Lyon est une ville discrète et pourtant ô combien bouillonnante, entreprenante et plurielle, un Arlequin habillé de soie somme toute ! Son activité dans le domaine des arts, ainsi régulièrement son musée des Beaux-Arts, place des Terreaux, convie les amateurs à des expositions toujours intenses et en regard avec ses collections. Ne considérant que l’année écoulée, pas moins de trois grandes expositions consacrées à Zurbaran, Viollet-le-duc et Raoul Dufy.
Actuellement l’on peut y voir une exposition dont le titre est Étretat par delà les falaises, et l’interprétation picturale de ses paysages géologiques et maritimes par différents peintres du XIXème siècle à aujourd’hui. Une plongée dans l’histoire de l’art, un impressionnant travail muséologique mené par ses commissaires, et la collaboration par des prêts d’oeuvres d’un nombre impressionnant de musées tant en France qu’à l’étranger.Une exposition à voir jusqu’au 1er mars 2026 et à ne pas manquer sans le moindre doute, et puis après bien sûr, passage obligé vers quelques bons bouchons lyonnais, il faut bien vivre !
P-A L
Le littoral de la Seine-Maritime, en Normandie, est bordé d’un long ruban de falaises de craie blanche, au pied desquelles la mer prend des teintes d’un vert laiteux, à l’origine du nom de Côte d’Albâtre. Le village d’Étretat se situe dans une étroite vallée creusée dans la falaise, qui débouche sur une plage de galets. Sous l’effet de l’érosion, la roche a pris en ces lieux des formes spectaculaires, créant trois arches qui s’ouvrent successivement dans la mer et une aiguille. Ce paysage exceptionnel s’est imposé dans l’imaginaire collectif grâce aux artistes et attire chaque année des touristes en nombre toujours plus élevé.

Image © Lyon MBA – Photo Martial Couderette
Les peintres et les écrivains ont en effet joué un rôle majeur dans la découverte, puis la notoriété d’Étretat. Le lieu s’est développé, au fil du 19e siècle, comme un véritable « village d’artistes », à l’égal de Barbizon, en forêt de Fontainebleau, ou de Pont-Aven, en Bretagne. À travers les nombreuses représentations de ce site unique, se lisent les évolutions de la perception du paysage et de sa figuration, présentées dans l’expo- sition sur la durée d’un siècle, du romantisme à la modernité.

La Vague, vers 1869-1870, huile sur toile, Lyon,
musée des Beaux-Arts
Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset
Prenant appui sur la présence, dans les collections du musée des Beaux-Arts de Lyon, de deux tableaux majeurs réalisés à Étretat par Gustave Courbet et Claude Monet, cette exposition est la première à retracer ce processus. Alors que le site d’Étretat est aujourd’hui en péril, fragilisé par la surfréquentation touristique et l’érosion des falaises accélérée par les effets du changement climatique, elle invite, à travers cent-cinquante œuvres et documents, à interroger notre regard sur le paysage et sur le processus de création d’un mythe
La découverte d’Étretat
Étretat est longtemps demeuré inconnu des artistes. Ce modeste village de pêcheurs est difficile d’accès, faute de route carrossable aménagée, et les côtes normandes n’attirent de manière générale guère les peintres avant le 19e siècle. La mer a suscité davantage de crainte que d’admiration, jusqu’à ce que l’influence cumulée du goût pour la science introduit par les Lumières* et de la fascination pour la notion de sublime** du romantisme naissant ne provoquent un basculement.
L’une des plus anciennes représentations d’Étretat, par Alexandre Jean Noël à la fin du 18è siècle, est sans doute liée à une démarche publicitaire. Il faut cependant attendre les années 1820 pour que, peu à peu, les premiers artistes s’y installent.

Vue d’Étretat, vers 1840-1845, pierre noire et aquarelle sur papier,
New York, The Morgan Library & Museum,
achat grâce au Lois and Walter C. Walker Fund, 1991 – Image © The Morgan Library & Museum, New York
Le peintre de marines Eugène Isabey est réputé être pionnier parmi eux. Il réalise sur le motif un ensemble d’aquarelles qui témoignent de sa fascination et qu’il met à profit pour composer des paysages avec des figures empruntant certains traits caractéristiques du site. Il est assez vite suivi de nombreux autres artistes, français ou étrangers, comme l’Allemand Johann Wilhelm Schirmer. Eugène Delacroix vient en voisin lors d’un séjour chez des cousins. Plus tard, Camille Corot est invité par l’un de ses collectionneurs. Tous, classiques comme romantiques, travaillent côte à côte, inaugurant la transformation progressive d’Étretat en un véritable atelier de peinture en plein air, selon une pratique alors devenue commune.
Pêcheurs et baigneurs
À l’arrivée des premiers artistes, la pêche est la principale activité d’Étretat. Le village est alors constitué de chaumières et ses habitants connaissent des conditions de vie et de travail difficiles. L’absence d’un port oblige à échouer les bateaux sur la plage, au retour de leurs sorties en mer, à l’aide de cabestans, par de délicates manœuvres. Ces treuils deviennent des éléments incontournables des représentations d’Étretat, tout comme les caloges, des bateaux hors d’usage recouverts d’un toit de chaume pour stocker le matériel de pêche.

