A fake discriminated by nuclear technologies


À la demande de la Fondation Peggy Guggenheim de Venise, il a fallu utiliser des techniques d’imagerie nucléaire pour déterminer avec certitude que la peinture de Fernand Léger supposée provenir de la série «Contraste de formes» (1913-1914), et appartenant à leur collection, était bel et bien un faux.

Cette difficulté à identifier l’oeuvre taraudait les spécialistes depuis qu’un historien d’art anglais, Douglas Cooper, avait dans les années 70 remarqué qu’elle n’avait jamais été exposée par le peintre ni inscrite ce faisant dans les catalogues. Le doute était installé.

L’étude conduite sur un accélérateur à particules par l’ Institut italien de physique nucléaire a été réalisée à LABEC de Florence, en collaboration avec l’INFN de Ferrare , en profitant d’une idée innovante.

Olécio partenaire de Wukali

Les chercheurs ont mesuré la concentration de radiocarbone dans un fragment de la toile et ils ont mis ensuite les résultats dans le cadre de ce que l’on nomme «le pic de la Bombe », c’est à dire l’augmentation de radiocarbone dans l’atmosphère à la suite des essais nucléaires russes et américains au cours de la guerre froide. Grâce à cette comparaison, cette méthode utilisée pour la première fois a permis d’évaluer l’authenticité d’une peinture et de conclure avec une certitude absolue que la toile sur laquelle a été peinte le tableau date de 1959, soit en l’occurrence quatre ans après la mort de Fernand Léger (1955 ) et donc nullement des années 1913 ou 1914. Comme dirait Brassens:  « le mort avait fait des petits… !»

«C’est la première fois qu’une mesure de radiocarbone est utilisée pour dater une peinture d’art contemporain, en utilisant la comparaison avec les concentrations atmosphériques d’isotopes dans les années où les expérimentations nucléaires culminèrent» précise Pier Andrea, directeur de la section INFN de Florence. «Après 1955, et dans les 10 ans qui ont suivi, la concentration de radiocarbone dans l’atmosphère, et par conséquent dans les organismes vivants, a presque doublé, et cette variation très rapide nous permet de dater une découverte datant de ces années avec une grande précision. Dans ce cas précis, cette expérimentation nous a permis de découvrir que le support de la toile en coton ne peut pas avoir été produit avant 1959». Tout est dit …!

L’étude est publiée dans la revue scientifique The European Physical Journal Plus

Que c’est triste Venise …

Adieu tous les pigeons
Qui nous ont fait escorte
Adieu Pont des Soupirs
Adieu rêves perdus

C´est trop triste Venise
Au temps des amours mortes
C´est trop triste Venise
Quand on ne s´aime plus…

Pierre-Alain Lévy


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