The studio where Picasso painted Guernica in the center of a bitter legal row.


Si c’est une vieille habitude française de fixer sur la façade d’un immeuble une plaque mentionnant le nom de l’illustre personnalité qui y a vécu, ce qui au demeurant confère un charme supplémentaire aux vieilles pierres et les habillent d’histoire et de vie, il existe certains lieux, certaines rues et certaines maisons à Paris tout particulièrement, qui pourraient tapisser leurs façades de multiples marbres gravés. Au 7 rue des Grands Augustins, en plein coeur de la capitale sur la rive gauche, se dresse l’Hôtel de Savoie.

Dans son grenier, Ravaillac parait-il, y aurait été torturé suspendu à une poutre (c’est tout du moins ce que prétendait Picasso, un des plus fameux occupants des lieux, qui s’amusait avec facétie à montrer une grosse vis massive fichée dans un chevron). Au dix-neuvième siècle Balzac quant à lui choisit ce même hôtel particulier pour y camper l’atelier du peintre Frenhofer un des protagonistes de la nouvelle «Le Chef-d’œuvre inconnu». Quant à Picasso, non seulement il vécut dans ce grenier de 1937 à 1955, mais c’est là même qu’il y peignit Guernica en 1937, c’est ce que l’on peut lire en musardant devant le porche sur rue.

Voici que le lieu défraie à nouveau la chronique, une histoire de bail de location qui oppose le locataire du grenier, le Comité National pour l’Education Artistique (CNEA) au propriétaire des murs la Chambre des huissiers de justice qui acquit l’hôtel particulier en 1925 et qui souhaite récupérer le grenier pour effectuer des travaux globaux de rénovation pour tout le bâtiment pour un montant de 5 millions€ et somme l’association de «déguerpir» invoquant un non renouvellement d’actes.

Ce grenier est fameux et a été admirablement bien restauré par le CNEA qui en a fait une salle d’exposition ouverte à tous et connue de tous les artistes. Le lieu est magique et superbe, un vaste espace d’un seul tenant avec une poutraison magnifique et sa lumière contribue à son rayonnement. Peintures, dessins et photographies se succèdent sur les cimaises et il n’est pas rare d’apercevoir maintes célébrités venir admirer les oeuvres d’une exposition.

Picasso s’est installé dans cet atelier après avoir rompu avec Olga. Pendant l’Occupation, un jour qu’un officier allemand était venu lui rendre visite en plein hiver et essayait de le circonvenir en lui proposant de lui donner gratuitement du charbon, l’artiste refusa sèchement et lui répondit avec panache : «un Espagnol n’a jamais froid ! » Alain Casabona, porte-parole du CNEA est intarissable sur le grenier, il en connait tout l’historique.

On peut admirer dans ce grenier un drapeau français qu’Ernest Hemingway offrit à Picasso le 25 août 1944 au moment de la libération de Paris

Le photographe Brassaï raconte dans ses «Conversations avec Picasso» que ce dernier aimait bien cet atelier avec son espace spacieux qu’il assimilait« à un navire avec son pont, et ses cales» .

Alain Casabona parle de cet atelier avec passion avec des vibrations dans la voix, il a même écrit un livre racontant le génie du lieu. Il raconte tous les travaux de remise en état effectués par le CNEA, il a aussi trouvé parait-il une personnalité fameuse et fortunée, appartenant à la famille Picasso qui serait susceptible de louer l’ensemble du bâtiment, des négociations sont en cours. Alexandra Romano porte-parole de la Chambre des Huissiers apporte une dénégation à ces informations et affirme qu’aucun acheteur ou repreneur potentiel ne s’est manifesté, que le CNEA «est sans droit ni titre(…) après expiration de la convention (…) et que l’immeuble doit être libéré»

Le CNEA en appelle au Président de la République, au ministre de l’Intérieur, à la ministre de la Culture et de la Communication, ainsi qu’au le préfet de Paris pour que l’atelier soit protégé. Un comité de soutien s’est réuni rassemblant de multiples personnalités des arts et lettres, on y trouve Charlotte Rampling, Bernard-Henri Lévy, Jack Lang

L’association a fait appel du jugement d’expulsion. La Cour d’appel doit statuer le 17 septembre prochain.

Elsa Weiller à Paris

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