Retour des bateaux de pêche, Étretat, 1879, huile sur bois, Williamstown, Clark Art Institute
achat de Sterling et Francine Clark, 1929 Image © The Clark Art Institute
Eugène Le Poittevin est le premier artiste à faire construire une villa pour s’implanter durablement sur place. Il côtoie les pêcheurs, dont il saisit la vie quotidienne dans des scènes de genre qu’il expose dans les Salons parisiens. Il est aussi le témoin des débuts du tourisme, avec l’apparition des bains de mer. Cette pratique nouvelle est impulsée par le développement de prescriptions médicales qui recommandent le bain « à la lame »*** dont les vertus thérapeutiques seraient nombreuses. La proximité de Paris fait de la côte normande une destination privilégiée et un établissement de bains ouvre à Étretat dès 1840.

Les Bains de mer, plage d’Étretat, 1865,
huile sur toile. Collection particuli.re
Courtoisie image Sotheby’s
C’est à partir des années 1850 que se développe le phénomène de la villégiature, avec la construction de résidences secondaires et l ’aménagement d’hôtels ou d’équipements touristiques tel un casino. En comparaison des autres stations plus mondaines, comme Deauville, Étretat conserve un caractère artistique et intellectuel : écrivains, compositeurs, peintres, sculpteurs se côtoient ici dans un entre-soi recherché.
Gustave Courbet; la falaise et la vague
Le succès des « paysages de mer » que Gustave Courbet peint en Normandie dès 1865 conduit l’artiste à séjourner plusieurs semaines à Étretat à la fin de l’été 1869.

huile sur toile, Paris, musée d’Orsay
Oeuvre récupérée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, attribuée au musée du Louvre en 1950, puis confiée à la garde du musée d’Orsay
en 1986. Historique incomplet entre 1933 et 1945, en l’.état des recherches actuelles ; en cas de spoliation, l’oeuvre sera restituée à ses légitimes
propriétaires. Photo ˝ Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt
La vogue croissante du site auprès du public et des amateurs d’art lui assure de pouvoir vendre facilement sa production, à une période où il connaît des difficultés financières. Il s’installe dans l’ancien atelier d’Eugène Le Poittevin, situé face à la plage, tout près de la falaise d’Aval, d’où il bénéficie d’un point de vue privilégié. Cette phase créative va être particulièrement productive. Il travaille tout d’abord à une vue de grand format de la Porte d’Aval, puis les événements météorologiques font évoluer son projet. Les 11 et 12 septembre, un ouragan, dont la presse témoigne de la violence, frappe les côtes de la Manche. Guy de Maupassant, venu contempler ses effets sur la plage d’Étretat, livre dans un article publié quelques années plus tard le récit de sa rencontre avec Courbet, travaillant face au motif depuis la fenêtre de son atelier : « De temps en temps il allait appuyer son visage à la vitre et regardait la tempête.»

La Vague, 1869, huile sur toile Francfort-sur-le-Main, St.del Museum
Image ˝ St.del Museum, Frankfurt am Main
C’est ainsi qu’est née La Vague, dont Courbet exécutera de nombreuses variations jusqu’à la fin de sa vie. Le succès obtenu par ce tableau ainsi que par La Falaise d’Étretat, après l’orage, son pendant, au Salon de 1870, est l’un des plus grands de la carrière de l’artiste.
Photographier Étretat

