French Academy of Sciences takes position in the debate about shale gas exploration.

Nous présentons dans cet article le communiqué intégrale de l’Académie des sciences portant sur un sujet essentiel pour l’avenir et le développement.

Préambule au débat par Pierre-Alain Lévy.

Une fois de plus un sujet scientifique qui anime le débat public et qui crée pour de bonnes ou mauvaises raisons la polémique. Il y a les pour et il y a les contre, et parmi ceux-là la cohorte des pleureuses et des bigots de la sainte nature qui prétendent agir pour le bien et la morale.

Notre société est entrée dans l’ère d’une nouvelle civilisation dont elle n’a pas conscience. Il est piquant et surtout inquiétant de constater depuis des lustres le recul de ce qui constitue le socle même de notre civilisation à savoir la pensée rationnelle, pour des théories qui mettent en doute la science et somme toute sont empruntes d’un obscurantisme conceptuelle dont nous connaissons hélas les ravages. Voilà quelques années, un groupe de chercheurs et de savants les plus éminents dans le monde s’étaient réunis à Helsinki pour lancer un appel pour dégager la science de la gangue d’irrationnel ou d’aucuns dans la société civile ou les médias voudraient la mettre.

C’est cette démarche même que nous souhaitons à travers Wukali mettre en oeuvre et c’est pourquoi sur un sujet de cette importance, à savoir l’exploration des gaz de schistes, nous avons cherché le communiqué même de l’ Académie des sciences, pour porter la réflexion avec sérénité, loin des bavardages de café du commerce sur un sujet capitale. Pour «se faire une idée» sur une question, scientifique de surcroît, il ne suffit pas de se joindre au troupeau de ceux qui répètent, qui vitupèrent, qui rabâchent sans bien savoir, ignorants qu’ils sont, ou qui cherchent dans la confusion des esprits des plate-formes de pouvoir pour des ambitions politiques.

Il convient donc pour se faire une opinion, de mesurer l’ensemble des paramètres. Rappelons si besoin est que toute nouvelle découverte et plus largement toute action humaine peut porter sa part d’ombre. La roue inventée par les Égyptiens si elle a permis d’améliorer le transport ou le portage des hommes ou des choses a aussi très rapidement conduit à l’élaboration du char de guerre, et l’on voit sur des fresques Ramsès II au combat. Moins de 30 ans après l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, cette technique a permis d’imprimer des libelles assassins appelant au meurtre et au sang. En revanche si le nucléaire a été connu du grand public par Hiroshima ou Nagasaki, ce qui évidemment est une tache, une flétrissure sinistre, beaucoup ignorent que cette science bien au-delà de l’armement ou de l’énergie, est aujourd’hui même entrain de permettre de diagnostiquer rapidement et surtout de soigner et d’éradiquer le cancer et est diffuse et essentielle dans des techniques d’imagerie dans moult autres avancées technologiques touchant une très grande variété de disciplines, ( hydrologie, métallurgie, agriculture, médecine, métrologie, travaux-publics, mathématiques, histoire de l’art et oui !) ce dont il faut se réjouir.

Parler contre le vent nécessite du courage, mais le vent peut tourner. La peur de ce qui ne se voit pas, de ce que l’on ne peut appréhender par les sens, c’est toute la problématique. C’est une peur primale, une peur atavique. C’est donc toute une pédagogie, toute une vulgarisation scientifique à réinventer. Le savoir, la connaissance, l’arbre sec, ont de toute éternité subit la vindicte des ignorants, l’inquiétude ou le désarroi, c’est l’histoire même de la pomme d’Adam. Il en va de même aujourd’hui. C’est une des raisons pour laquelle nous appelons de toute la force de nos énergies les pouvoirs publics à peser sur l’évolution même de notre société en dynamisant les secteurs de l’enseignement général et de l’enseignement supérieur, en finançant la recherche, seule manière à nos yeux d’ancrer notre pays durablement dans une ère nouvelle. Mais ne nous y trompons point cet effort implique tout également l’ensemble de notre société : décideurs politiques, économiques ou culturels, comme chaque citoyen, chacun d’entre nous. Cette révolution de l’intelligence, une connaissance, un apprentissage continu tout au long de notre existence, c’est notre Eldorado, notre nouvelle frontière, notre paradis mystique, notre saint Graal, c’est notre chance. «Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles» disait aussi Voltaire au lendemain du tremblement de terre de Lisbonne, moquant ainsi Leibnitz !

