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Barbés créoles bleues sous la plume magnifique de Raphaël Confiant

par Émile Cougut

Je ne ferai l’injure à personne si je ne présente pas Raphaël Confiant, un des meilleurs représentants non seulement de la littérature française contemporaine, mais aussi un vrai amoureux de sa Martinique natale dont il fait découvrir la culture, les charmes, les beautés, les contrastes, la dureté de cette merveilleuse île.

Dans ce roman, ce n’est pas elle qui sert de toile de fond, mais Paris, le Paris des années soixante où plus d’un, venus de loin ont rencontré leurs destins. Pour un Rastignac combien de Mimi qui vont s’éteindre dans la misère, loin, très loin de leurs rêves et de leurs aspirations à une vie meilleure que celle qu’ils auraient eue s’ils étaient restés dans leur lieu de naissance ? Donc Paris, mais avec deux natifs de la Martinique. Un jeune homme de bonne famille, Boris, étudiant en philosophie à la Sorbonne, connaissant les joies de la vie étudiante dans le quartier latin qu’il fréquente avec ses amis, eux aussi bons petits bourgeois. La jeunesse dorée qui a fait rêver nombre d’entre eux en oubliant qu’elle ne représentait qu’une infime partie de sa génération.

Parmi ces jeunes, se trouve Emilienne, elle aussi martiniquaise, mais pas du même milieu social. Elle est venue en France grâce au Bumidon, ce bureau pour le développement des migrations qui sévissait à l’époque dans les départements d’Outre-mer pour avoir, de fait, une main d’œuvre peu qualifiée (d’autant plus que les diplômes obtenus dans ces départements n’étaient pas, de fait, reconnus en Métropole) mais française ! Emilienne vient avec l’espoir de faire comme sa tante, devenir infirmière. Mais la réalité est toute autre, non seulement elle est refusée à la Salpêtrière mais se retrouve bonne à tout faire et finit par échouer sur les trottoirs de Barbès car elle a cru sincèrement aux folles promesses d’un proxénète antillais sans aucun scrupule.

C’est par hasard que Boris rencontre Emilienne et tombe plus ou moins amoureux d’elle. Amour fort peu charnel car ce que veut la jeune fille c’est qu’il écrive un livre sur sa vie. Elle parle, il prend des notes ayant bien du mal à démêler le vrai du faux mais veut à n’importe quel prix écrire, pour elle, ce Roman de l’Egarée comme elle souhaite qu’il s’appelle.

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Que dire, c’est un roman magnifique sur le déracinement, la misère sociale. Une dénonciation, d’autant plus forte qu’elle ne prend pas la forme d’un pamphlet rageur contre ce système mis en place par la Métropole qui a brisé la vie de biens des indigènes des départements d’Outre-Mer. On connaissait les ravages qu’il a causé à la Réunion (dont Michel Debré était élu, ce qui explique en grande partie cette connaissance) et bien moins en ce qui concerne la Martinique et la Guadeloupe. Heureusement que des auteurs de talent comme Raphaël Confiant osent aborder ce système qui n’est pas loin de là à la gloire de notre pays.

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