Alors que le procédé est encore récent, Étretat devient très tôt l’objet de prises de vues par les pionniers de la photographie sur papier, dès le début des années 1850. Les auteurs ne sont pas des professionnels, mais des aristocrates ou des bourgeois fortunés, en villégiature, passionnés par ce nouveau médium dont ils souhaitent explorer les potentialités. Leur liberté créatrice les conduit à produire des épreuves d’une grande inventivité, qui ne sont pas destinées à être commercialisées. Tous comptent parmi les membres fondateurs de la Société française de photographie, créée en 1854.
Paul Gaillard est ainsi l’un des premiers à tenter de saisir le mouvement des vagues ou la course d’une femme sur la plage. Alphonse Davanne s’impose surtout comme la personnalité majeure dans l’histoire de la photographie à Étretat. Ce chimiste de formation s’oriente par curiosité vers cette nouvelle pratique artistique et il est l’auteur probable d’une première série sur place en 1852, qui comprend un autoportrait. Dix ans plus tard, de retour à Étretat, il livre de grandes et spectaculaires épreuves, qui se signalent par leur perfection technique.
À cette phase d’une photographie élitiste et inventive succède sans transition celle de la reproduction mécanique: Étretat devient l’un des hauts lieux de l’essor de la carte postale, à partir des années 1870, sous l’impulsion de l’éditeur Neurdein Frères.
Claude Monet: la poursuite d’un motif
Claude Monet est familier de la côte normande pour avoir passé son enfance au Havre. Il séjourne à Étretat dès les années 1860, alors qu’il n’est âgé que d’une vingtaine d’années, réalisant de premières études sur le motif. Durant l’hiver 1868-1869, il loue même une maison avec sa famille et travaille à des paysages amorçant les recherches qui aboutiront à l’impressionnisme. Sa réalisation la plus ambitieuse est toutefois une scène d’intérieur, Le Déjeuner, qu’il souhaite présenter au Salon parisien et qui rompt avec les conventions par son format.
La carrière de l’artiste prend son essor au début des années 1880. Pressé par son marchand Paul Durand- Ruel de lui fournir des œuvres et contraint par un besoin d’argent, Monet décide en 1883 de se rendre à nouveau à Étretat. Il va renouveler ce séjour chaque année, plus ou moins longuement, jusqu’en 1886, en privilégiant plutôt l’automne ou l’hiver afin d’éviter la foule des estivants. Il crée un ensemble de près de quatre-vingts toiles, auxquelles s’ajoutent des pastels, qui explorent principalement le motif des falaises.

Pastel sur papier, 22,2 x 40,1 cm, collection particulière. © Sotheby’s
Les œuvres sont débutées en plein air, parfois dans des conditions acrobatiques en quête d’un point de vue original, mais achevées en atelier. Guy de Maupassant a décrit le processus créateur du peintre, menant de front plusieurs tableaux en fonction des effets météorologiques et de la lumière. Il développe ainsi une sensibilité pour le principe d’un travail sur la série, qui va trouver son aboutissement dans la décennie suivante.

The Metropolitan Museum of Art,
legs de William Church Osborn, 1951
Photo ˝ The Metropolitan Museum of Art,
Dist. GrandPalaisRmn / image of the MMA
Après l’impressionnisme

Le succès rencontré par les tableaux de Claude Monet incite rapidement d’autres artistes à fréquenter Étretat à sa suite, à tel point que leur présence devient indissociable du village. « Une des choses les plus curieuses d’Étretat, c’est assurément la quantité de peintres qui, pendant la matinée, sur la plage, essaient leurs pinceaux en faveur de la mer et des falaises », écrit un journaliste en 1885. Parmi eux, Eugène Boudin est l’un des seuls originaires de Normandie. Il prend en quelque sorte le relais de Monet à partir de 1887, en se concentrant plutôt sur des scènes de la vie quotidienne des pêcheurs et en évitant les sujets liés à la villégiature qui ont pourtant construit son succès à Deauville et Trouville.
Les dernières années du siècle introduisent une grande variété de regards, qui viennent renouve ler les approches plastiques. Sophie Schaeppi est l’une des rares artistes femmes dont les travaux à Étretat nous sont aujourd’hui connus, dans le sillage du post-impressionnisme. Jean Francis Auburtin, marqué par la découverte des estampes japonaises, réalise une série d’aquarelles et de gouaches de grand format au trait graphique et aux perspectives originales. Félix Vallotton, qui séjourne dans le village pour son voyage de noces en 1899, concentre en revanche son regard sur les estivants et les baigneurs. Ses compositions aux couleurs éclatantes, préparées par des clichés photographiques sur le vif, traduisent avec humour la société de son temps.
Henri Matisse, été 1920