Nous ne doutons pas un seul instant de la qualité de nos lecteurs qui sauront apprécier de lire sereinement ce communiqué même de l’Académie des sciences, dont partout ailleurs dans la presse l’on ne présente que des synthèses

Pierre-Alain Lévy


L’Académie des sciences rend public son Avis sur l’exploration et l’éventuelle exploitation des gaz de roche-mère.

L’Académie des sciences est pleinement consciente de la nécessité de réduire la consommation d’énergie et notamment de combustibles fossiles et pour cela d’améliorer l’efficacité énergétique dans toutes les utilisations de l’énergie. Dans le contexte actuel de transition énergétique, la question des gaz de schiste mérite d’être examinée, notamment pour les raisons suivantes : (1) Assurer la sécurité d’approvisionnement en énergies fossiles qui constituent encore 90 % de l’énergie primaire, (2) Réduire la dépendance énergétique et la facture correspondante (plus de 60 milliards d’euros par an), (3) Stimuler la compétitivité de l’économie, (4) Permettre l’insertion des énergies renouvelables en réglant le problème de la compensation de leur intermittence au moyen d’une énergie mobilisable et qui évite l’utilisation du charbon.

En France, comme dans les pays confrontés à cette ressource potentielle d’énergie, il apparaît nécessaire de disposer d’un bilan actualisé des risques induits par leur extraction, et une évaluation raisonnée des incertitudes. Conformément à sa mission, l’Académie des sciences s’est saisie de cette question complexe.

Consulter l’avis sur les gaz de schiste

Cet Avis a été préparé par le Comité de prospective en énergie de l’Académie des sciences, qui s’est appuyé sur l’audition d’experts du domaine et sur des documents et réflexions déjà élaborés en France et à l’étranger. Il analyse l’état des connaissances sur les risques principaux associés à l’extraction des gaz de roche-mère, principalement l’impact environnemental, et notamment 1:

la pollution directe des nappes phréatiques, et par suite, de l’eau potable par le méthane ou par les produits utilisés pour la fracturation. Ce risque de contamination est peu probable et peut être maîtrisé si on respecte une distance verticale de sécurité avec les aquifères, plus superficiels 2 ;

la pollution par les défauts d’étanchéité du tubage. L’intégrité du tubage au passage d’un aquifère est maîtrisée par l’industrie du gaz et du pétrole mais la question de l’étanchéité à long terme des forages d’exploitation des gaz de schistes mérite un examen attentif et l’élaboration d’une réglementation adaptée ;

la pollution par les fluides de fracturation. Outre la transparence sur les additifs utilisés dans les produits injectés et les risques associés, les filières de traitement des eaux de forage doivent impérativement être envisagées avant toute exploration ou exploitation ;

les nuisances sur l’occupation des sols, le bruit, le paysage, la valeur des biens immobiliers… Il faut évidemment les évaluer systématiquement et les réduire à des niveaux socialement acceptables ;

