French economy, keys to reach excellence


La France est un curieux pays, trois mois avant les élections présidentielles elle bruisse fébrilement de politiques, de programmes, d’études comparatives ou de débats contradictoires et intéressants, la société française vibre et se passionne puis très curieusement au lendemain de l’élection magistrale elle retombe dans ses errements politiciens, dans sa névrose d’impuissance nourrie de ses oppositions structurelles, politiques et constitutionnelles. Ce phénomène d’auto-mutilation curieux s’il en est, est par ailleurs nourri et diffusé ad vomitum par les portails internet qui font de l’information économique ou politique un épiphénomène qui surfe sur les événements sans consistance, perspective ou épaisseur.

S’il est vrai que la communication présidentielle manque de relais et souffre de visibilité, il n’en demeure pas moins que la stratégie de réformes est en marche et ses effets prendront quelque temps avant de porter leurs fruits. La période est difficile et des vents contraires soufflent alimentant ainsi la pression. Les boussoles qui indiquent le nord et la bonne direction sont plus que jamais indispensables.

C’est ce moment que choisit Jean-Louis Beffa pour publier« La France doit agir », ouvrage opportun, intéressant et documenté au fait des évolutions économiques internationales. Jean-Louis Beffa est une personnalité reconnue et respectée dans la sphère économique et le monde industriel, il fut président de Saint-Gobain -Pont à Mousson, et son analyse experte, souvent écoutée en hauts lieux a le mérite de la compétence en action.

Alors que la situation économique de la France est médiatisée de façons excessives, il est notamment aujourd’hui particulièrement utile de juger à l’aune macro-économique sur les différents paramètres et les situations des pays tant de la zone euro à commencer par l’Allemagne que l’évolution de pays tels les USA, la Chine ou la Corée qui fournissent des modèles de développement spécifiques.

«La France doit agir» s’articule en trois parties, Le problème français analyse les raisons du déficit dont l’origine remonte à,près de 15 ans et qui n’a depuis jamais été résolu. On est bien loin de la parole magique actuellement triomphante et cela fait du bien.

Jean-Louis Beffa bouscule l’échiquier politique, il n’épargne pas davantage les grands corps de l’état (Direction du Budget ou Direction du Trésor du Ministère des finances), ni les partis, les syndicats, il porte l’attention sur le système éducatif dont un rapport on ne peut plus récent vient de présenter les faiblesses, et au plan européen porte le glaive où il convient c’est à dire la Commission européenne.

Sa connaissance de l’Asie et de la Chine, où il souligne son développement technologique et industriel et sa politique d’exportation, lui permet de mettre en évidence ce qui nous fait notamment défaut à savoir le fossé qui sépare le monde industriel du monde éducatif et nous empêche ainsi d’être réactif sur les marchés à l’export. Manque de culture du dialogue, système binaire de confrontation marxisant d’un autre âge.

À cet égard, l’exemple coréen constitue un exemple dont on ferait non seulement bien de s’inspirer mais de suivre sans tarder l’exemple à savoir : «un effort incessant au producteur plutôt que le consommateur, un état stratège, de véritables politiques exportatrices industrielles, une anticipation de la concurrence à venir»

Les hésitations de la politique énergétique font l’objet de développements charpentés, exploration des gaz de schistes, pétrole, panneaux solaires, nucléaire, éolien, tenant compte bien entendu du rapport de force actuel entre les écologistes ( qu’il nomme les obscurantistes) et le gouvernement et les niches d’impôt qui bénéficient paradoxalement aux exportations chinoises,

Les coûts de production en France font l’objet d’une analyse pointue, et si le CICE ( Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) nouvellement mis en place, permettra à terme de doter l’investissement, il ne pourra pour autant pas répondre aux besoins de l’industrie pour qui la base du coût du travail ne diminuera que de 0,3% sans favoriser de ce fait les sociétés les plus exportatrices.

Jean-Louis Beffa fulmine contre le capitalisme financier libéral et propose quelques mesures simples pour mettre à l’abri d’ OPA prédatrices les entreprises les plus performantes et porteuses de développement.

On ne peut il va de soi écrire un tel livre sans envisager le volet européen d’une politique française: réforme de la Commission européenne qui ne permet pas la création d’entreprises de vaste périmètre, la création d’obligations européennes ( Eurobonds) et pour ce faire la nécessité pour la France de créditer pour l’Allemagne sa volonté de réformes. Jean-Louis Beffa privilégie la création de groupes européens de pointe ( France et Allemagne, Alstom et Siemens) pour faire front au géant chinois,« l’Europe se fait attendre, incapable de soutenir son industrie alors qu’elle est le premier marché mondial» écrit-il. La recherche essentiellement soutenue par l’état (recherche fondamentale) souffre de son manque d’applications en termes de développement et d’application par le secteur privé

Loin d’être un de ces livres de grisaille de plus sur le « mal français », le livre de Jean-Louis Beffa La France doit agir, a le mérite de la clarté, c’est un appel à la réforme, à la pédagogie de l’action et de la communication, il est nourri d’une information stratégique, mais surtout il apporte à tout un chacun, sans parole magique et démagogique ou ruse marketing de prise de pouvoir, quelques clés susceptibles de débloquer l’avenir.

Pierre-Alain Lévy


La France doit agir

Jean-Louis Beffa

Éditions du Seuil. 17€


Illustration de l’article : Photo Alstom, Unité de contrôle pour turbine à gaz/vapeur – ALSPA® CONTROGAS™


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