Gentlemen, Herren, Messieurs voici l’occasion rêvée, et le mot est bien choisi, de réviser votre anglais ou votre allemand car voici que vient de sortir chez Taschen en 3 petits volumes en coffret une histoire illustrée (et quelles illustrations !) des Pin-Up des magazines avec des commentaires trilingues (dont le français cela va de soi) comme cela est l’habitude chez cet éditeur.

Peut-être la lecture de ces doctes écrits et votre goût des langues ne seront-t-ils point le ressort essentiel de votre motivation, votre inclination naturelle tournera davantage à l’admiration de ces charmantes jeunes-femmes, et je ne vous donne pas tort… !

Foin de tartufferie, pour être plus sérieux, ce trésor iconographique et éditorial comportant des centaines de reproductions d’affiches et de pages magazine de Pin-Up , de belles filles (vous allez être gâtés), d’un érotisme badin et frivole est très surprenant.

En effet, si l’on se souvient avec une certaine nostalgie de ces Pin-Up de calendriers qui décoraient les garages et les ateliers de mécanique, ou étaient punaisés (c’est l’étymologie même du mot Pin-up en anglais) sur les murs de chambrées de militaires ou de chambres d’étudiants, ou encore dissimulées subrepticement sous un matelas ou entre les pages d’un bon vieux livre à la couverture respectable pour que madame l’épouse ou maman ne sachent point, on reste confondu par le caractère somme toute sage et mesuré de ces représentations féminines. Un érotisme on ne peut plus discret somme toute, et à titre de comparaison Mademoiselle O’Murphy, tableau du peintre français du XVIIIème François Boucher, paraitrait on ne peut plus torride.

Trois volumes donc, qui recensent ces affiches de 1900 à nos jours, et un sérieux parfaitement académique pour étudier dans le détail ( sans clin d’œil), de façon on ne peut plus contextuelle, sociologique et analytique, et disons-le sous tous les angles, l’histoire de ces magazines vendus dessous le comptoir, de ces affiches ou de ces publicités, la plupart d’origine américaine.

Ce qui retient le plus l’attention, c’est cet érotisme intériorisé, pudique et osons le mot, chaste qui contraste au demeurant avec notre imaginaire d’aujourd’hui. Ces belles filles dont la beauté des formes ne le cède en rien au charme de la physionomie ou l’éclat scintillant de leurs regards, demeurent dans leurs représentations saines et pudiques, sauf à faire rougir bien évidemment un moinillon à peine sorti de confesse et tout juste ébranlé par la vision de L’extase de Sainte-Thérèse du Bernin.

Elles sont paradoxalement textiles ces belles Pin Up, en reprenant ainsi une terminologie prisée par les amateurs de nudisme, et si l’échancrure d’un corsage laisse apparaître quelques agréable mamelon joufflue à souhait, ou si sous un corsage pointe la sinuosité d’un sein et la douce protubérance de l’aréole, elles incarnent ces demoiselles cette nouvelle Ève moderne, ce rêve de femme, ce désir contrarié et fantasmé. Car ne nous y trompons point, ces affiches sont destinées à séduire un public masculin ou servir à défaut de modèles de séduction. Elles contribuèrent à la fortune de nombreux magazines de charme ou à créer la gloire de quelques marques de lingerie féminine. Leur caractère somme toute angélique (il existe toutes sortes d’anges) et ingénu, nulle pornographie, serait il du à la société américaine morale et religieuse où cette forme d’art graphique et photographique a vu le jour ?

Jusqu’aux années 50 ces Pin Up étaient somme toute très prudes et l’on connaissait bien plus souvent mieux l’anatomie de la femme en arpentant les galeries des musées qu’en feuilletant ces magazines coquins ou cochon comme l’on disait alors. Cela commence dans les années 60 à changer avec les magazines américains où la femme apparaît alors dans sa totale nudité dans des postures sophistiquées et dans des décors scénographiés, et là de textile nenni, elles sont nues et belles, à la rigueur portant quelques délicieux sous-vêtements en dentelle, et abandonnées lascivement aux regards inquisiteurs. La société est entrain de changer drastiquement, l’émancipation féminine fait son chemin, et si les stars américaines militent pour le droit des femmes ( Jane Fonda n’hésite pas à poser nue pour Playboy s’affranchissant ainsi du joug des hommes), la vision des Pin-Up peu à peu tend à se modifier et le rêve de femme se sophistique et perd de son sens et de sa force en utilisant des artifices visuels de décor et de théâtralité inutiles.

Vraiment ces trois petits livres, cette histoire riche de photos de ces magazines de Pin-ups est bien sage et peut se feuilleter en famille telle une histoire de la société du XXème siècle, c’est bien là peut-être ce que d’aucuns pourraient lui reprocher mais ce serait faire une forte mauvaise et mesquine querelle.

Pierre-Alain Lévy


Dian Hanson’s History of PIN-UP magazines

En coffret 3 volumes reliés. Textes en français, anglais et allemand.

Taschen. 29. 99€


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