An absorbing overview of Lorraine seen through the different dukes who made it.


La Chronique littéraire de Félix DELMAS.


On connaît Tempus, la collection de poche dédiée à l’histoire des éditions Perrin. Son numéro 515, qui vient de paraître concerne « La Lorraine des ducs ». L’auteur, Henry Bogdan, agrégé d’histoire et dont cette collection a déjà édité, Les Chevaliers teutoniques ou La Guerre de trente ans, a pris le parti d’écrire l’histoire de la Lorraine à travers celle des 29 ducs qui la dirigèrent de Gérard d’Alsace en 1048 jusqu’à Stanislas Leszczynski en 1766.

Les ducs de Lorraine gouvernèrent un territoire qui correspond à la basse Lorraine (en opposition à la Haute Lorraine qui regroupe, schématiquement, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas actuels) moins les territoires des trois évêchés : Metz, Verdun et Toul.

Ce duché rassemblait non seulement la Lorraine proprement dite mais aussi le Barrois qui lui fut définitivement rattachée en 1420 quand René II d’Anjou épousa Isabelle de Lorraine, seule héritière de Charles II.

C’est le Traité de Nuremberg en 1542 qui instaura le duc comme prince souverain et indépendant, vassal du Saint Empire Germanique, mais depuis le Traité de Bruges de 1301, une partie du duché, le « Barrois mouvant » relevait de la France et le duc était vassal du Roi de France, qui sut profiter de ce lien pour s’imposer sur ce territoire francophone.

Placée entre ses deux puissants voisins, les ducs de Lorraine ont toujours eu pour principal objectif de rester indépendant, et, quand les circonstances les ont obligé à choisir, ils ne l’ont jamais fait totalement. Soit Raoul II mourut en combattant les anglais à Crécy en 1346, mais son successeur Charles II prit partie pour les bourguignons jusqu’à ce qu’il soit obligé à combattre Charles le Téméraire.

Mais dés le XVème siècle, les rois de France ont considéré la Lorraine comme faisant partie de leur zone d’influence, d’autant plus qu’elle était un point de passage obligé pour aller en Alsace et vers le Rhin. Petit à petit, la France se fit de plus en plus présente, chassa Charles IV en 1634, l’évacuera en 1663 pour revenir en 1675 et Léopold I ne pourra prendre possession de son bien qu’en 1697.

Quand François III épouse Marie-Thérèse d’Autriche, mariage qui va le faire empereur, il est obligé par le compromis de Vienne de 1735 d’échanger le duché de Lorraine contre celui de Milan. La France place sur le trône Stanislas Leszczynski, deux fois roi de Pologne, deux fois déchu, beau-père de Louis XV. Mais ce n’est qu’un duc « fantoche », sans aucun réel pouvoir, aux ordres de son chancelier nommé par le roi de France : Chaumont de la Galaizière, qui dès l’annonce du décès de Stanislas, proclamera le rattachement définitif de la Lorraine à la France.

Les ducs de Lorraine furent aidés dans leurs déboires (Charles V ne pu prendre possession de son duché) par le fort sentiment patriotique de leurs sujets qui ont toujours montré une forte hostilité à la France et aux bourguignons. Il a fallu longtemps à Stanislas Leszczynski pour se faire accepté, pour ne pas être considéré comme un usurpateur après la « trahison » de François III. Bien que francophone, il n’était pas inscrit « dans le sens de l’histoire » que la Lorraine dut être rattachée à la France, d’ailleurs le premier territoire lorrain annexé ne fut il pas le très germanophone évêché de Metz ?

Paradoxe de l’histoire, la Lorraine est française, mais depuis le mariage de François III, les souverains autrichiens font partie de la maison des Hasbourg-Lorraine, ce qui mis fin à plus de sept siècle de séparation des descendants d’Hugues I, comte d’Alsace dont un des arrière petit fils fut Gérard I et un autre Radbot qui s’installa dans le château d’Hasbourg…

Contrairement à la France, mais proche des institutions qui vont se mettre en place dans le saint Empire Germanique ou en Angleterre, les duc de Lorraine n’ont pas été des monarques absolus car se trouvaient à leurs côtés une représentation des trois ordres se réunissant très régulièrement, qui n’hésitaient pas à adresser des « remontrances » à leur souverain et surtout qui devaient donner leur accord pour toute levée d’impôts.

Chaque nouveau souverain bénéficiait de l’étendue de ses pouvoirs qu’après avoir prêté serment de respecter Les « droits et privilèges » de son peuple et de ses représentants.
A travers l’histoire des souverains, c’est donc l’histoire de ce qui aurait pu être de nos jours un état indépendant qui est ainsi décrite. Histoire événementielle (mais bien moins que les six volumes de Dom Calmet), mais histoire vivante qui ne peut que satisfaire toute personne qui s’intéresse un tant soit peu à cette belle région.

Tout au plus peut on regretter qu’il manque une chronologie à la fin de cet ouvrage mais les cartes, index et autres arbres généalogiques pallient grandement à ce léger oubli.

Félix DELMAS


La Lorraine des ducs


Henry Bogdan

Éditions Perrin. 9€


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