Paradoxe, originalité anglaise, bizarrerie, suprême raffinement aristocratique, ou tout simplement sagacité intellectuelle et finesse d’analyse ? Il n’est de meilleurs connaisseurs («connoisseurs») de la France et des Français, de ses arts, de son génie, et de nos turpitudes pour tout dire, que nos amis anglais.

Nombreux sont ceux qui de l’autre côté de la Manche nous ont toujours regardé à travers notre histoire ou nos artistes avec sympathie, curiosité et parfois envie. De Walpole qui au 18ème siècle réunissait la fine fleur de l’intelligentsia française dont Madame du Châtelet l’amie de Voltaire, à ces voyageurs anglais qui parcouraient la France et en notaient tout à la fois l’exotisme, la multiplicité culturelle et les contrastes ( Stevenson), il suffit pour s’en convaincre de lire l’excellent livre de Graham Robb « Une Histoire buissonnière de la France », paru chez Flammarion en 2011, et bien entendu ce livre tout bonnement génial de Theodore Zeldin «Les Français» paru chez Fayard en 1983 et réédité («un must», du pur bonheur, quoiqu’aujourd’hui quelque peu dépassé !)

Les plus grands admirateurs et spécialistes de Berlioz sont anglais, et Sir Collin Davis qui vient de disparaître en était le plus parfait exemple. Dans le champ de l’histoire il nous faut aussi nous rappeler les heures sombres et tragiques de notre pays en 1940 quand les panzers allemands déferlaient sur la France et que Sir Winston Churchill proposait alors à Charles de Gaulle une union entre nos deux états. Il nous faut de temps en temps savoir nous souvenir, cela s’appelle me semble-t-il aussi la culture ! Et que penser me direz-vous de ces amateurs de vins de Bordeaux qui dans leurs clubs de Londres savourent avec un art consommé et un suprême raffinement quelques rares bouteilles, et dont les compétences oenologiques rendraient jaloux plus d’un sommelier français !

Certes pourriez-vous m’objecter, que ne citez-vous a contrario ces tabloïds, The Daily Mirror, The Sun, News of the world ou autre torchons qui font leurs choux gras de nos vicissitudes et des actions de nos hommes politiques!

Laissez-moi préférer choisir un peu plus haut, un peu plus brillant.


The GUARDIAN, est pour tout dire un journal de grande qualité et, proche actualité oblige du 14 juillet, vient d’offrir à ses lecteurs un article consacré à la Révolution française vue à travers le prisme du roman sous le titre :« Les 10 dix meilleurs Romans sur la révolution Française» signé par Jonathan Grimwood.

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est bien connu, référence est d’abord faite au dernier livre de l’auteur de l’article, Jonathan Grimwood, et premier de la liste qui introduit son ouvrage The Last Banquet .

La liste des 10 romans débute par Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos. On ne pouvait certes mieux débuter et sans risque tout du moins littéraire.

Puis vient Le conte de deux cités ( A tale of Two Cities) de Charles Dickens, dont le succès de presse fut au dix-neuvième siècle rien moins que colossal

Arrive en numéro trois le Mouron rouge ( The Scarlet Pimpernel ) de la baronne Emma Orczy; ce livre paru en 1905 fut un best-seller en Angleterre er raconte l’histoire d’un complot organisé par des aristocrates anglais pour sauver de la guillotine leurs amis de la noblesse française.
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En quatrième position Le Duel , un roman de Joseph Conrad, superbe histoire de cape et d’épées commençant en 1794 et couvrant 19 années s’inscrivant dans l’épopée napoléonienne et dont Ridley Scott en fit un fort beau film haut en couleurs.

Autre roman : Scaramouche de Raphael Sabatini, écrit en 1921, l’histoire d’un jeune aventurier, un personnage « picaresque », une espèce de Mandrin plongé dans la tourmente révolutionnaire.

Daphné du Maurier avec Les Souffleurs de verre ,(Phébus Editions), occupe une place de choix et s’inspirant d’une histoire familiale enfouie situe l’action de son roman pendant les guerres de Vendée.

Anthony Burgess, dont presque toutes les livres ont été traduits en français, célébrissime auteur avec Orange Mécanique, repris dans ce« film culte» au cinéma fait aussi partie de la sélection avec La Symphonie Napoléon , (éditions Livre de Poche). Un Napoléon plus vrai que nature, présent, vivant, tonnant avec tout autour de lui une famille décomplexée s’arrachant des bribes de pouvoir et d’influence. C’est ce même Anthony Burgess qui écrivait «L’art, parce qu’il est liberté, est aussi subversion. Aucun Etat ne peut aimer les artistes, à moins qu’ils ne disent ce qu’il souhaite entendre. Ce qui est la négation de l’art.» bien belle réflexion n’est-ce-pas !

