Ce sujet scientifique paru dans Le FIGARO et dont nous faisons recension, tombe à point nommé et résonne avec l’article que Wukali vient de consacrer à l’exposition du Centre Pompidou-Metz Vues d’en Haut. Les plus éminentes avancées en astrophysique et dans les sciences connexes semblent s’apparenter à de la poésie pure et font penser à ces vers de Guillaume Appolinaire

«Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons nous d’ahan

Ton cours vers d’autres nébuleuses»

Fabuleuse odyssée de notre temps, que les mots impuissants peinent à évoquer. Hommage à l’intelligence, à l’humain !

P-A L.


L’engin mythique envoyé dans l’espace en 1977 a atteint les limites du système solaire et se situe dans une zone tampon entre le vide interstellaire et la zone d’influence du Soleil.

En septembre dernier, la Nasa fait une annonce aussi mystérieuse que poétique: la sonde Voyager 1 serait en train de «danser» aux confins du système solaire. Une jolie métaphore pour expliquer que les instruments de l’engin de plus de 800 kg envoyé dans l’espace en 1977 enregistrent depuis quelques mois de curieuses fluctuations à 18 milliards de kilomètres de nous – soit quatre fois la distance entre le Soleil et Neptune. Dans trois papiers publiés vendredi dans Science, les scientifiques de l’agence spatiale américaine apportent de plus amples précisions sur ces mesures. Et arrivent à la conclusion controversée que la sonde n’a pas encore quitté le système solaire.

Depuis son départ trois semaines après sa jumelle, Voyager 2, qu’elle a doublé depuis, Voyager 1 a toujours baigné dans le flot de particules chargées émises par notre Soleil, aussi appelé vent solaire. Cette «bulle» définit les contours de la zone d’influence de notre étoile, l’héliosphère, et nous protège des particules de plus hautes énergies émises par les explosions d’étoiles en fin de vie – les fameuses supernovae. Après plusieurs baisses brutales, tempérées de rapides sursauts, le flux des particules les plus énergétiques du vent solaire (les seules que la sonde est encore capable d’enregistrer) tombe à un niveau proche de zéro en août dernier, écrivent les chercheurs américains dans un premier article.

Dans un deuxième papier, ils ajoutent que le nombre de particules d’origine galactique (les rayons cosmiques) s’est parallèlement envolé pour atteindre un palier. Ces deux observations laissent penser que Voyager 1 est sortie du système solaire et se trouve aujourd’hui dans le milieu interstellaire. Problème, les théoriciens attendaient un troisième événement fondamental lors de ce passage hautement symbolique: une brusque modification de la direction du champ magnétique environnant. Or, expliquent les scientifiques de la Nasa dans un troisième papier, les mesures du magnétomètre ne montrent qu’une hausse d’intensité et aucun changement de direction.

«Ce serait une coïncidence remarquable que les champs magnétiques solaires et interstellaires soient parfaitement alignés», explique au Figaro Gary Zank, physicien américain spécialisé dans la modélisation du magnétisme solaire. «Si la chose est possible, elle semble très improbable.» Pour Rosine Lallement, astronome à l’Observatoire Paris-Meudon impliquée sur l’un des instruments de Voyager 1, «l’absence de modèle prévoyant cette situation n’exclut pas que la sonde ait bel et bien quitté l’héliosphère». «Le champ magnétique pourrait tout simplement s’aligner progressivement sur le champ interstellaire qui règne loin du soleil», estime la chercheuse qui salue néanmoins l’exemplarité des jeux de données récoltés par ses collègues.

«L’absence de modèle prévoyant cette situation n’exclut pas que la sonde ait bel et bien quitté l’héliosphère»

Le directeur scientifique de la mission Voyager, Ed Stone, 77 ans, semble détenir la clé du choix fait par la Nasa de ne pas communiquer sur une sortie éventuelle du système solaire. Selon la revue Nature , il aurait empêché l’Union américaine de géophysique de faire cette annonce en décembre dernier lorsque les résultats publiés aujourd’hui étaient présentés pour la première fois lors d’un congrès. L’homme attend toujours la confirmation «magnétique». Il aurait obtenu dix précieuses heures d’écoute par jour sur le Deep Space Network, le réseau international d’antennes paraboliques permettant de communiquer avec les sondes interplanétaires, afin de ne pas rater le basculement crucial.

Depuis septembre, aucune nouvelle donnée magnétique n’a filtré. La sonde reste ainsi suspendue dans les limbes spatiaux, attendant patiemment que les scientifiques veuillent bien se décider à en faire officiellement le premier objet fabriqué par l’homme à avoir quitté le système solaire.

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