Jean Cocteau est un touche à tout génial, un intuitif, un passionné, un découvreur enthousiaste, un farfadet vibrionnant, une intelligence en sensibilités, un précipitateur, comme on dit en chimie, de talents et d’esprits, au coeur du mouvement des idées et des arts, vivant avec intensité l’impétuosité du siècle, mais il est aussi et avant tout un artiste, un créateur de formes, un homme fragile et réceptif, un poète qui dans sa vie comme dans son oeuvre , et elle fut effervescente, traduit l’intensité de la passion et la fragilité des êtres et des choses.

Si son regard était intense et vif, il exprima par la poésie, le théâtre, le cinéma ou le dessin les rêves et les fragments d’imaginaire qui enflammaient son esprit. Quand l’existentialisme hantait Saint Germain des prés, Cocteau préférait quant à lui la tradition humaniste sublimée dans ses films avec Orphée ou le Sang du Poète qui présentait une mise en abyme de la condition de l’artiste.

En 1961 Cocteau reçoit une commande ministérielle pour la réalisation des vitraux de cinq baies vitrées pour l’église St Maximin à Metz . Passer par delà le miroir, à travers la transparence, du dedans et du dehors , tel un rayon évanescent, porter sa pierre ou plutôt sa pièce de verre coloré pour servir de mémoire aux hommes, devenir un intercesseur, un entremetteur, un marieur entre histoires et traditions catholique, païenne ou athée, c’est cette histoire que raconte Christian Schmitt dans le très beau livre qu’il vient de consacrer aux vitraux de Jean Cocteau à St Maximin de Metz. « Je décalque l’invisible ».

L’église Saint Maximin est toute de pureté et de beauté fragile, tendre et délicate, romane en son essence elle s’est construite sur plusieurs siècles. C’est un bijou de grâce et de délicatesse. Jean Cocteau avec les maîtres verriers Brière (Emile et Pierre le fils) crée pour chaque baie un décor inventif qui trouve ses sources dans un monde sensible et décoratif souvent bien éloigné da la tradition. Un exotisme floral inattendu droit inspiré d’un douanier Rousseau avec de fréquents parallèles avec les créations des verriers de Nancy et un bestiaire fantastique juste repris d’une mystique évangélique et biblique, avec quelques réminiscences égyptiennes et carolingiennes . Un parfait équilibre qui transcende et fait beauté. Une transparence métaphorique qui donne à la sacralité du lieu une vibration spirituelle intense.

Voici un livre documenté, passionnant, fourmillant d informations, de citations, Christian Schmitt a consulté maintes archives pour faire revivre à travers la personne de Jean Cocteau, et dans un style lyrique, cette effervescence artistique qui a caractérisé le début des années soixante. Une belle et abondante iconographie l’accompagne.

P-A L


Les vitraux de JEAN COCTEAU

Église Saint-Maximin de Metz. « Je décalque l’invisible ».

Christian Schmitt

Édition des Paraiges. 35€



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