Étretat, les laveuses, 1920, huile sur toile, Cambridge, The Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, legs d’Arnold John Hugh Smith par l’intermédiaire
du National Art-Collections Fund, 1964
Photo © The Fitzwilliam Museum, University of Cambridge
Henri Matisse séjourne à deux reprises à Étretat durant l’été 1920, réalisant sur place plus de quarante peintures et de nombreux dessins, aux sujets variés, exposés pour partie à l’automne de la même année à la galerie Bernheim-Jeune à Paris. Cette production, longtemps incomprise, demeure encore méconnue aujourd’hui.
À la mi-juin, le peintre accompagne tout d’abord sa fille Marguerite, convalescente à la suite d’une opération, afin qu’elle puisse prendre du repos Il découvre les lieux avec distance et débute des scènes d’intérieur où le paysage apparaît à travers l’encadrement de la fenêtre, selon un principe qui lui est familier. Le mois suivant, le peintre, désormais seul, s’aventure en extérieur, affrontant le motif des falaises dans un dialogue conscient avec les créations de ses prédécesseurs, Gustave Courbet et Claude Monet. Les formes sont simplifiées et s’organisent par aplats. Les scènes sont souvent animées par l’activité des pêcheurs, tandis que Matisse reste à l’écart des estivants. Incommodé par la foule des touristes, il quitte le village en août, pour revenir achever son travail plus au calme, en septembre. Ses créations les plus originales consistent en une série de « poissons peints au bord de l’eau», en plan rapproché, qu’il poursuivra par la suite, renouvelant le genre de la nature morte, parfois sur fond de paysage aux falaises.
Épilogue: sur les pas de Guy de Maupassant
Si l’intérêt des artistes pour Étretat ne s’est pas démenti au fil du 20e siècle, le village ne tient plus le même rôle d’épicentre de la modernité. Alors que le tourisme se développe toujours davantage, le site intègre la culture populaire, à la suite du succès du roman de Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, paru en 1908, dont le héros, le gentleman-cambrioleur Arsène Lupin, cache dans l’Aiguille d’Étretat les trésors qu’il a dérobés.

