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La Chronique littéraire d’Émile Cougut.


Encore un nouvel ouvrage sur la délinquance serions nous tentés de penser en voyant ce livre édité chez Michalon. Oui, c’est certain, c’est encore un livre sur la délinquance, mais avec un angle d’attaque, une analyse que le citoyen n’a pas l’habitude d’entendre.

Les poncifs que les médias nous assènent tous les jours, les débats avec des pseudo-experts, la langue de bois de certains hommes politiques qui ont instrumentalisé la police et la gendarmerie pour leur propre intérêt et non pour l’intérêt général, etc. ne se trouvent pas dans ce livre.

Il faut dire qu’il a été fait par un vrai professionnel, un colonel de gendarmerie qui a vécu au quotidien les problèmes de délinquance et qui a su prendre assez de recul pour réfléchir à son travail, à la réalité de ce que les gendarmes et les policiers vivent au quotidien. Pour autant, l’auteur est sans concession pour ces deux services : quand il détecte des aberrations, il les dénonce.

Professionnel, Jean-François Impini aborde la problématique de la délinquance de la façon doit elle est gérée par l’état. Ceux qui cherchent des faits divers plus ou moins sordides ou croustillants en seront pour leurs frais, il n’y en a aucun. Par contre, il analyse les statistiques que policiers et gendarmes élaborent quotidiennement et avant tout comment elles sont tenues.

Premier paradoxe, les statistiques de la délinquance sont tenues par le ministère de l’intérieur et non par celui de la justice, alors qu’il s’agit de crimes et délits relevant de ses attributions. Bien sur, il y a des statistiques tenues par le ministère de la justice, bien plus précises, mais celle-ci ne sortent pas de la place Vendôme.

Tous les professionnels connaissent l’état 4001, la bible du ministère. Dedans se trouvent, du moins en théorie, tous les faits générés par la délinquance. Oui mais qu’en théorie, car comme toutes statistiques, tout dépend comment elles sont abondées et après interprétées. Tout le travail de Jean-François Impini est de dénoncer l’escroquerie que cet état représente. Il nous explique comment elles sont fausses, et ce pas obligatoirement de la faute des services qui les remplissent. Ainsi, par exemple, les crimes et délits des DOM TOM ne sont pas comptabilisés, ni ce qui concernent le domaine routier ou les contraventions. Il est donc très facile pour celui qui prend la plainte de « déclasser » les faits lors de la prise de plainte pour que de délictuels ils deviennent contraventionnels. C’est légal, les faits existent, les victimes aussi, mais par un tour de passe-passe, ils ne sont plus comptabilisés dans les chiffres de la délinquance. Cela explique la baisse, par exemple, de plus de 50% des tentatives de vol de véhicules (délit) qui sont enregistrés comme des dégradations de véhicules (contraventions). Et il y a les mains courantes dans les commissariats où des faits pénaux sont portés à la connaissance de la police mais qui n’apparaissent jamais en statistiques, les personnes qui sont « découragées » de portés plainte, etc.

Bien plus fiables sont les enquêtes de victimisation faites par l’INSEE et souvent leur conclusions montrent un gouffre entre la réalité et l’état 4001 qui est le seul officiel. Ainsi en 2010, l’INSEE relevait 3,4 millions de faits de vandalisme, alors que l’état 4001 en mentionnait : 265.000 !

Quant au célèbre taux d’élucidation qui est en théorie en hausse constante, à la lecture d’Un mensonge d’état, on apprend toutes les « ficelles » pour l’augmenter artificiellement. Enfin, un professionnel qui dénonce les aberrations mathématiques représentées par des taux d’élucidation de certains faits supérieurs à 100% durant plus de cinq ans !

Jean-François Impini analyse aussi l’interprétation que font certains de ces statistiques pour vanter une baisse de la délinquance : moins 16% en dix ans. Mais une simple lecture devrait poser des questions à ceux qui y croient. De fait sur les 103 index de l’état 4001, il y en a 5 qui représentent une baisse de 49% et 98 qui eux représentent une hausse de plus de 3%. Et dans ces 5 index, 4 concerne les véhicules.

Dans une brillante analyse, Jean-François Impini montre que sur les 740 000 délits en moins sur ces 5 index, 671 000 ont été artificiellement soustraits.

Les chiffres présentés au public ne correspondent pas à la réalité de la délinquance et à ce que vivent les citoyens au quotidien. Et c’est normal, car pendant 10 ans les services de police et de gendarmerie ont été instrumentalisés par le pouvoir politique pour des problèmes électoraux.

Bien sur ce même pouvoir politique a créé comme gage d’objectivité l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Mais déjà son indépendance est vite mise en doute quand on voit qu’il est rattaché à un organisme dépendant… du ministère de l’intérieur. Il faut lire Un mensonge d’état ne serait-ce que pour le brillant pamphlet que Jean-François Impini lui consacre et sur son ineffable président Alain Bauer qui a démissionné juste avant l’élection présidentielle. Ses travaux, le plus souvent illisibles, se caractérisent par leur nullité, leur autisme, leur allégeance au pouvoir politique et sont le plus souvent en contradiction avec les criminologues (au CNAM, le sérieux du titulaire de la chaire de criminologie peut-être quelque peu remis en cause).

Le chapitre consacré à la police technique et scientifique, nous montre que celle-ci n’est qu’un écran de fumée, une sorte de vitrine mais qui coûte très cher (au grand bénéfice de la société Siemens) pour des résultats symboliques.

Le livre de Jean-François Impini se lit facilement, même pour une personne ne travaillant pas dans un service de police ou de gendarmerie. Il est technique mais très accessible. Et de plus, la moitié du livre est consacrée à des annexes qui permettent à ceux qui le souhaitent d’approfondir ce sujet.

Un livre qui nous montre que dès que le pouvoir politique instrumentalise un phénomène, sa perception en est faussée. Et tout citoyen devrait se poser la question de la place des journalistes dans notre société, qui ne sont devenus que des courroies de la parole d’état et non des personnes amenant aux citoyens une informations fiables, vérifiées, des personnes amenant une vraie contradiction aux contre-vérités.

Emile Cougut


Un mensonge d’état : l’imposture sécuritaire

Jean-François Impini

Éditions Michalon. 20€


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