A famous thriller


La chronique littéraire d’ Émile COUGUT


Les éditions BakerStreet viennent de rééditer un des livres fondateurs de la littérature policière américaine d’après guerre.

Elisabeth Sanxay Holding (1889-1955) est surement moins connu que Raymond Chandler ou Chester Himes. Pourtant, ce premier considérait Elisabeth Sanxay Holding comme étant le meilleur auteur de suspens entre tous. Elle annonce des auteurs comme Patricia Highsmith, Ruth Rendell ou Elizabeth George. Certains de ces romans ont été portés à l’écran : La candide madame Duff par Jean Pierre Mocky en 2000 et surtout Au pied du mur par Max Olphus en 1949 sous le titre Les désemparés et en 2001 par Scott McGehee et David Siegel sous le titre de Bleu profond.

L’histoire est simple : Lucia Holley s’occupe de son père, de sa fille de 17 ans et de son fils de 15, alors que son mari Tom se bat dans le pacifique durant la seconde guerre mondiale. C’est une famille américaine aisée, sans être riche, typique de la société de cette époque. Toutes leurs manières de vivre, de penser, d’être, de paraitre sont régies par la peur du « quand dira-t-on », par la peur de violer la norme sociale, même si elle est absurde, de sortir même à la marge de la place qui est la leur dans la société. Tous les personnages ont une place et sont sensés se comporter comme les autres attendent qu’ils se comportent à cette place.

Mais comme dans les meilleurs romans « durs » de Simenon, il y a un événement qui dérègle cette belle machine et qui permet à l’héroïne de se transformer, de se révéler être qui elle est véritablement derrière le masque social qu’elle a revêtu.

Bee, la fille de Lucia, fréquente un homme qui s’avère être un escroc et dont on retrouve le corps dans le hangar à bateaux. S’ensuit les difficultés que rencontre Lucia à protéger sa famille tout en essayant de faire face à des maîtres chanteurs.

Ce roman policier pose de fait la place de la femme dans la société : est-ce que son épanouissement ne peut se faire que dans le cadre du mariage, en restant à la maison pour gérer les problèmes du quotidien tout en élevant les enfants, comme l’y oblige les règles sociales ?

Au pied du mur est un vrai roman féministe, la figure de Bee annonce la libération de la femme qui interviendra dans les années 50/60. Elisabeth Sanxay Holding démontre que face à l’adversité les femmes sont obligées de sortir de leur place désignée, et que c’est d’autant plus difficile qu’elles doivent surmonter les interdits sociaux. Mais quand une femme arrive à réaliser cet exploit, alors la vision qu’elle a sur elle, sur son estime, change. Mais aussi son regard, sa connaissance de son entourage. Sans les difficultés qu’elle rencontre, jamais Lucia n’aurait connu, et en quelque sorte rencontrer humainement Sibyl, sa « bonne à tout faire », noire de surplus qui travaille pour elle depuis 18 ans…

Au pied du mur est plus qu’un roman policier c’est avant tout un livre qui par certain aspect est un pamphlet contre la place de la femme que la « bonne société » lui assigne. Un livre sur l’altérité, voire l’empathie, sur la nécessité de briser les chaînes, les murs que la société a bâti autour de nous et qui nous empêchent de nous exprimer, de vivre pleinement.

Au pied du mur est un livre à lire pour ceux qui ne l’on pas lu où à relire, c’est une des pierres de fondation du courant des romans policiers psychologiques que tout bon lecteur a toujours plaisir à lire car ils sont une façon agréable de plonger dans les profondeurs de l’âme humaine et souvent dans les absurdités causées par la norme sociale.

Emile Cougut


Au pied du mur

Elisabeth Sanxay Holding

Baker Street Éditions.18€


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