A hyper-real statue of Franco, the late Spanish dictator and freedom of expression.
Justice has prevailed.


Son oeuvre « Always Franco« , avait défrayé la chronique quand en 2012 le sculpteur espagnol [**Eugenio Merino*] avait présenté à la foire d’art contemporain de Madrid une oeuvre représentant le généralissime [**Franco *] figé dans le compartiment d’une cave réfrigérée pour des bouteilles de Coca Cola.

L’oeuvre plus vraie que nature représentait le Caudillo en grand uniforme, portant képi et lunettes noires, debout dans le réfrigérateur, entrain de se frotter les mains. La sculpture a été réalisée en résine de silicone et la tête est recouverte de véritables cheveux humains.

Il n’en fallut pas plus pour provoquer l’opinion et attirer une foule venue spécialement pour découvrir l’oeuvre. La statue au demeurant connut un grand succès et les trois exemplaires qui furent réalisés trouvèrent très rapidement des acquéreurs.

Mort en 1975 le vieux dictateur ne suscite aujourd’hui plus guère d’émotion si ce n’est la Fondation Franco soucieuse de défendre la mémoire du putschiste vainqueur, et qui porta l’affaire devant la justice.

Eugenio Merino semble au demeurant s’être fait une spécialité pour faire tomber de leurs piédestaux certaines personnalités contestées. Il avait notamment réalisé des sculptures (!) représentant le président américain [**George Bush*] avec l’oeil au beurre noir, ou aussi Franco sous la forme du sac de frappe d’un punching-ball ou [**Fidel Castro*] ainsi que [**Mao Tsé Tung *] également figés dans un réfrigérateur à Coca Cola. Plus récemment il a réalisé une sculpture de [**Ben Laden*]. Ses sculptures, puisque tel est le nom qu’il leurs donne, ressemblent plus à des figurines de marionnettes ou des têtes de carnaval qu’à des oeuvres académiques.Elles feraient le bonheur des accessoiristes de cinéma ou des décorateurs d’intérieur pour des cabinets de curiosité. Devrait on hâtivement en conclure que les manipulateurs de pantins ont subjugué le public pour l’enchaîner dans leurs fils ou alors que les hommes des métiers de la communication et de la publicité ont substitué des artistes pour les remplacer par des bateleurs ? Faut-il donc être dupes? Nous pouvons en revanche en sourire.

Ces oeuvres considérées comme des raccourcis sémantiques font ils office de morale ou d’éthique, ou de vademecum à penser, ce n’est pas toujours sûr, en tous cas c ‘est notoirement insuffisant. Il est vrai qu’à force de tout mélanger, acheter des bouteilles de bordeaux dans des stations-service, des jouets pour enfants dans les bureaux de poste où écouter dans des émissions télévisées un joueur de football donner doctement son avis sur tout et sur rien (plutôt sur rien d’ailleurs), l’on puisse allègrement confondre gastronomie et gargotte, artiste et méchant façonnier. N’est pas Michel-Ange ou Rodin qui veut ! À vouloir résumer une bibliothèque en trente secondes de diffusion sur l’antenne, on assèche la pensée, on stérilise le débat, on se trompe et on trompe les autres et surtout on passe à côté de l’essentiel.

Eugenio Merino se défend de vouloir faire du marketing, il désire avant tout susciter les réactions et l’émotivité du public et non des collectionneurs. Il se veut avant tout un artiste communicant avec humour et ironie. Faut il en rire et s’en amuser, l’oeuvre est selon lui davantage envisagée comme une propédeutique, un médium conduisant à une réflexion, à une prise de conscience plutôt qu’une création esthétique porteuse de sensibilité formelle.

Cependant pour porter par la même démarche créatrice art, philosophie et morale, ll faut appartenir au monde des très grands, des «phares» comme disait Baudelaire, bien peu en sont capables et il n’est nullement sûr que ce soit le cas de beaucoup de ceux qui font actualité et qui feignent de considérer que l’art et la communication relèvent du même phénomène. Quant aux professionnels du marché de l’art ou de la conservation, ils devraient songer que tisser des couronnes d’or à ces agitateurs d’idées c’est tout bonnement décrédibiliser l’idée même de l’art et commettre une forfaiture intellectuelle.

Parmi les confrères d’Eugenio Merino, certains ont acquis une notoriété rien moins que particulière et au fumet doucereux. Ainsi **Damien Hirst*] quant à lui occupe le sommet du kitch et du mauvais goût et est passé maître dans l’art de la provocation, ce qui n’empêche au demeurant pas [son oeuvre d’atteindre des prix vertigineux (l’artiste londonien n’hésitant pas à présenter dans un immense aquarium rempli de formol une véritable vache et un coq ainsi que d’ autres animaux, un requin etc.) ; quant à **Maurizio Cattelan,*]artiste italien encensé par certains critiques, il réalisa un hybride de cheval-mulet ou une statue (du même style que celui développé par Eugenio Merino) et représentant [**Hitler*] à genoux habillé comme un communiant. [(Lire l’ article correspondant paru dans Wukali)

[**Carmen Polo Franco*], fille du dictateur espagnol, et Présidente de la Fondation Franco, déposa plainte contre Eugenio Merino, à peine la foire d’art contemporain madrilène terminée. Estimant que la mémoire de son père avait été outragée elle réclama des dommages et intérêts qu’elle chiffra à 18.000€. On peut juger pour le moins que son indignation était bien étrangement sélective et amnésique entre autres choses des garrottages des prisonniers politiques voulus par son cher papa. On se rappelle aussi les derniers jours du dictateur agonisant et maintenu artificiellement en vie afin que la famille ait le temps de mettre au propre ses petites affaires et établisse ses réseaux financiers de précaution.

L’instruction de l’affaire dura près d’un an et ce n’est que tout récemment que le verdict du tribunal a été rendu. Le juge [**Rocío Nieto Centeno*], président du Tribunal de Première Instance de Madrid, estimant que l’oeuvre d’art incriminée constitue une légitime forme de la liberté d’expression a débouté la Fondation Franco de sa plainte. Le règne du droit en Espagne, et on s’en réjouit, n’ayant au demeurant rien à voir avec la notion de l’art.

La Fondation Franco a fait savoir qu’elle ferait appel.

[**Pierre-Alain Lévy*]


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