It’s not the end of drawing, it’s pure renaissance! Crème de la crème. 640 pages


«Et s’il n’en restait qu’un, je serais celui là» c’est bien un peu le choix impossible imparti aux deux concepteurs de ce livre, 100 Illustrators, Steven Heller et Julius Wiendemann, (publié en version trilingue chez Taschen), pour établir et faire une sélection de 100 artistes en vue de l’ouvrage à éditer.

Deux volumes réunis dans un coffret pour présenter une sélection de peintres et dessinateurs d’aujourd’hui et plus précisément d’illustrateurs.

Le terme même pendant un temps servait dans les milieux de l’art à déconsidérer un artiste que l’on considérait comme trop anecdotique. Nombreux sont ces artistes dont il ne viendrait à personne aujourd’hui l’idée de critiquer leurs talents (« personne» est peut-être un bien grand mot !) et qui durent affronter les critiques acides de leurs contemporains et réfuter le terme même d’illustrateur

L’eau a passé sous les ponts, les temps comme la société ont aussi changé, et les artistes redeviennent aujourd’hui les observateurs inspirés du temps présent, ou les magiciens porteurs de rêves.

Bien plus encore ils sont les habilleurs de fête des héros modernes parmi lesquels on trouve pêle-mêle Albert Einstein, les Beattles, Elton John, Steve Job, ou Britney Spears, comme Obama, Vladimir Poutine ou Hillary Clinton, il y en a pour tout le monde ! C’est ainsi que l’on peut les y découvrir dans ce beau livre : 100 Illustrators.

Mais l’illustration ce n’est pas que l’art du portrait, c’est aussi tout autant un univers inspiré, chimérique, une réalité analysée et maîtrisée, un ornement décoratif, une passerelle entre les hommes à travers les siècles avec de constants clins d’oeil vers les grands ancêtres et une culture populaire affirmée. C’est également souvent la marque et l’identité iconique de nos journaux et magazines.

Choisir et établir une sélection est toujours une mission très difficile. «Quel unique livre emmèneriez-vous sur une île déserte», ou « Quels sont vos cinq peintres ou compositeurs favoris ?» Vous connaissez bien sûr cette question on ne peut plus stupide et pourtant toujours posée et ressassée.? C’est la difficulté qu’ont rencontré les initiateurs de ce livre, pourquoi tel artiste et pourquoi pas tel autre, le critère de sélection était de ne choisir pas plus de 100 artistes d’aujourd’hui. On peut seulement observer qu’une grande partie des illustrateurs présentés sont pour la plupart d’entre eux américains, ce qui certes n’enlève strictement rien à leurs talents, mais la sélection eût pu être plus équilibrée avec un regard quelque peu plus globalisant puisque ce mot est actuellement à la mode.

En tous cas quelle plongée dans cet univers de l’illustration, que de découvertes ! La modestie et l’humilité devant tant de talents s’imposent à nous, et quant à moi je le confesse, nombre de ces artistes m’étaient jusqu’à ce jour inconnus.

Car l’illustration aujourd’hui se structure non seulement dans un regard, une analyse du monde sous quelque forme que ce soit: naïf, pictural et riche de l’histoire de l’art, expressionniste, réaliste, onirique ou abstrait, mais c’est aussi une symbiose avec les outils technologiques de notre temps, CAO (conception par ordinateur) ou 3G.

L’art de l’illustration, c’est un peu comme la prose dans Le Bourgeois Gentilhomme et nous sommes tous les Monsieur Jourdain, devant les oeuvres. Pour s’en convaincre il suffit d’ouvrir un magazine papier glacé, ou tout bonnement observer les vigies symboliques et picturales de notre société. Les Illustrateurs sont parmi nous, mieux même ils captent et modulent nos façons de voir et notre sensibilité, ils inventent dans leurs oeuvres, notre monde fantasmé, nos désirs, nos angoisses comme nos petits défauts, ils enchantent notre imaginaire et nous happons de façon subliminale leurs créations.

Bien sûr, la diversité des approches picturales est considérable et chaque lecteur trouvera au fil des pages de ces deux volumes une variété de styles portés par les individualités de chaque artiste. Bien plus chaque oeuvre sonnera-t-elle peut-être aussi comme une musique agréable déjà entendue et rappellera une couverture d’un journal remarqué, renvoyant pour certaine d’entre elles à un article de presse ou un livre tendrement lu.

