Un bien beau livre édité par Taschen. Un livre formidable qui comble tous les désirs des amateurs et des passionnés et se présente tout à la fois avec des biographies des plus grands musiciens de jazz des années 20 et d’avant-guerre, mais aussi un Cd avec des enregistrements d’époque remasterisés et dont l’authenticité sonore est parfaitement préservée. De Jelly Roll Morton à Catt Calloway, avec bien sûr Fats Waller, Bessie Smith, Louis Armstrong, Coleman Hawkins, Benny Goodman, le Duke, Leon Bix Beiderbecke et plein d’autres…

Un jazz authentique, vibrant, rythmant, joyeux, syncopée et colorée, un jazz des caveaux, un jazz de Harlem comme des night-clubs de Manhattan, Cotton-Club ou Coonie’s Inn. Un jazz dansant, familier, sensuel, sautillant avec Bill Bojangles Robinson. Un jazz masculin et féminin aussi avec des chanteuses telles Ethel Waters « le haricot vert« , la première chanteuse à connaître le succès auprès des Blancs à Broadway. Un jazz des années folles où Noirs et Blancs se rencontrent, se croisent, jouent ensemble ou voyagent tel Sidney Bechet venu de la Nouvelle-Orléans et qui parcourt l’Europe. Un jazz dixxie en recherche qui trouve des combinaisons et des harmonies et où ses virtuoses jouent du piano, de la trompette, du cornet, de la clarinette, du saxophone ou encore du banjo ou du violon. Un jazz venu du Mississippi sur le pont des bateaux à vapeur et arrivé jusqu’aux grattes-ciel de New-York alors en pleine construction où les minoritaires noirs américains fils ou petits-fils d’esclaves, juifs venus d’Europe, George Gershwin ou Bennie Goodman, Italiens Joe Venuti et Eddie Lang se rencontrent. Et puis des voix de gorges qui sentent le tabac et le whisky de contrebande.

Tout y est dans ce livre, travaillé tant dans sa forme exceptionnelle avec de magnifiques sérigraphies dessinées par Robert Nippoldt sur des textes de Hans-Jürgen Schaal, de la composition des orchestres, des bands avec le nom de chacun des musiciens et de l’instrument qu’ils jouent, sans oublier les plans de la ville avec le nom des rues, des bars et des clubs pour se repérer. Avec ce livre en main et après un bon cigare et un bourbon bien tassé on pourrait avoir l’illusion de rencontrer au fil des pages Al Capone ou Frank Nitti descendant d’une Ford T.

Jazz dans le New-York des années folles, est un livre indubitablement beau et sa composition (au sens de l’imprimerie) a été particulièrement soignée ; qui plus est le papier sur lequel il a été imprimé a une texture, une couleur et aussi, ô merveille, une odeur d’encres sans pareil, un petit côté retour nostalgique, une petite madeleine bien proustienne, ou plutôt de cet autre côté de l’Atlantique bien fitzgeraldienne, c’est d’ailleurs pleinement d’actualité !

Pierre-Alain Lévy


Jazz. Dans le New-York des années folles

Robert Nipoldt et Hans-Jurgën Schaal

Éditions Taschen. 39€99


Illustration de l’entête, sérigraphie de Robert Nipoldt représentant Fats Waller


ÉCOUTER VOIR

1/ Ethel Waters


2/ Coleman Hawkins


3/ Glenn Miller


4/ Anthologie All That Jazz: From New Orleans To New York


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