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La chronique littéraire d’Émile COUGUT


Une fois n’est pas d’habitude, je vais commencer mon écrit par une définition d’un mot que le lecteur ne trouvera pas dans ce livre. Par contre, s’il a ce concept à l’esprit durant sa lecture, il aura surement une meilleur compréhension de cette « histoire ».

Solipsisme (du latin « solus » : seul et de « ipse » : soi-même) : c’est l’attitude par laquelle une personne pense qu’il n’y a qu’un seul sujet pensant (lui-même) et donc de réalité que lui-même. En quelque sorte, c’est la démarche qui consiste à ne croire qu’il n’existe pour un sujet pensant qu’une seule réalité : la sienne. Vulgairement, dans le langage courant, on appelle ce genre de personnage des « autistes ».

Stéphane Schoebel, le personnage principal de « La Bosse du géranium », le court roman de Thomas Baumgartner que viennent de publier les éditions Hermann, est le symbole même du solipsisme. Il ne suffit de voir les extraits de son journal où il détaille les moindres événements qui parsèment sa vie pour en être convaincu.

Le début du livre est tonitruant, drôle, inventif. Le lecteur se prépare à passer un moment de détente, jubilatoire. Mais le livre est à la hauteur du personnage peu construit, flou, en quelque sorte pas fini ou alors il faut considérer que vu le néant du « héros », à part le néant absolu, il n’y a rien, rien à comprendre, rien à retenir.

Il y a des idées, des pistes de réflexions, des idées souvent « profondes » mais qui ne sont pas développées, qui auraient pu faire chacune le sujet d’un chapitre, d’un livre, brillant, intéressant. Mais Stéphane Schoebel est tout sauf brillant ou intéressant et son histoire est le reflet exact de son caractère.

Cette fermeture sur soi, le refus de la prise en compte des autres, de ce qu’ils peuvent nous amener montre bien que le solipsisme amène à une impasse, à une médiocrité, à une vie de m… si on va vers une certaine vulgarité… ou un certain réalisme…

Peu importe ce qu’est « La Bosse du géranium », ce qui donne le titre au livre n’y occupe que trois lignes qui n’éclairent que peu la personnalité du personnage qui en est doté.

Thomas Baumgartner est producteur de « l’atelier du son » sur France Culture. L’auditeur de cette excellente radio du service public (qui trouve à travers elle ses lettres de noblesse) se dira sans mal que certaines pages sont dignes d’être lues dans l’émission « Les papous dans la tête » : elles ont aussi brillantes, envolées, pleines d’humour. D’ailleurs certains passages de l’histoire de Stéphane Schoebel ont fait l’objet de lecture dans l’émission « Les passagers dans la nuit » sur France Culture. D’ailleurs, quand le lecteur en a conscience, il comprend l’impression qu’il a eue à la lecture de ce livre : une suite d’historiettes dont l’élément commun est Stéphane Schoebel et son solipsisme.

Le style de Thomas Baumgartner se trouve entre le surréalisme d’un Tristan Tzara et l’humour d’un Pierre Dac, ou par certains aspects d’un Alfred Jarry. A se demander si l’auteur n’est pas un pataphysicien…

En conclusion je pense que La Bosse du géranium est une juxtaposition de textes sans autre fil conducteur qu’un individu qui se veut précis mais dont le narrateur ne fait qu’esquisser des contours flous d’où le flou de ce livre.

Emile COUGUT


La Bosse du Begonia

Thomas Baumgartner

Editions Hermann. 16€

(mise en vente en librairie à partir du 22 octobre)


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