Le jury de la 31e édition des Prix d’architecture du Groupe Moniteur, réuni le 18 novembre 2013 à Paris, a dévoilé son palmarès

Prix de l’Equerre d’argent 2013 : musée du Louvre à Lens

Mention au prix de l’Equerre d’argent 2013 : 20 logements sociaux à Paris

Mention au prix de l’Equerre d’argent 2013 : 74 logements à Clermont-Ferrand


Musée du Louvre-Lens

Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, les associés de la célèbre agence japonaise Sanaa, ont bien compris l’humilité des mineurs de fond. Le bassin minier a servi la France en charbon. Le Louvre-Lens, inauguré le 4 décembre 2012, a été construit dans ce même esprit, tant il joue la carte de la retenue et de la discrétion dans ce paysage de terrils et de corons. A l’emplacement de l’ancienne fosse n° 9 des mines de Lens, sur une parcelle de 20 ha recolonisée par la nature, les architectes ont posé cinq bâtiments (28 000 m2 au total) articulés par les angles. Par un jeu subtil de transparence et de réflexion, leur enveloppe se confond avec le ciel laiteux du Nord. « Nous voulions dresser une scène où s’organise la rencontre entre les visiteurs et les œuvres, le bâtiment seul n’est rien », justifient les architectes. Un exercice de modestie pour le plus grand musée du monde qui a séduit son directeur, Henri Loyrette, en 2005 lors du concours : « J’ai vu dans la proposition de Sanaa une idée de variation du palais parisien avec ce pavillon central qui se déploie. » Au cœur de la composition, le hall d’accueil, un carré de verre de 3 600 m² accessible par ses trois côtés. Il distribue de part et d’autre les deux galeries d’exposition, l’une semi-permanente de 3 000 m², la Galerie du temps, l’autre temporaire de 1 800 m². Ces boîtes de béton s’étirent sur le terrain, en suivant la topographie du site. Revêtues d’aluminium anodisé, elles semblent évanescentes. Effet renforcé par la légère courbure des façades. A l’extrémité est, un pavillon de verre (1 000 m²) accueille les œuvres contemporaines et offre un point de vue sur le parc et les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle. A l’extrémité ouest, un théâtre de 300 places (la Scène) complète le dispositif. La rencontre est au cœur du musée. Entre une architecture et un paysage, entre de nouveaux publics et des collections prestigieuses. Et aussi, de manière inédite, dans les coulisses, réserves et ateliers de restauration étant rendus visibles. Une rencontre qui reste à construire sur le territoire pour que le Louvre-Lens apporte au bassin minier l’élan économique et le dynamisme qui lui font encore défaut.

Article paru dans « Le Moniteur » n° 5702 du 08/03/2013, pp. 21-25.


20 logements sociaux à Paris

« Comment envisager des bâtiments producteurs de l’énergie suffisante à leur fonctionnement sans rien renier de leur qualité d’usage et en évacuant l’approche machiniste et sa contraignante obligation de maintenance ? », questionne l’architecte Armand Nouvet . Dans l’opération de rénovation urbaine menée sur l’îlot Fréquel-Fontarabie, chaque maître d’œuvre était libre de développer sa vision de la durabilité en proposant des interventions expérimentales qui répondent aux ambitions du Plan climat de la ville de Paris : une consommation maximale de 50 kWh EP / m² an, soit l’exigence de la RT 2012. Pour implanter 20 logements sur une parcelle alambiquée au sud-ouest de l’îlot, Armand Nouvet (BNR architectes) a choisi de mener une réflexion globale alliant souci de la construction et de l’usage pour atteindre la haute qualité environnementale sans recourir à l’accessoirisation technologique. Conçu avec les ingénieurs de RFR éléments, le dispositif low-tech – au sens de l’utilisation intelligente de ce qui est à disposition par des moyens exclusivement architecturaux – tire parti de l’ancrage urbain de l’opération. Adossée à une série d’héberges au nord, sa partie principale se développe en trois volumes décroissants pour ne pas écraser les avoisinants, autour d’une cour traversante et d’un bâtiment pivot réduit au maximum. Ce linéaire de façade se trouve donc entièrement exposé à la course du soleil. Pour valoriser cette ressource énergétique naturelle, l’équipe l’a transformé en manteau climatique et le combine à une organisation intérieure des logements optimale favorisant leur ventilation naturelle.

