Du mardi au samedi 14 février, le Grand Théâtre à Aix-en-Provénce propose plusieurs dates pour découvrir Le Lac des cygnes d’Angelin Preljocaj, une création de 2021. Ce mardi 10 février à 20h, nous étions dans une salle archicomble, où se mêlaient tous les publics, y compris de nombreux enfants. Beaucoup connaissaient déjà le chorégraphe aixois et son Pavillon Noir, le Centre Chorégraphique National qui abrite le Ballet Preljocaj depuis 2006 et propose une programmation riche toute l’année.
Sur scène, Angelin Preljocaj revisite Le Lac des cygnes avec la même signature artistique qui a marqué ses versions de Blanche Neige et Roméo et Juliette. Il s’empare de ce classique pour en explorer les nuances, tout en préservant la magie intemporelle de l’histoire. Une occasion unique de redécouvrir ce chef-d’œuvre sous un angle résolument moderne.
Mais rappelons-nous, où nous emmène-t-on ? Au bord d’un lac là où Rothbart veut exploiter un gisement d’énergie fossile. Une jeune fille, Odette, semble contrarier ses plans, il va la transformer en cygne. Ailleurs, lors d’une soirée, Siegfried va s’opposer à son père qui veut s’associer à Rothbart pour construire une usine au bord du lac des cygnes. Le décor est planté.
Même si la danse est un langage à part entière, il est parfois difficile de trouver les mots justes pour décrire ces corps en mouvement, ces images éphémères offertes sur scène, ces tableaux vivants imaginés par l’un des plus grands chorégraphes au monde, et nous le pensons sincèrement. Les mots semblent toujours un peu en retrait, trop faibles ou trop imprécis pour traduire ce que nous ressentons. Quand la danse elle-même devient le texte, comment ne pas craindre de la trahir en tentant de la décrire ?

Grand Théâtre de Provence, février 2026
©photo Jean-Claude Carbonne
La danse est un langage qui transcende les mots. Et quand le contexte est aussi puissant que dans Le Lac des cygnes où l’écologie et le climat s’imposent sur scène, portés par la grâce des 26 danseurs, l’écriture chorégraphique d’Angelin Preljocaj et des projections vidéo d’une intensité rare, signés Boris Labbé, les lumières d’Éric Soyer, les costumes d’Igor Chapurin, qui nous surprennent et nous charment, tous nos sens s’éveillent. Le spectacle devient une expérience immersive, où chaque détail, chaque image, chaque geste résonne bien au-delà des mots. Des tableaux inoubliables, comme ces projections de cygnes qui répondent aux cygnes sur scène : la planète qui se meurt, la nature impuissante, la plateforme de forage qui nous glace le sang, le capitalisme triomphant. Et puis, il y a tout ce travail sur le corps qui nous bouleverse. Des êtres magnifiques, mi-animaux mi-humains, des femmes-cygnes aux mouvements si virtuoses qu’on a l’impression que leurs bras ont été rallongés, imaginez des extensions, comme celles qui existent pour les cheveux !
Tous dansent en rythme, avec une rapidité d’exécution à couper le souffle, dans une synchronisation parfaite des bras, des jambes, des têtes et même des respirations… On aime, encore, les pas de deux, tendres et délicats, on plonge soudain, langoureusement, dans le romanesque et l’amour, tout ce qui constitue, somme toute, la trame de ce monument de la danse.
Les héroïnes, le Cygne blanc et le Cygne noir, sont superbes, sensuelles, sublimes oiseaux qui ont pris leur envol sous la baguette du magicien Angelin. Les clins d’œil à l’œuvre originale sont nombreux, et l’on se réjouit de voir Odette/Odile, c’est-à-dire le cygne blanc et le cygne noir, réunis en un seul personnage, comme dans la version classique. Mais on se réjouit surtout que tant de choses aient été réinventées, que la chorégraphie ait été réécrite par Angelin Preljocaj.
Il y a encore la musique de Tchaïkovski, féérique à l’image de cette histoire, où le classique mène aussi la danse et on s’envole vers l’œuvre originale, qui n’est en rien trahie. Avec son Lac des cygnes, Angelin Preljocaj lui apporte une autre dimension, on pourrait dire qu’il passe « à la vitesse supérieure » pour coller à l’actualité. Il est toujours question de l’univers de la finance et de l’industrie, un monde impitoyable ( comme on dit) face à celui de la Nature en souffrance.
La musique devait aussi mélanger les styles… On retrouve, comme souvent, les musiques additionnelles de 79D, de savoureuses séquences électro qui accompagnent des mouvements précis, automatiques et poétiques tout à la fois.
Angelin Preljocaj est sur son terrain de jeu : il sait combiner brillamment savoir-faire et idées nouvelles pour une interprétation contemporaine d’un ballet du répertoire. Et ils ne sont pas si nombreux, les chorégraphes capables d’ouvrir un propos engagé, de toucher le public au cœur sans le choquer.
Chorégraphie Angelin Preljocaj
Musique Piotr Ilitch Tchaïkovski
Musique additionnelle 79D
Vidéo Boris Labbé
Lumières Éric Soyer
Costumes Igor Chapurin
Assistant adjoint à la direction artistique Youri Aharon, Van den Bosch
Assistant répétiteur Paolo Franco
Choréologue Dany Lévêque
Pour en savoir plus (cliquer) sur ce ballet
Prochaines dates du spectacle: Mercredi 11 , Jeudi 12, Vendredi 13, Samedi 14 février
________________
WUKALI est un magazine d’art et de culture librement accessible sur internet*
Vous désirez nous contacter pour réagir à un article, nous faire part de votre actualité, ou nous proposer des textes et des sujets
➽ redaction@wukali.com
*Vous pouvez vous connecter à votre guise, quand vous le voulez, et bien sûr relayer nos articles sur vos réseaux sociaux. Vous êtes notre meilleur soutien aussi par avance: merci !


