Accueil Livres, Arts, Scènes Les Noces de Figaro de l’opéra de Vienne

Les Noces de Figaro de l’opéra de Vienne

par Andréas Rey

Disons-le franchement, le Don Giovanni de l’opéra de Vienne en janvier était décevant. L’orchestre de Antonello Manacorda d’abord avançait sur un rythme trop rapide, appuyant trop lourdement sur les accents et comme à la charge dés l’ouverture. Ensuite, la noire pente rocheuse avec sa main dressée à droite, sans oublier les gigantesques épis de maïs durant les noces, et le caricatural de certains personnages, comme un Leporello en adolescent attardé ou un Mazetto ridiculisé par la production, et enfin une mise en scène incongrue avec une Dona Elvira soulevant un rocher durant une aria par exemple, gênait les airs correctement chantés mais sans plus.

Heureusement, l’opéra se ressaisit. Le robuste orchestre de Philippe Jordan affleure la délicatesse mozartienne contrairement à son confrère. Moins lourd et rigide encore, comme celui d’Erich Kleiber vers lequel il semble tendre, il aurait mieux laissé respirer les notes, meilleures places aux chanteurs et surtout mieux laisser gouter la dentelle mozartienne. 

L’homogénéité du plateau vocal ajoute également à la qualité de la représentation. Les interprètes jouant aussi bien qu’ils chantent, Beaumarchais est aussi présent sur scène que Mozart ou Da Ponte. Marceline pèche cependant avec une exagération de son caractère au risque du naturel mozartien. Leurs costumes, en velours pour Basilio, luxuriants et variées pour le comte et trois pièces sobre pour Figaro, et les décors rococo en tableaux de maitre et meubles Louis XVI, répondent d’ailleurs à la difficile question de la modernité de la mise en scène. Leur alliage ne choque jamais et démontre qu’il est possible de réaliser des mises en scène contemporaines sans trahir l’œuvre. La chambre de Figaro et de Suzanne à l’avant-scène devant un paravent, qui ouvre sur la chambre nobiliaire, laisse deviner la vastitude d’un palais, impression confirmée par les portes autour du plateau, laissant imaginer le nombre des salles et des placards de l’habitation. De plus l’ornementation des murs de l’appartement, où la comtesse et Suzanne manigancent, et la luxuriance des grands tableaux du salon, dans lequel Suzanne laisse croire au comte qu’elle lui succombe, correspondent à la sophistication vestimentaire du comte et aux robes drapées de la comtesse. Le dernier acte, enfin au cours duquel les uns sont confondus et les autres vêtent les habits de leurs consœurs, se déroule sur une terrasse peinte de fougères, dont les trappes servent de buissons. Cette stylisation d’un jardin surprend après la flamboyance des actes précédents, mais relève cependant de l’équilibre trouvé et de l’amusement conclusifs de l’œuvre.

La franchise du baryton Andrè Schuen en comte, le cristallin de la soprano Hanna-Elisabeth Müller en comtesse, le panache du ténor Peter Kellner en Figaro, la fraiche clarté de la soprano Johanna Wallroth en Baberine et le mezzo velours de Patricia Nolz en Chérubin restent agréablement durant la soirée, tout comme la mélodicité de Maria Nazarova, chantant comme une manière plus charmante de correspondre et le luisant satin du baryton Josh Lovell en Basilio. 

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Nonobstant le bronze de Cesare Siepi, l’angélique humanité de Lisa della Casa, la profonde virilité douce de Kurt Moll entre autres reviennent en mémoire durant la soirée. Ils ne parviennent pas à bouleverser comme leurs glorieux ainés en restant dans le domaine de l’agréable.

Cette représentation est somme toute fort plaisante, ce qui n’est, après tout, pas si mal, et une considérable amélioration par rapport au Don Giovanni. Vivement le Cosi fan tutte de juin 2024 !

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