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La Chronique littéraire de Félix DELMAS.


Par deux fois les français ont tirés sur des américains. Dans ces deux cas, la France et les Etats-Unis d’Amérique étaient liés par des traités. Il n’y a jamais eu de déclaration de guerre entre ces deux pays, et pourtant : par deux fois, il y a eu ce qui se nomme une quasi-guerre (guerre sans déclaration formelle et qui ne dure pas) : la dernière s’est passée lors du débarquement des alliés en Afrique du Nord en 1942, la première, bien oubliée, de 1798 -1799. C’est ce que raconte Eric Sinou-Bertault dans Talleyrand et l’affaire X,Y,Z que viennent de publier les éditions de l’Harmattan.

La France est en guerre contre l’Europe, les colonies d’outre-Atlantique sont isolées de la métropole, certaines connaissent des révoltes d’esclaves ou de mulâtres comme à Saint Domingue avec Toussaint Louverture.

La France est toujours liée avec les Etats-Unis par le traité de Paris de 1778. Mais « les affaires sont les affaires » comme l’écrivit Octave Mirebeau, les français sont déçus que les américains privilégient au niveau commercial, leur ancien colonisateur, la Grande Bretagne à leur détriment. Aussi, la mer des caraïbes, mais aussi les mers et océans entiers sont pleins de corsaires français qui ont pour mission de saisir tous les navires de commerce qui transportent des marchandises anglaises. Bien sur, par principe, la neutralité des pavillons est, en théorie respectée, mais un américain parle anglais, d’où parfois des « qui propos » dus avant tout à la mauvaise fois des capitaines français. De plus, tout un trafic de faux documents (navires ou cargaisons anglais qui devenaient américains) s’est mis en place entrainant des abus.

C’est dans ces conditions qu’arrive à Bordeaux le 5 décembre 1796 le général Charles Coordtesw Pinckney, nouvel ambassadeur des Etat Unis d’Amérique en remplacement de Monroe, jugé par son gouvernement trop favorable aux intérêts français. Il est progressivement rejoint par MM Marshall et Gerry pour mettre fin aux incidents qui ont lieu entre les deux pays.

Le directoire est très hostile aux américains à qui est reproché de ne pas prendre position contre l’Angleterre, et la réception de l’ambassadeur et des émissaires américains n’est qu’une longue suite d’humiliation.

En 1797 les américains élisent pour président Adams, chef de file du courant francophile, tandis que le ministre des relations extérieures, Delacroix (père putatif du peintre, le père génétique pouvant être le successeur, un des mystère de l’histoire…)est remplacé par Charles Maurice de Talleyrand-Périgord qui vient juste de rentrer d’exil durant lequel il a passé 18 mois aux Etats-Unis.

Trois émissaires français sont nommés pour discuter avec les américains : deux banquiers Jean Conrad Hottinger (un des futurs créateurs de la banque de France), et Bellamy et un planteur de Saint Domingue : M. Hauteval. Parfois, pour essayer de calmer les esprits Beaumarchais est sollicité.

De fait, les français exigent avant tout une aide pour la guerre, sous forme du rachat d’une partie de la dette de la Hollande, qui fait partie depuis peu de la France, pour un montant de 35 millions de florins, sous forme d’un accord secret et d’un pot de vin de 50.000 livres.

Les américains refusent, chaque camp reste sur ses positions, et les émissaires finissent par partir.

Le président Adam fait publié leur rapport où le nom des émissaires français sont remplacés par X,Y,Z et Beaumarchais par W.

La guerre entre les deux pays n’est pas déclarée, mais des actes de guerre sur mer ont lieu quotidiennement. Les geôles françaises et américaines se remplissent de prisonniers. Aux Etats-Unis, des actes contre les résidents français ont lieu, des mesures de rétorsions sont prises par le directoire. Une vraie campagne d’explication des positions a lieu dans chaque pays par voie de presse. Mais surtout, les américains vont créer un corps spécial : les marines et aussi l’US Navy, car depuis la fin de la guerre d’indépendance, les américains n’ont pas de flotte militaire. Une des premières frégates Constellation remporte la première bataille navale de l’histoire de l’U.S. Navy le 9 février 1799 contre la frégate française l’Insurgente, avant tout grâce à la lâcheté du capitaine de cette dernière.

Mais cette « quasi guerre » a un coût très important pour les américains, plus de é000 navires de commerce ont été pris par les corsaires français (contre une centaine de perdus du côté français).

Aussi trois nouveaux émissaires reviennent à Paris le 3 mars 1800. Le général Bonaparte qui vient d’instaurer le Consulat et de nommer Talleyrand aux affaires extérieures, veut la paix. Les émissaires reçoivent un accueil digne de leur rang, les trois émissaires français sont menés par Joseph Bonaparte. Le temps de vaincre les autrichiens à Marengo et un nouveau traité est signé le 1 octobre : la convention de Mortefontaine qui met fin à cette quasi-guerre.

Talleyrand et l’affaire X,Y,Z est un livre d’histoire. Pas un livre de recherche historique. Les puristes seront heurtés par des dialogues imaginés par l’auteur qui ne sont là que pour montrer au lecteur la façon dont les relations se passaient à cette époque. On peut aussi reprocher à Eric Sinou-Bertault de parceller son livre de récits de combats navals et de listes de bateaux arraisonnés et considérés comme prise de guerre au détriment de l’aspect économique, politique voire diplomatique de cette période. Eric Sinou-Bertault n’est pas pour rien un membre imminent de la Société française d’histoire maritime.

Talleyrand et l’affaire X,Y,Z permet pour beaucoup d’appréhender une période peu connue de l’histoire de France et de voir la réapparition d’une des grandes figures de cette époque, le père de la diplomatie, corrompu, boiteux et génial : Charles Maurice de Talleyrand-Périgord.

Félix Delmas


Talleyrand et l’affaire X,Y,Z

Eric Sinou-Bertault

Éditions de l’Harmattan. 28€


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