Au hasard et au fil des pages et des artistes

Le premier livre commence par un hommage à Dugald Stermer, un auto-portrait au crayon et à l’aquarelle datant de 1999, on est directement là dans la grande tradition du dessin de la Renaissance, finesse des traits, grand raffinement, un exceptionnel travail sur le visage qui pourrait facilement se comparer à Léonard de Vinci ou Dürer

Istvan Banyai, (né en 1949 à Budapest et installé New-York) nous transporte quasiment dans l’art de la bande-dessinée tandis que Nigel Buchanan (né en 1958 en Nouvelle Zélande et vivant en Australie), créé des personnages dont il exprime avec une économie de moyens proche de la caricature (digital) le caractère intrinsèque ( Khadhafi pour la couverture du Week Magazine 2011)

Les personnages d’ André Carrilho (né en 1974 à Lisbonne et vivant à Macao) sont bien léchés, charmants, et l’artiste lui aussi combine les différentes techniques, et s’il travaille pour le New Yorker ou Vanity Fair, on ne s’étonnera pas de voir dans sa galerie de personnages aussi bien Antonio Lobes Antunès, Paul Ryan, Edgar Allan Poe ou le prolifique( pour les artistes) Steve Jobs.

Parmi les illustrateurs français, on remarque Jean-Philippe Delhomme (né en 1959 et vivant à Paris), Stéphane Goddard (né en 1968 à Chambéry et travaillant à Paris), ‘Antoine Helbert ( né à Colmar en 1967 et travaillant à Benfeld en Alsace) et Éric Tranchefeux (né en 1969 à Paris et y vivant)

Avec Jean-Philippe Delhomme nous sommes en terre connue; on se retrouve dans le monde de la mode ou de l’art contemporain avec ce qu’il faut de critique satirique ( Opening at Gargosian 2010 avec en fond de décor deux oeuvres de Damien Hirst). Stéphane Goddard possède un métier exceptionnel, et son travail est au point de fusion de la tradition (gouaches) et de la modernité (numérique). L’univers d’Antoine Helbert est riche de ces illustrations de presse d’avant-guerre et touche aussi au fantastique. Eric Tranchefeux (son nom est déjà un bonheur) a un incroyable talent, la technique digitale est parfaitement bien maîtrisée et ses oeuvres peintes sont empruntes d’une qualité dans le réalisme et le fantastique tout à fait saisissante.

Mirko Ilic (né en 1956 en Bosnie-Herzegovine et vivant à New-York) il est tout à la fois un designer et un illustrateur, sa maîtrise de l’outil numérique lui permet de renouveler sans cesse tant ses sources d’inspiration que leurs expressions visuelles. Zohar Lazar (né en 1971 à Tel Aviv et vivant à New-York ) s’exprime dans le symbolisme, la bande dessinée et le fantastique, et ses portraits ont une force expressive donnée par la qualité du petit détail mis en valeur.

Liz Lomax (née en 1975 à New York et y travaillant) excelle dans le 3D, ses personnages Steve Jobs, Tiger Woods ou les Rolling Stones (voir illustration de l’entête) sont au delà du réel et réinventés avec efficacité

Edel Rodriguez ( né à La Havane 1971 et vivant à Mt Tabor USA). Son style est direct, efficace et lui aussi utilise différentes approches techniques ( Ben Ladden, Newsweek magazine 2011)

Yuko Shimizu ( née à Tokyo et vivant à New York) apporte à ce livre la touche japonaise, toute à la fois faite de fantastique et ancrée dans la tradition du ukiyo-e et de la subtile mise en page

Les peintures d’Owen Smith (né en 1964 à Fremont USA et vivant à Alameda en Californie) possèdent une force picturale rappelant tant avec ses personnages puissants et musclés ceux de George Bellows que Diego Ribeira ou Thomas Hart Benton , voire les plus grands maîtres du 17ème siècle italiens ou flamands, tandis que Mark Summers (né en 1955 au Canada et y vivant) est dans la droite ligne de ces illustrateurs de la fin du 19ème siècle qui ont enchanté les livres de contes pour enfants

Vous l’aurez compris, nous avons au final beaucoup aimé ce livre, nous y avons beaucoup appris et nous observons avec malice que nous aussi, volens nolens , nous avons fait ce que nous dénoncions en introduction, à savoir dans notre article, opéré une sélection … !

Pierre-Alain Lévy


100 Illustrators

Steven Heller et Julius Wiendemann

2 vol. sous coffret, 24 x 31,6 cm, 640 pages

Éditions Taschen. € 39,99


Illustration de l’entête: Liz Lomax; The Rolling Stones. 2004. The Rolling Stones magazine, polymère, argile, peinture à l’huile, mousse isolante et photographie digitale


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