A novel, a perfect demonstration of the dishonest and despicable essence of TV reality shows. Best than a thriller !


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Non, le dernier livre de l’argentin Sergio Bizzio n’est pas un nouvel essai sur la réalité ! Et pour cause, l’auteur n’est pas philosophe mais scénariste pour la télévision, le cinéma et réalisateur. Et son dernier roman, paru chez Christian Bourgois éditeur, se passe dans un lieu qui lui est connu : une télévision. Tous les lecteurs de Wukali, s’ils ne l’ont pas regardé, ont tous entendu parler du « loft », émission de « télé-réalité » où des « jeunes » au Q.I. avoisinant le néant absolu se trouvent enfermés dans une « maison », sont filmés en permanence, et régulièrement, un d’entre eux doit sortir. Le seul fait d’être resté enfermé sous les yeux du public, leur donne une gloire plus ou moins éphémère à l’extérieur. Ce genre d’émissions est présent dans tous les pays occidentaux, en France tout comme en Argentine. « Réalité » commence quand il ne reste plus que cinq personnes (trois filles et deux garçons) dans la « maison ». C’est à ce moment qu’un groupe de terroristes musulmans pakistanais prend en otage le personnel de la station, sans que les « enfermés » ne le sachent. Leur revendication est simple : ils veulent un des leurs, qui s’est converti au catholicisme, donc un renégat qu’ils doivent « punir ». Grace au système de « la voie » et du confessionnal, ils manipulent les jeunes les poussant à se dévoiler, à devenir des sortes de marionnettes décervelées qui font ce qu’ils leur dictent. Plus ils seront « serviles » plus ils auront des chances de gagner ce « jeu » et donc d’obtenir argent, notoriété. En plus des moments passés dans la station, ce roman raconte ce qui se passe à l’extérieur : les tourments des parents des « acteurs », l’action des forces de l’ordre, les problèmes des spécialistes de la négociation face à des personnes qui ne veulent pas négocier suivant les critères habituels.

Sergio Bizzio a un style « cinématographique », des phrases courtes, descriptives, une construction « plan par plan ». Il captive le lecteur, et le chapitre sur le décompte final par rapport à l’ultimatum des terroristes, minute par minute, où s’entremêlent les faits et gestes de tous les protagonistes est remarquablement écrit, il est impossible de s’arrêter de lire, à chaque ligne on retient son souffle, on accélère sa lecture, impossible de distraire son esprit sans avoir lu le denier mot de la dernière phrase. Cette scène est aussi captivante que les duels dans les meilleurs westerns.

Sergio Bizzio connait les mécanismes de la télévision, les personnes qui y travaillent, les enjeux qui s’y trouvent, enjeux financiers, de pouvoir pour certains, enjeux quasi psychanalytiques pour d’autres (les jeunes qui participent aux émissions de télé-réalité). Il montre que la télévision est un monde artificiel qui crée sa propre réalité et veut faire croire qu’il s’agit de la Réalité et non une construction faite, pensée, voulue par le réalisateur et servie par des personnes qui n’ont aucune perception de la manipulation dont ils font l’objet. La morale en quelque sorte, le message de Sergio Bizzio est à trouver dans la dernière phrase de son roman : « Être sérieux, c’est laisser le monde faire avec soi ce qui lui chante ». Il faut savoir que les images mentent, que la télévision nous assène sa vision du monde, véhicule ce qui est son intérêt, et qui n’est jamais la Réalité, ni la réalité de tout un chacun. Le tout c’est d’en avoir conscience, certains peuvent s’en servir pour leur propre intérêt, peuvent manipuler les manipulateurs.

C’est ce que font les terroristes, ils rejettent totalement cette télévision, symbole de la décadence, de la superficialité occidentale, mais savent s’en servir pour faire passer leur revendication et surtout essayer de faire prendre conscience aux téléspectateurs du monde aseptisé, artificiel, égocentré que cette télévision leur distille. Choc des cultures, soit, mais surtout choc de deux visions manichéistes du monde qui ne peuvent communiquer entre elles. : « Pour les talibans, ce que dit le Coran est bien et ce qu’il ne dit pas est mal. Même chose pour les producteurs : ce qui fait de l’audience est bien, ce qui n’en fait pas est mal. » Deux visions de la Réalité, chacune essayant de se servir de l’autre pour s’imposer. Face au dogmatisme, au cynisme, pour pouvoir vivre, être soi, la seule solution c’est la lucidité, l’acceptation de la manipulation pour rester libre, pour être en liberté.

Non !, le dernier livre de l’argentin Sergio Bizzio n’est pas un nouvel essai sur la réalité, mais une clé pour développer son libre arbitre face aux dogmatismes aussi bien religieux qu’économiques que nous assène la télévision.

Emile Cougut


La Réalité

Sergio Bizzio

Éditions Christian Bourgois. 12€. sortie en librairie le 13 février


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