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John Singer Sargent à la reconquête de Paris

par Communiqué musée

Conçue en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, l’exposition John Singer Sargent. Éblouir Paris au musée d’Orsay explore pour la première fois la période la plus décisive de la carrière du peintre américain. Réunissant exceptionnellement plus de 90 de ses oeuvres qui pour beaucoup reviennent en France pour la première fois depuis leur création, elle retrace l’ascension météorique du jeune artiste dans la capitale.

Arrivé à Paris en 1874 pour étudier avec Carolus-Duran, à l’âge de dix-huit ans, il y séjourne jusqu’au milieu des années 1880, lorsqu’à trente ans il s’installe à Londres,après le scandale qu’a provoqué son chef-d’oeuvre au Salon, le célèbre portrait de Virginie Gautreau (Madame X). Pendant cette décennie, il réalise parmi ses plus grands chefs-d’oeuvre et se distingue par son inventivité et son audace.

Organisée cent ans après la mort de Sargent (1856-1925), cette exposition vise à le faire (re)découvrir en France, où il a été largement oublié, alors qu’il est célébré en Angleterre et aux États-Unis comme un des plus grands artistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Pendant ces dix ans exceptionnels (1874-1884), Sargent forge à la fois son style et sa personnalité dans le creuset de l’étourdissant monde de l’art parisien de la Troisième République, marqué par la multiplication des expositions, le développement du naturalisme et de l’impressionnisme, et par la montée en puissance de Paris comme capitale mondiale de l’art.

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Le jeune peintre américain y trouve des soutiens auprès d’autres expatriés mais s’intègre aussi avec brio dans la société française en forgeant des liens avec un cercle d’artistes, d’écrivains, et de collectionneurs éclairés. Les femmes – mécènes, amies, modèles ou critiques d’art – jouent un rôle particulier dans cette ascension, comme le souligne l’exposition.

Étude de Mme Gautreau, c.1884. John Singer Sargent 1856-1925. Presented by Lord Duveen through the Art Fund 1925. Tate

Les nombreuses effigies que Sargent a laissées de ces personnalités brossent le portrait captivant d’une société en pleine mutation, cosmopolite, où l’ancienne aristocratie européennes côtoie les jeunes fortunes du Nouveau Monde.

Constamment en quête de nouvelles inspirations, Sargent dépeint peu la vie parisienne , mais profite de son ancrage dans la capitale pour effectuer de nombreux voyages en Europe et en Afrique du Nord, dont il ramène des paysages et scènes de genre, qui allient l’ exotisme à la mode mais aussi un sens du mystère et de la sensualité propre à l’artiste. C’est dans le domaine du portrait néanmoins que Sargent s’impose bientôt comme l’artiste le plus talentueux de son temps, surpassant ses maîtres et égalant les grands artistes du passé.

Sa formidable habileté technique et l’assurance provocante de ses modèles fascinent le public et les critiques, certains voyant en lui le digne héritier de Velásquez. « L’artiste offre le spectacle étrangement inquiétant d’un talent qui au seuil de sa carrière n’a déjà plus rien à apprendre. » ainsi s’exprime en 1883 l’écrivain américain Henry James, au sujet d’un de ses tableaux les plus originaux, le portrait des Filles d’Edward Darley Boit

En 1884, le portrait en «femme fatale » de l’américaine Virginie Gautreau, figure importante de la vie mondaine parisienne et «professional beauty » suscite, des réactions majoritairement hostiles au Salon. Celles-ci visent notamment la moralité du modèle, révélant les enjeux mondains, sociaux et esthétiques complexes derrière l’art du portrait au public en France à la fin du XIXe siècle. Une sous-section de l’exposition est dédiée à ce moment crucial de la carrière de Sargent et à ce véritable chef-d’oeuvre .que l’artiste considérera à la fin de sa vie comme « la meilleure chose qu’il ait faite» .



John Singer Sargent, vers 1884 (Photo auteur inconnu). Boston, Museum of Fine Arts
John Singer Sargent Archive
photo with permission from a private collector

L’exposition prend aussi la mesure des liens durables que l’artiste conserve avec sa ville de formation, et ce même après son déménagement à Londres au milieu des années 1880. Cela se manifeste, par exemple, par son engagement en faveur de l’entrée d’Olympia de Manet, artiste qu’il admire, dans les collections nationales en 1890. C’est encore en France que Sargent connait une première forme de reconnaissance institutionnelle lorsque l’état fait l’achat en 1892 de son grand portrait de la danseuse Carmencita pour le musée du Luxembourg, honneur encore rarement réservé aux artistes américains (et aux portraitistes) en France.

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