Trois autres titres suivent dont les auteurs sont peu connus en France

Hilary Mantel est un écrivain bien populaire en Grande-Bretagne et s’est spécialisée dans le roman historique, à ce titre elle a remporté par deux fois le Booker Prize Fiction, l’équivalent de notre Prix Goncourt, Wolf Halll2009 et Bring the bodies (2012). Notre chroniqueur du Guardian, Jonathan Grimwood, la distingue pour son roman intitulé A place of Greater safety (1992), on y virevolte entre Danton, Camille Desmoulins et bien sûr Maximilien Robespierre.

Duncan Sprott nous conduit à Versailles et plus précisément dans le quartier du Parc aux cerfs où pour le moins Louis XV y avaient ses habitudes et rencontrait, parmi d’autres très aimables jeunes personnes, la superbe et pulpeuse Mademoiselle Marie-Louise O’Murphy de Boisfaily, née à Rouen et cinquième fille d’un gentilhomme d’origine irlandaise. Charmante jouvencelle de quatorze ans, d’abord découverte par l’irrésistible Giacomo Casanova, et qui présentée au roi Louis XV lui offrit ses magnifiques qualités d’accueil et la somptuosité de son corps sublimé d’ailleurs par le peintre François Boucher. Le roman s’intitule Our Lady of the potatoes , ( Notre-Dame des pommes de terre. Robert Laffont éditeur).

Dernier titre de la liste, Pure d’ Andrew Miller (Sceptre Editions). L’action se déroule au coeur de Paris en 1785, le héros Jean-Baptiste Baratte, jeune ingénieur ambitieux hérite d’une mission consistant à vider le cimetière des Innocents, insalubre et saturé, et en démolir l’église.

Liste purement subjective et arbitraire estimerez-vous et faisant la part belle aux romanciers anglais, probable mais pourquoi pas et c’est de bonne guerre si j’ose ainsi dire, et plutôt logique vu en tous cas de l’autre côté de la Manche.

Certes 1793 de Victor Hugo, Les Chouans d’Honoré de Balzac, ou Le Chevalier Destouches de Jules Barbey d’Aurevilly parmi les grands classiques eussent aussi pu être remarqués, mais qu’importe l’essentiel est ailleurs, car il s’agit là de cette entropie de la culture et de la civilisation française, de la richesse de notre histoire et de ces petits défauts si humains qui fondent notre vivre ensemble comme l’on dit bêtement de nos jours. Inutile n’est ce pas de faire de quelconques allusions à notre actualité…!

Pourrons nous un jour imaginer un écrivain inspiré et passionné prenant pour thème l’exceptionnelle et passionnante vie de François Mitterrand, que de matière, tout y est, ambition, passions amoureuses, goût du pouvoir, coups tordus, condition humaine,trajet politique et littérature ( et dans quelque ordre que vous le vouliez!)

La Révolution Française demeure une exceptionnelle source d’inspiration rassemblant tout à la fois un embrasement des destins individuels avec des exemples parfaits de sciences politiques appliquées. Carmagnoles dansées sur un pont vacillant tels des personnages de Watteau derniers témoins d’un monde lumineux qui se perd.

Demain c’est le 14 juillet alors avant que les pétards n »éclatent et que les feux d’artifice n’illuminent les nuits d’été (Coucou Berlioz!) » , Vive la France » et pour nos amis du Royaume Uni  » Honni soit qui mal y pense ! « .

Ah j’oubliais! LIBERTÉ,ÉGALITÉ,FRATERNITÉ ou la mort comme disaient les Sans-culottes!

Pierre-Alain Lévy


Illustration de l’entête.

Caricature de James Gillray(1796) intitulée : Les horreurs promises de l’Invasion française (1796) (« The Promis’d Horrors of the French Invasion ») . La scène se déroule à St James street à Londres, les soldats français font leur entrée dans la ville, on y voit des corps dépecés, des drapeaux, ils défenestrent des aristocrates anglais, tandis que depuis un club célèbre (à droite) des radicaux anglais brûlent la Magna Carta, introduisent des nouvelles lois ainsi que la guillotine. On peut aussi lire sur un manuscrit attaché sous plat où sont posés trois têtes » Killed off for the Public Good » (exécutés pour le Bien Public). Au centre de la caricature on y voit le Premier Ministre anglais William Pitt, attaché à un mat de la liberté et flagellé par Charles Fox, le chef de l’opposition.

Illustration dans le corps de l’article.

Caricature de George Cruikshank publiée en 1819. Un monstre représentant la guillotine donc, la France, terrorise les anglais et sur les différents cartouches où il s’exprime on peut y lire:  » I’m a’ coming! I’m a’ coming! », « I shall have you—though I’m at your heels now, I’ll be at your Heads presently. Come all to me that are troubled with money & I warrant I’ll make you easy!! » ( J’arrive, j’arrive, je vous aurai, je suis à vos trousses, et je vais avoir vos têtes, que viennent à moi tous ceux qui ont des problèmes d’argent et je vous garantis que je vais résoudre tous vos problèmes).

Différentes personnalités anglaises parfaitement identifiables s’expriment aussi et tandis que le Prince Régent se plaint d’avoir égaré sa perruque le Lord Chancelier lui répond: «Never mind, so long as your head’s on!», i-e: Aussi longtemps que ce n’est pas votre tête !

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