Les prélèvements sur la ressource en eau. La consommation d’eau concerne les phases de forage et de mise en exploitation. Elle doit être mise en perspective avec celle engendrée par d’autres activités et d’autres filières de production d’énergie. A titre d’exemple, les 15 000 m3 d’eau nécessaires à la réalisation d’un puits par fracturation hydraulique correspondent à 2 mois de consommation d’un golf haut de gamme de 18 trous en France. La gestion de l’eau doit prendre en compte la disponibilité des ressources, le recyclage des eaux et la prévention des contaminations par les eaux de forage ;

l’effet de serre induit. Le remplacement du charbon par du gaz naturel diminue les émissions de CO2, de polluants (métaux lourds, oxydes de soufre, oxydes d’azote etc. ) et de particules. Le bilan, du point de vue de la contrainte climatique est positif si le niveau de fuite de méthane reste minimal 3. Il faut donc que les équipements et les procédés d’exploitation assurent la récupération complète du méthane ;


la sismicité induite. Les études réalisées, notamment au Royaume-Uni indiquent que les niveaux de magnitude sont plus faibles que ceux ressentis naturellement ou que ceux liés aux activités minières, elles-même faibles. Pour autant, ce risque doit être évalué en fonction des conditions locales.

Nombre de ces risques environnementaux ne sont pas nouveaux et sont traités dans l’exploitation d’autres types de ressources (pétrole, charbon, gaz -notamment le gaz de Lacq-, géothermie…). Selon le Comité de prospective en énergie, l’étape d’exploration, si elle est menée selon des règles précises et contrôlées, n’a pas d’impact environnemental significatif. Néanmoins il considère que «rien ne saurait être entrepris sans de nombreuses vérifications et expérimentations préalables encadrées par une réglementation rigoureuse, afin de maîtriser les risques potentiels pour l’environnement et pour la santé ». Il importe aussi « de communiquer clairement et honnêtement sur les inconvénients et les avantages potentiels (avant toute exploration/exploitation) et de mettre en place un dialogue avec toutes les parties prenantes.».

Le Comité estime que l’ensemble des problèmes liés à l’exploration et à l’éventuelle exploitation des gaz de schiste apparaît relever de programmes de recherche scientifique et technologique dont la France est en partie dotée -notamment en géologie, géophysique, géochimie…-, ou qu’elle est en mesure de lancer, avec la condition d’associer le public dès la formulation des questions à examiner.

C’est le sens des 9 recommandations4 de l’Avis. Les quatre premières visent la recherche et l’exploration de la ressource. « S’agissant d’un sujet de dimension nationale controversé, la 4e recommandation suggère la mise en place d’une Autorité scientifique indépendante et pluridisciplinaire pour le suivi des actions qui seraient engagées pour l’évaluation objective des ressources et des méthodes d’exploitation. » Les cinq dernières concernent le contrôle des risques envionnementaux ; il conditionne le passage à l’exploitation éventuelle des gaz de schiste si l’intérêt de celle-ci était reconnu et confirmé après la phase d’exploration.

Cet Avis a été adopté par l’Académie des sciences le 15 novembre à l’issue de la consultation de l’ensemble de ses membres.

Dans le contexte international du débat sur la transition énergétique rappelé en introduction, cet Avis pourrait concerner tous les pays où existe une importante réserve supposée de gaz de schiste, vue comme une ressource fossile moins polluante que le charbon pour compenser l’intermittence des nouvelles sources d’énergies renouvelables.


1 Les risques évoqués sont détaillés dans l’annexe A3 de l’Avis.
2 Le gaz de schiste, ou gaz de roche-mère, est un gaz naturel « formé par du méthane et quelques autres hydrocarbures, le plus souvent enfoui à grande profondeur (1 500 à 3 000 m) dans des roches compactes et imperméables ». Voir l’annexe A1 de l’Avis, Les gaz et huiles de schistes en quelques mots, et la conférence-débat de l’Académie des sciences, le 26 février 2013.
3 Le méthane est un gaz à effet de serre avec un potentiel de forçage radiatif nettement plus élevé que celui du CO2, mais sa durée de vie dans l’atmosphère est bien plus réduite. Le sujet est abordé en annexe A4.
4 Voir p. 4 la synthèse des recommandations, développées p. 8 à 11 de l’Avis.


Écouter le débat dans la vidéo ci-dessous


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