Mur capteur

Le bâtiment principal est organisé autour de deux cours de service pour ouvrir les pièces humides réparties le long des mitoyens. Son système porteur en colonnade rythme les pièces de vie en enfilade sur la façade principale et séparées par des portes à galandage libérant les perspectives intérieures. Le plan libre assure l’adaptabilité donc la pérénité de l’ouvrage et l’entre-axe réduit de la structure permet d’éviter les retombées de poutres qui auraient fait obstacle à la circulation de l’air entre la façade et les cours arrières. Sur cet ordre bétonné est fixé celui du bois qui constitue la double peau garantissant le confort acoustique de l’opération. Cette enveloppe épaisse est le point d’orgue du dispositif environnemental. Deux parois de vitrages coulissants enferment des petits espaces non chauffés de 30 cm à 1,20 m d’épaisseur. Les châssis intérieurs laissent parfois la place à un mur capteur préfabriqué, chargé d’absorber la chaleur du jour et de la diffuser dans le logement par dépression au cours de la soirée. Cannelé pour augmenter sa surface de chauffe, sa teinte foncée et son grain sont étudiés pour qu’il soit le plus performant possible. « La façade est le système de chauffage des logements », affirme l’architecte. Pour preuve, à l’intérieur les convecteurs sont inhabituellement petits. Quant à l’interrupteur de ce méga radiateur, des stores d’occultation aluminisés sont chargés d’annuler ses fonctions. En hiver, il faudra les lever et la chaleur transmise par le mur capteur sera retenue à l’intérieur des logements grâce aux parois épaisses qui longent les mitoyens. En été, il faudra les baisser, la circulation de l’air entre les baies ouvertes et les cours de service assurant la ventilation des logements. Comme tout dispositif original, il requiert un peu de pédagogie auprès des habitants. Son efficacité ne nécessite en tout cas qu’une ventilation simple flux dont la motorisation est installée dans le parking souterrain, dégageant ainsi les cinquièmes façades de toute mécanique disgracieuse et facilitant l’accès pour la maintenance. « Ces choix contribuent à l’approche environnementale globale du projet », assure Armand Nouvet. Ils participent également à l’attrait esthétique de cette réalisation raffinée qui prouve enfin que grandes surfaces vitrées et réduction de la consommation énergétique ne sont pas antinomiques. Trop souvent, la qualité d’usage des habitations pâtit des efforts pour réduire leur consommation. Peu vitrées, elles tournent le dos au soleil, contraignant cette chaleur qu’il faudra refroidir à grand renfort de technologie.

Article publié dans « AMC Le Moniteur Architecture » n° 225 du 21/06/2013, pp. 70-73.


74 logements à Clermont-Ferrand

C’est un rempart plutôt sévère, un monolithe anthracite aux reflets rougeoyants, qui s’élève à près de 20 mètres de hauteur : lorsqu’on arrive du centre-ville dans ce faubourg quelque peu déstructuré de la périphérie nord de Clermont-Ferrand, le premier bâtiment a de quoi impressionner, voire intimider. Aligné sur une rue en pente, il est complété par un second bâtiment, son frère jumeau, qui lui, explore le cœur de l’îlot le long d’un espace public traversant. Entre les deux, une faille qui laisse apercevoir la pelouse d’un jardin commun. Ce passage étroit pratiqué entre les deux pignons noirs fait alors découvrir une architecture beaucoup plus avenante : des façades ensoleillées, orientées au sud et à l’ouest, équipées de baies vitrées et de généreux balcons filants en lignes obliques. Une vibration plutôt joyeuse et ludique au-dessus du jardin arboré sur lequel s’ouvrent également des terrasses en rez-de-chaussée et les grands halls d’entrée.

L’opération, 39 logements locatifs sociaux et 35 logements en accession sociale, fait partie d’un plan ambitieux de densification d’une vaste parcelle appartenant au bailleur social local, l’OPHIS (Office public de l’habitat et de l’immobilier social) du Puy-de-Dôme. Il est question notamment de réhabiliter et de transformer l’ancienne école normale d’institutrices existant sur le site, avec un programme de logements, de bureaux et une école maternelle. Cet équipement, imposant par son échelle et son architecture Troisième République qui associe pierre volcanique noire et terre cuite rouge, fait face aux deux nouveaux immeubles. Il a sans nul doute dicté fortement aux architectes le choix du revêtement noir de leurs façades. Celles-ci sont en fait constituées d’un double mur composé de l’épaisseur de la brique (10 cm), d’un isolant (12 cm) et d’un voile béton (18 cm) pour une performance énergétique satisfaisant à la RT 2005 – 20 %, le permis ayant été déposé en 2007. Plus modestement, les façades sud et ouest sur jardin ont été revêtues d’un simple enduit noir, suite à des économies budgétaires.

L’un des points forts du projet est la façon dont il tire habilement parti de la déclivité du site. Ainsi, l’accès aux logements se fait par une suite de séquences qui constituent un véritable parcours architectural. L’entrée du bâtiment de logements sociaux, par exemple, n’est pas située sur la rue : il faut le contourner par un emmarchement qui conduit à la partie haute du terrain, se poursuit par la faille créée entre les deux immeubles qui mène à un grand hall ouvert et traversant, en balcon à la fois sur le jardin et sur la rue. L’accès au bâtiment de logements en accession se fait d’une façon similaire, à partir d’un même hall ouvert sur le jardin, depuis l’espace public traversant l’îlot. La déclivité du terrain a été utilisée également pour placer deux niveaux de parking en partie basse du bâtiment, éclairés et ventilés naturellement par le percement ponctuel de la façade en brique sur la rue.

Possibilités d’usage

La volonté du maître d’ouvrage était de traiter les deux immeubles locatif et en accession avec les mêmes prestations. La plupart des 74 logements – du T1 au T5 – sont traversants ou à double orientation et bénéficient d’une terrasse ou d’un balcon. Les garde-corps sont équipés d’un barreaudage en acier galvanisé dont le dessin de détail varie en fonction de son positionnement en avant d’une façade pleine ou vitrée. Les logements adoptent une grande variété de configurations pour maximiser les possibilités d’usage. Au total, plus de 12 types différents ont été développés, avec notamment plusieurs duplex et un logement mono-orienté mais totalement vitré sur rue. Bien que le projet ait été conçu en 2006, il a bénéficié d’une démarche environnementale assez volontaire : isolation par l’extérieur, menuiseries en aluminium avec double vitrage haute performance, stores extérieurs ou volets roulants en aluminium, toiture végétalisée sur 1 300 m2 et équipée de 70 m2 de panneaux solaires pour la production d’eau chaude.

Article publié dans « AMC Le Moniteur Architecture » n° 224 du 15/05/2013, pp. 38-43.


Illustration de l’entête: 74 logements à Clermont-Ferrand


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