Accueil Livres, Arts, Scènes Villa Andrée, une saga familiale de Bruno Boniface

Villa Andrée, une saga familiale de Bruno Boniface

par Émile Cougut

Une saga familiale sur plus de 150 ans ou plus exactement de 1870 à nos jours. Mais une saga familiale racontée par un seul et unique protagoniste : une maison, mais pas n’importe laquelle : la villa Andrée construite à Fécamp.

Elle a été baptisée du prénom (et surtout construite grâce à l’argent) de la femme de Louis Feuerkhan, jeune homme qu’un problème de moteur du bateau qu’il devait prendre pour immigrer aux Etats-Unis a obligé à rester en Normandie.

Andrée, par son caractère, joyeux, une vraie ouverture d’esprit va amener un air de liberté et de tolérance dans la maison familiale. Louis, quant à lui, va créer des chantiers navals prospères. Mais tout va évoluer avec la seconde génération, et surtout avec l’ainé, Adolphe, qui non contant de changer son nom de famille en Fécamp (car antisémite), il ne supporte pas d’avoir des ascendants juifs, arrive à évincer son père mais fait cependant prospérer l’entreprise familiale.

Cela sera pire avec la génération suivante. Félix n’a aucun scrupule et va pactiser avec les armées d’occupation allemandes ce qui lui vaudra quelques problèmes à la Libération, mais il s’en sortira, essentiellement grâce à son poids économique local. Cependant son fils Gaston, qui lui a rejoint très vite la résistance, finit par reprendre possession de la maison qui retrouve l’ambiance des jours heureux de l’époque d’Andrée. Il reprend même le nom de famille de son grand-père ! Mais très affecté par le déclin de la santé de sa femme Alice, touchée par la maladie d’Elsheimer, Gaston se retire et surtout laisse la place à son fils Vincent (qui lui revient au nom de Fécamp) qui agit avant tout comme un capitaliste « marron », ce qui met en péril, à force de magouilles, la pérennité des chantiers navals et l’avenir de la maison familiale.

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Mais celle-ci, qui a toujours montrer sa désapprobation quand certains agissent mal, va agir pour mettre hors circuit celui qu’elle considère être son ennemi. Heureusement Valery (qui redeviendra Feuerkhan) imagine un avenir radieux pour la Villa Andrée. Particularité de la famille, les garçons ont tous le prénom du président de la République en exercice le jour de leurs naissances.

Au-delà du côté assez caractériel de la Villa Andrée, ce roman, montre les grands problèmes qui ont traversé la société française ces 150 dernières années, dont la plus importante a été, et, hélas, est toujours, un antisémitisme parfois virulent, avec l’acmé que fut la Seconde Guerre mondiale avec la compromission de certains et l’engagement d’autres, et ce dans une même famille.

Mais il y a aussi, la place des femmes dans la société et la revendication de leurs droits, entre les aspirations d’Andrée et le quotidien de son arrière-arrière-arrière-petite-fille par alliance Valérie, il y a un univers. Et puis, n’oublions pas les secrets, qui parfois ne le sont pas, comme le fait que les enfants d’Andrée ressemblent à l’architecte de la Villa et non à son mari ou à l’homosexualité de Félix. Une saga originale de par son narrateur, mais une saga qui nous fait passer un excellent moment de lecture. 

Villa Andrée
Bruno Boniface

éditions Atelier Henry Dougier. 21€

Illustration entête: Bruno Boniface. ©Photo Le Courrier Cauchois

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