La chronique littéraire d’ Émile Cougut.


Dans la série « 20 clés pour », les éditions Albin Michel et le Monde des religions viennent d’éditer « l’islam ».

Toujours bâti sur les mêmes principes : 20 courts articles en 160 pages, ce petit livre se lit facilement et offre une vision de l’islam qui est bien loin de celle véhiculée quotidiennement par les médias de toute sorte.

Les premiers chapitres replacent l’islam dans son contexte géographique, historique, sociologique. Ils sont clairs, « objectifs » et surtout pas prosélytes ni critiques sur cette religion. Les suivant décrivent les grands principes de l’islam, leurs significations et les expliquent simplement, de façon accessible pour un « non croyant ».

A leur lecture, beaucoup de lieux communs tombent. Des lieux communs non seulement véhiculés par des musulmans dont les auteurs se demandent s’ils ont eu un jour un doigt de réflexion, mais surtout par les islamophobes qui non seulement ne réfléchissent pas plus que les autres mais surtout qui sont tombés dans le piège qui consiste à regarder certains faits, mouvements par le minuscule bout de la lorgnette.

Dans un pays comme la France, on entend parler de l’islam mais jamais sans préciser de quel courant il s’agit. Il y a autant de différences entre les ismaéliens et les sunnites qu’entre les pentecôtistes et les orthodoxes qui pourtant sont des chrétiens.

Il faudrait que chacun lise, apprenne par cœur l’article de Serge Lafitte : « Confessions et écoles » pour comprendre non seulement les grandes différences entre les deux grands courants de l’islam et les grands sous courants qui les divisent en interne. Peu de personnes savent que le chiisme ne se résume pas à la théocratie iranienne mais se divise en trois branches le zaïdisme, les ismaéliens, les duodécimains ; que les sunnites quant à eux se rattachent à une des cinq grandes écoles : la malikite (surtout au Maghreb et en Afrique), la hanafite (essentiellement les turcs), la chafiite (Mayotte, Indonésie, Yémen, etc.), la ibadisme (Oman, Zanzibar, Mzab algérien), la hanbaliste. Cette dernière prône le retour à l’islam original à travers l’imitation des anciens (salaf en arabe, d’où vient le mot salafiste), Ces adeptes sont très minoritaires dans le monde des « croyants », mais se retrouvent dans un sous courant : le wahhabisme qui est la religion d’état en Arabie Saoudite.

A la lecture de 20 clés pour comprendre l’islam , on s’aperçoit vite que l’on ne parle que d’une minuscule minorité qui ne représente en rien l’immense majorité des musulmans.

C’est en comprenant l’histoire et tous ces courants de pensées que l’on perçoit que le « terrorisme islamique » n’est que le prolongement d’une sorte de guerre de religions qui a commencé après la mort du prophète, terrorisme qui fait bien plus de victimes chez les musulmans que chez les infidèles…

L’article d’Eric Geoffroy sur le soufisme à lui seul montre aux non sachant toute la profondeur mystique qu’une religion renferme.

Mais surtout les derniers chapitres ; le réformisme, le licite et illicite, la condition des femmes nous livre une vision de l’islam bien loin des lieux communs véhiculés généralement.

L’islam n’est pas une religion fermée, repliée sur elle-même ne se référant qu’à un passé plus ou moins fantasmé, mais une religion de tolérance totalement compatible avec la laïcité, comme le souligne Mezri Haddad : « malgré le « rendez à César ce qui est à César… » et le « mon Royaume n’est pas ce monde », l’Occident à mis près de dix-huit siècles avant de déclencher, grâce aux lumières, la disjonction du théologique et du politique. La sécularisation est un processus qui ne se compte pas par années mais par siècles. »

20 clés pour comprendre l’islam oblige le lecteur non musulman à percevoir l’islam comme une religion pleine de vie et de profondeur.

Après l’islam en 50 clés d’Antoine Sfeir, 20 clés pour comprendre l’islam est une nouvelle pierre permettant de mieux comprendre cette religion, le monde, l’humanité tels qu’ils sont en ce début du XXIème siècle.

Emile Cougut


20 clés pour comprendre l’islam

Ouvrage collectif avec : Rochdy Alili, Leïla Babès, Salma Belabès, Tahar Ben Jelloun, Malek Chebel, Mélissa Chemam, Eric Geoffroy, Ikbal al-Gharbi, Claude Gilliot, Mezri Haddad, Larbi Kechat, Serge Lafitte, Pierre Lory, Farouk Mardam-Bey, Ali Mérad, Tareq Oubrou, Mohammed Talbi, François Zabbal.

Editions Albin Michel. 6,90€

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