Quand j’aurai du vent dans mon crâne

Quand j’aurai du vert sur mes osses

P’tet qu’on croira que je ricane

Mais ça sera une impression fosse

Car il me manquera

Mon élément plastique

Plastique tique tique

Qu’auront bouffé les rats

Ma paire de bidules

Mes mollets mes rotules

Mes cuisses et mon cule

Sur quoi je m’asseyois

Mes cheveux mes fistules

Mes jolis yeux cérules

Mes couvre-mandibules

Dont je vous pourléchois

Mon nez considérable

Mon coeur mon foie mon râble

Tous ces riens admirables

Qui m’ont fait apprécier

Des ducs et des duchesses

Des papes des papesses

Des abbés des ânesses

Et des gens du métier

Et puis je n’aurai plus

Ce phosphore un peu mou

Cerveau qui me servit

A me prévoir sans vie

Les osses tout verts, le crâne venteux

Ah comme j’ai mal de devenir vieux.

BORIS VIAN (1920-1959)

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