œuvre est proposée dans une instrumentation de Bach avec un texte que le chef conservera en latin (un sur titrage nous permet de suivre). Birgitte Christensen, soprano, et Helena Rasker, alto,  complètent la distribution. 

Dans la première partie du concert, deux cantates de Bach, « Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust »  BWV 170, version 1746/47,  pour alto solo, et  «  Mein Herze schwimmt im Blut » BWV 199, version de Leipzig 1723 pour soprano solo, 

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Des pièces à la fois intimistes et pleine de ferveur. Ainsi entourées de musiciens virtuoses, les voix de la soprano norvégienne Birgitte Christensen et de la chanteuse néerlandaise Helena Rasker se font entendre tour à tour.  Elles se rejoindront pour Le Stabat Mater.

René Jacobs, Birgitte Christensen, Héléna Rasker, B’Rock orchestra. Festival de Pâques 2023
Photo Caroline Doutre

René Jacobs est assis, face aux musiciens. Très discrètement, il indique les départs, les tempis, les accentuations,  dans une gestuelle que l’on perçoit peu mais qui résulte bien évidemment d’un travail très précis en amont. 

L’alto et la soprano sont loin du public, peut-être situées trop à distance, elles se fondent dans le décor aux motifs cruciformes, un leitmotiv incantatoire. Leurs robes pailletées se distinguent à peine mais l’essentiel est « ailleurs », notamment dans le très attendu Stabat Mater de Pergolese. 

En effet, les voix de Birgitte Christensen et d’Helena Rasker  se marient harmonieusement ; leur écoute réciproque et leur engagement font vivre ce stabat Mater intensément. 

« Debout, la Mère, pleine de douleur, se tenait en larmes près de la croix, tandis que son Fils subissait son calvaire. »  « Qui ne fondrait pas en larmes en voyant la Mère du Christ endurer un tel supplice… On peut l’entendre cette souffrance, musicalement déjà, par l’emploi de dissonances qui expriment cette douleur profonde. 

L’alto et la soprano entrent avec émotion dans cette peinture d’un drame toute en retenue, mais pas sans éloquence. On partage cette souffrance qui évoluera au gré de la partition vers davantage de sérénité.

La direction de René Jacobs nous livre beaucoup d’émotions, de rondeurs et de grâce. Sans doute dans le choix de cette l’interprétation extrêmement épurée, faite de silences et pleurs, il y a cette recherche d’intimité que l’on ne peut pas trouver dans une grande salle de concert…. L’œuvre est simple au final,  simple à comprendre. 

Ainsi dépouillée de superflu, d’une infinie pureté, on l’écoute sans peine. Les phrases de violons et d’alto soutiennent les deux chanteuses et si l’interprétation de l’alto nous heurte quelques fois par sa justesse  approximative, ce n’est pas ce que l’on retiendra de ce Stabat Mater. Une œuvre solennelle,  grandiose, pieuse. Une œuvre testamentaire laissée à la postérité. Quand on songe qu’il s’agit de l’ultime ouvrage d’un musicien disparu à l’âge de 26 ans. 

Ce soir là encore,  le chef-d’œuvre le plus célèbre de Pergolèse, nous a émus. Il existe tant de versions émouvantes de ce Stabat Mater que l’on ne se lasse pas d’écouter avec souvent cette douleur remplie de lumière et d’humanité bien présentes.  Ce soir-là, ce fut encore tout autre chose. Il y a derrière cette version Bach du Stabat Mater,  le long travail de René Jacobs,  des années, à la recherche d’une esthétique nouvelle. 

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Illustration de l’entête: photos Caroline Doutre. 

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