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La Chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Pôle roman vient de faire paraitre Dorian Gray le portrait interdit. Bien sûr, Oscar Wilde est le génial créateur de ce personnage qui est un des héros de roman des plus connus au monde. Nicole Audrey Spector vient de reprendre cette histoire, sans la trahir. Tout y est : le vœu de l’éternelle jeunesse, la transformation du portrait, la mort de Wilde, la description de la société victorienne. Tout y est mais en plus Nicole Audrey Spector va très loin dans l’hypocrisie de cette société, dans la perversion qui existait dans les couches sociales « privilégiées ».

Tout y est : mais l’auteur modifie, ou plus exactement reprend tous les fils qui lient les personnages pour les entremêler de façon différentes : ainsi les noms de famille sont les mêmes mais les hommes deviennent femmes et vice-versa, certains personnages de Wilde se retrouvent dans plusieurs chez Nicole Audrey Spector. Ainsi, l’ami de Dorian Gray, son « mauvais génie » est Lord Henri Wotton qui devient Lady Helen Wotton qui tient le même rôle, mais c’est une femme…

Tout y est, mais l’auteur insiste sur des éléments qui étaient sous entendus dans l’œuvre de Wilde, dont le sadisme sexuel dont fait preuve Gray, les ravages des « paradis artificiels » à base d’alcool et d’opium (la drogue en vogue de l’époque), et surtout le sexe. Certains passages sont « crus », très « crus ». Mais ce n’est pas de la pornographie de bas étage pour autant, ni de la sensualité ennuyeuse, ni des descriptions anatomiques de parties génitales se rencontrant. L’acte sexuel est décrit sur toute sa durée, mais sans vulgarité, comme une évidence, une partie intégrante de l’histoire qui s’inscrit dans son déroulement, qui est un élément de compréhension de la personnalité des acteurs.

Le changement le plus important que Nicole Audrey Spector amène est que le peintre du fameux portrait change aussi de sexe et l’ami de Gray Basile Hallward devient la jeune peintre talentueuse Rosemary Hall. Bien sûr elle va tomber amoureuse de son modèle, bien sûr elle va perdre sa virginité avec lui, bien sûr, elle va reprocher son inconduite à Dorian Gray qui va la tuer ce qui entrainera sa propre mort (comme chez Wilde le meurtre de Basile amène à la tentative de destruction du portrait et à la mort du héros). Mais ce qui ne se trouve pas chez Wilde, c’est sa volonté par amour pour sa maîtresse de combattre ses penchants sadiques (ah ! la rédemption, ou du moins sa tentative, par amour), et bien sûr, ce que le lecteur découvre très vite, c’est qu’ils sont demi-frère et demi-sœur, ce qui rend leur union impossible. D’où ce que n’importe quel psychologue à la petite semaine remarquera : l’amour que Dorian porte à Rosemary n’est que l’amour qu’il se porte, quand ils font l’amour, il atteint la jouissance suprême en s’aimant lui-même. Leur relation n’est que le symbole du narcissisme, qui ne fait que renforcer son égocentrisme, de Dorian Gray.

Si cet été, vous souhaitez lire un livre érotique, alors n’hésitez pas, lisez Dorian Gray, le portrait interdit, plutôt que 50 jours de Gray de E.L. James : c’est nettement meilleur, tant au niveau de l’histoire qu’à celui de la sensualité. Et puis, surtout après relisez l’original d’Oscar Wilde, le génie fait tant de bien à l’intellect !

Emile Cougut


DORIAN GRAY LE PORTRAIT INTERDIT

Oscar Wilde & Nicole Audrey Spector

MA Éditions.14€90. sortie librairie 2 juillet.


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