Accueil Actualités Tugan Sokhiev dirige Renaud Capuçon au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence

Tugan Sokhiev dirige Renaud Capuçon au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence

par Pétra Wauters

Un programme rare avec le chef russe Tugan Sokhiev à la direction du l’Orchestre de Chambre de chambre de Lausanne et Renaud Capuçon et ce n’est pas Renaud Capuçon qui dirige l’OCL ce dimanche soir mais Tugan Sokhiev qui est invité à monter sur l’estrade rouge. Ce concert est précieux et exceptionnel.

Dans la direction du chef Tugan Sokhiev on apprécie tant de chose, à commencer par  son expressivité et l’exactitude de ses gestes. Formé à bonne école, il est un satellite de Ilia Moussine, chef d’orchestre soviétique. Un pédagogue exigeant, de grande renommée, théoricien de la direction d’orchestre et suivi par plusieurs générations de musiciens. Moussine a notamment développé une méthode qui propose,  comme  outils de communication avec l’orchestre, les mains.  

Assurément, Tugan Sokhiev sait les faire parler !  Il se présente baguette en main pour débuter ce concert. On verra par la suite que lorsqu’il dirige avec les mains ou la baguette, le chef sait obtenir ce qu’il veut de son orchestre. Il mime avec ferveur, va cueillir les notes au pupitre de chacun, les mains, les doigts se soulèvent, s’abaissent, se relèvent, tourbillonnent, virevoltent, et tout devient si limpide !  Lorsque Tugan Sokhiev se tourne légèrement vers la salle,  même de profil, son visage est un livre « ouvert », une partition. 

Le concert commence par une œuvre séduisante du jeune Benjamin Britten (1913-1976) sans doute le compositeur le plus important de la musique britannique du XXème siècle. Précoce Benjamin Britten, qui a écrit sa Simple Symphony, op. 4 alors qu’il venait de terminer ses études au Royal College of Music de Londres. Certains extraits sont des compositions écrites entre 9 et 12 ans ! Tout est accessible dans cette symphonie, d’une fraicheur et d’une gaité contagieuses. Une belle découverte.

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Découverte encore avec Sergueï Prokofiev, et son concerto pour violon n° 2 en sol mineur, op. 63
Complexe en diable, même s’il est écrit que Prokoviev, avec son concerto n°2 souhaitait revenir, 20 ans après le concerto n° 1,  à une « grande musique…. Facile et savante. » Ce concerto « traditionnel » en 3 mouvements est sublime mais ne nous parait pas « facile » du tout.  Renaud Capuçon n’avait jamais joué cette œuvre en concert. Il expliquait qu’il l’avait pourtant travaillée au Conservatoire. A l’époque, alors qu’il n’avait que 14 ans l’un des élèves de sa classe, découragé,  lui avait dit que ce concerto était injouable. Renaud Capuçon l’avait cru, et n’a jamais osé le proposer en concert. On est heureux qu’il se soit lancé, et d’être parmi les premiers à l’entendre. Le violoniste nous l’affirme,  c’est formidable d’être accompagné par son ami chef d’orchestre qui connait ce répertoire magnifiquement, et par l’orchestre de Chambre de Lausanne,  dont il est le directeur artistique depuis 2021. Tugan Sokhiev  à la direction et Renaud Capuçon au violon, on est aux anges. 

Évidente complexité de ce n°2 de Prokofiev, par ailleurs très linéaire et particulièrement romantique. Il est moins joué que le n°1 et a la réputation d’être, comme le soulignait Renaud Capuçon, particulièrement craint par les musiciens.  Il émane une immense tristesse de cette œuvre. On réécouterait en boucle le deuxième mouvement, superbe, et le finale, que l’on pourrait qualifier de diabolique ! Le violoniste à la technique parfaite, livre un son cristallin,  et fait « pleurer » Guarneri de 1737 d’une façon qui ne peut laisser personne indifférent. Rappelons que son violon a appartenu à Isaac Stern, depuis 2018, et que lui et le violoniste ne se quittent plus. On se délecte de ces passages de bravoure qui alternent avec des envolées lyriques maitrisées. C’est juste passionnant de voir comment le musicien passe d’un thème à l’autre avec fluidité, joue, et se joue des nombreux changements de dynamique, ajoute des effets sonores en permanence et apporte ses propres couleurs à cette œuvre. L’orchestre est fabuleux, le chef brillant, et l’on n’oubliera jamais non plus ce final, très acrobatique, et on le disait, diabolique que tous nous ont offert. 

Ludwig van Beethoven, symphonie n° 4 en si bémol majeur, op. 60
Après l’entracte,  un peu de calme,  avec l’adagio du premier mouvement de cette symphonie n°4, une atmosphère silencieuse et mystérieuse s’installe. Cela ne va pas durer, avec la partie allegro, dans un mode actif et joyeux. Les atmosphères vont changer en permanence, on passe de l’élan fougueux de l’allegro vivace, à la sobriété vigoureuse de l’adagio, à l’énergie du scherzo du troisième mouvement, sans oublier le dernier mouvement qui laisse exploser un sentiment de bonheur. Techniquement on est, là encore,  au sommet.  Le chef Tugan Sokhiev nous livre d’une main de maitre, avec baguette cette fois-ci, son Beethoven. Il dirige avec une fougue et une science qui nous laissent ébahis. Bois et cordes se donnent la réplique, se répondent, s’entrelacent. Chaque pupitre respire et le meilleur est livré par l’orchestre. Des pupitres d’alto, une voix humaine s’élève, comme déjà dans le troisième mouvement de l’œuvre de Britten. C’est comme une évidence ce soir-là,  l’alto est l’instrument dont le timbre se rapproche le plus de la voix humaine.  Les violons et les violoncelles aussi pourriez-vous dire à raison, mais l’alto a sa chaleur. On retient particulièrement le second mouvement, cette belle et calme mélodie jouée par les premiers violons tandis que les clarinettes vont faire leur apparition, dans une atmosphère sublime et élégante qui nous engloutit tout entier.

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Illustration de l’entête: photo ©Caroline Doutre

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