tirage argentique noir et blanc contrecollé sur aluminium,
collection du Frac Normandie
˝ Vida Burkhard / Courtoisie
Fotostiftung Schwei
Après Balthasar Burkhard, venu en 1995 saisir les vagues sur les pas de Gustave Courbet, le photographe allemand Elger Esser a réalisé en 2000 une série qui interroge le mythe d’Étretat et offre un épilogue à cette histoire artistique du lieu. Il compose quinze photographies de grand format, dont le tirage sépia dialogue avec les œuvres du passé. Elles reprennent les différentes stations indiquées par Guy de Maupassant dans une lettre adressée en 1877 à Gustave Flaubert, dans laquelle le futur écrivain décrit à son aîné, ami de sa famille, la côte, du cap d’Antifer à Étretat. Maupassant, qui habite le village, est familier des lieux qu’il prendra pour décor de plusieurs de ses romans et nouvelles. Il agit alors à la demande de Flaubert, en quête d’un site pour un épisode de son roman Bouvard et Pécuchet, durant lequel ses deux héros se passionnent pour la géologie. Le travail d’Esser rend hommage à cette dimension littéraire et artistique dont Étretat est devenu au fil du temps indissociable.
Chronologie
Vers 1786. La première représentation d’Étretat connue aujourd’hui est peinte par Alexandre Jean Noël (1752-1834). Elle est probablement commandée par un propriétaire de parcs à huîtres, dans le but de promouvoir son activité.
Vers 1820-1822. Eugène Isabey (1803-1886), peintre paysagiste romantique, est le premier à séjourner pour une période prolongée dans le village. Il est hébergé par des pêcheurs.
Vers 1831 Le peintre Eugène Le Poittevin (1806-1870) découvre Étretat. Dans les années suivantes, il fait construire une villa et un atelier sur le front de mer, après avoir acquis un terrain en 1849. Le thème de la mer, de la saison des bains, mais aussi celui des pêcheurs et de leurs familles, deviennent centraux dans son œuvre.
Vers 1835 Du 25 juillet au 22 août, Victor Hugo (1802-1885) voyage en Normandie avec sa maîtresse l’actrice Juliette Drouet et visite Étretat. Il fait part de son enthousiasme à la vue des paysages de falaises dans une lettre à son épouse Adèle.
1836. Le Chemin le plus court, roman d’Alphonse Karr (1808-1890) où sont dépeintes les merveilles du paysage ainsi que des légendes du folklore local, paraît. Il participe à la renommée d’Étretat.
1838. Début de l’aménagement de la première véritable route à Étretat, reliant le village au Havre.
1852 Inauguration du casino, favorisant les sociabilités.
1858 Jacques Offenbach (1819-1880) obtient un immense succès avec Orphée aux Enfers : le triomphe de son opéra bouffe lui permet de faire construire à Étretat la villa « Orphée ». Il y donne des fêtes fastueuses dans les années suivantes.
1860 Guy de Maupassant (1850-1893) passe son enfance et son adolescence à Étretat avec sa mère, après la séparation de ses parents. Il se lie avec les habitants et les pêcheurs. La Normandie et la vie des habitants du pays de Caux sont une grande source d’inspiration pour son œuvre.
1864 Claude Monet (1840-1926) séjourne pour la première fois à Étretat.
1868-1869 Monet séjourne à nouveau à Étretat, avec son épouse Camille et son jeune fils Jean. Il peint Le Déjeuner, mais aussi le célèbre tableau La Pie (Paris, musée d’Orsay).
1869 Gustave Courbet (1819-1877) occupe l’ancien atelier de Le Poittevin sur la plage pour y peindre La Falaise d’Étretat, après l’orage et sa série des Vagues.
1872 Camille Corot (1796-1875) séjourne à Étretat chez la famille Stumpf, qui collectionne ses œuvres.
1877 Dans une lettre datée du 3 novembre, Maupassant décrit la côte normande, à la demande de l’écrivain Gustave Flaubert (1821-1880) qui travaille à l’écriture de son roman Bouvard et Pécuchet. Ces six pages manuscrites contiennent
des croquis du littoral.
1882 Maupassant fait construire la maison « La Guillette ». Il y reçoit ses amis et organise des fêtes.
1883 Monet séjourne à Étretat chaque année entre 1883 et 1886, où il commence à peindre des séries de vues. Maupassant fait paraître sous forme de feuilleton dans le journal Gil Blas son roman Une vie, qui a pour cadre le pays de Caux et Étretat, et connaît un succès immédiat.
1886. Dernier séjour de Monet à Étretat.
1895. Le chemin de fer est prolongé des Ifs jusqu’à Étretat, assurant à la ville une liaison depuis la gare Saint-Lazare à Paris.
1899. Félix Vallotton (1865-1925) loue le château de Grandval à Étretat et y séjourne tout l’été. C’est une sortede voyage de noces pour son épouse Gabrielle et lui.
1908. L’Aiguille creuse, roman de Maurice Leblanc (1864-1941), paraît sous forme de feuilleton dans la revue Je sais tout du 15 novembre 1908 au 15 mai 1909. Le roman est ensuite édité en entier en 1909.
1920. Henri Matisse (1869-1954) séjourne à Étretat, à deux reprises, durant l’été.
1930. Georges Braque (1882-1963) vient à Étretat. Il travaille alors à une série de paysages de mer.
1939-1945 Lors de la Seconde Guerre mondiale, les occupants allemands transforment le bord de mer, démolissant le casino, l’hôtel Blanquet ainsi que des villas. La plage d’Étretat fait partie du mur de l’Atlantique.
1950. Georges Simenon (1903-1989) publie Maigret et la vieille dame, dont l’action se déroule à Étretat.
2000 Elger Esser réalise une série de photographies sur les traces de Maupassant et de Flaubert.
Aujourd’hui. Avec près d’un million et demi de visiteurs par an, Étretat souffre du surtourisme. Cet afflux contribue, tout comme le changement climatique, à l’érosion des falaises. Le littoral de la Seine-Maritime, composé de valleuses et de vallées dans des falaises de craie, est particulièrement exposé : il y aurait environ soixante effondrements par an sur les côtes, du Havre au Tréport. Afin d’éviter les accidents, la commune interdit désormais l’accès aux falaises et à une grande partie des plages depuis avril 2025.
*Lumières : courant de pensée philosophique, littéraire et intellectuel, qui domine le monde
des idées en Europe au 18e siècle.
**Sublime : concept philosophique, théorisé en 1757 par l’Anglais Edmund Burke, qui désigne la sensation de fascination ressentie face à la puissance des éléments naturels.`
***Bain « à la lame » : bain de mer lors duquel une personne est plongée dans l’eau, subitement et à plusieurs reprises, par une autre personne.
Étretat par delà les falaises
Exposition à voir au musée des Beaux-Arts de Lyon jusqu’au 1 mars 2026
Pour tous renseignements MBA Lyon
Commissaires de l’exposition
Alexander Eiling, responsable de la collection d’art moderne, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
Stéphane Paccoud, conservateur en chef, chargé des peintures et des sculptures du XIXe siècle, musée des Beaux-Arts de Lyon
Isolde Pludermacher, conservatrice générale, peintures, musée d’Orsay et Eva-Maria Höllerer, conservatrice, département d’art moderne, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main assistés de Nelly Janotka
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