The all time most important sea battle in Mediterranean sea, Lepante !


——-

La chronique histoire de Félix DELMAS.


Trois empires : l’empire Ottoman avec à sa tête le sultan Sélim II, successeur de Soliman le Magnifique, connu pour son appétence à l’alcool et à la bonne chaire, conseillé par cinq vizirs se détestant cordialement, l’empire espagnol dont le roi Philipe II, fils de Charles Quint est surnommé el rey prudente, et l’empire vénitien, à cette époque la première puissance navale de Méditerranée, mais qui a déjà amorcé son lent déclin du à la poussée ottomane à l’est et à la découverte de l’Amérique à l’Ouest, Venise, une république marchande, dirigée par son doge et par le conseil des dix, dont le fonctionnement ne cesse d’étonner les puissances européennes habituées à l’autocratie. Et bien sûr la figure spirituelle du pape Pie V qui à cette époque était aussi un chef d’Etat… avec de vraies pouvoirs temporels sur une partie du territoire italien. A cela s’ajoute le duc de Savoie, la république de Gènes (de fait une république sous tutorat espagnol), les chevaliers de Malte etc., qui se joignent à la lutte contre les infidèles. Les français, alors déchirés par les guerres de religions, alliés des turcs depuis François Ier, se gardent bien de soutenir une ou l’autre partie, tout comme Raguse, alors indépendante qui développe un double jeu à fin de ne mécontenter ni les vénitiens ni les turcs.

Début 1570, Marcantonio Barbaro, arrive à Constantinople comme bailo (ambassadeur) de Venise auprès de la Sublime Porte. Il va servir de sorte de fil conducteur tout au long de ce livre. Il s’installe dans la capitale de l’empire ottoman à un moment où Selim II souhaite continuer l’œuvre de ses prédécesseurs en conquérant de nouveaux territoires. Son but est l’ile de Chypre alors possession vénitienne depuis un siècle. Barbaro envoie rapport sur rapport à Venise sur les préparatifs militaires surtout les navires, l’accès à l’Arsenal de Constantinople étant beaucoup plus facile qu’à celui de sa ville natale. De leur côté, les vénitiens se préparent à une guerre qu’ils perçoivent comme inévitable et arrivent à trouver des secours auprès du pape et surtout des espagnols dont la république se méfiait à cause de ses attitudes expansionnistes dans la botte italienne. Après bien des tergiversations, des retards sans nombre, une armada finit tant bien que mal à se réunir sous les ordres du vénitien Girolamo Zane. Mais le typhus, la dysenterie, la plus ou grande mauvaise foi de certains capitaines, mais aussi les problèmes de ravitaillement (il y a eu des mauvaises récoltes et la famine règne dans les états dépendants de Venise) et de recrutement tant de la chiourme que de la soldatesque, font qu’il est trop tard pour entreprendre une campagne maritime en Méditerranée.

Les turcs, quant à eux, ont débarqué à Chypre. Ils ne rencontrent qu’une faible résistance due aux maladresses, pour ne pas dire à l’incompétence, des responsables militaires, et trouvent un soutien auprès de l’immense majorité des autochtones qui ne supportaient pas la colonisation vénitienne qui les plongeait dans un système féodal les privant de toute idée de liberté. Nicosie tombe très vite entre leur main, et ils mettent le siège autour du port de Famagouste avant la « trêve hivernale ».

Le 20 mai 1471, après de longues et pénibles transactions, la Ligue est enfin formellement formée. Une armada est préparée pour combattre les turcs. Elle est placée sous le commandement d’un jeune homme de 24 ans, batard de Charles Quint et donc demi-frère de Philippe II, Don Juan d’Autriche. Les galères vénitiennes ont pour chef Sébastanio Venier et celles du pape Marcantonio Colonna. Les relations entre Don Juan et Venier sont exécrables, et plus d’une fois des incidents faillirent aboutir à une rupture de la Ligue. Avec trois mois de retard par rapport à ce qui avait été prévu, l’armada catholique part de Messine en septembre. Entre temps les turcs, après une résistance désespérée, avaient réussi à prendre Famagouste Αμμόχωστος. La flotte turque quant à elle était affaiblie par les maladies, soldats et chiourme étaient diminués par une campagne de pillages et espéraient regagner leurs quartiers d’hiver. Elle se trouvait dans la rade de Lépante, quand elle dut, par ordre du sultan combattre la flotte chrétienne. La rencontre eut lieu le 10 octobre et se termina par l’anéantissement de la flotte ottomane.

La paix finit par être conclue le 17 mars 1473.

Alessandro Barbero est historien et signe un vrai essai historique. Mais il se lit presque comme un roman de cape et d’épée. Il y a tout et on suit quotidiennement sur ces quelques mois tous les événements qui aboutissent au massacre de Lépante. L’auteur, comme tout bon historien, est le plus objectif possible. Il n’essaie pas d’analyser ces événements avec nos référents culturels actuels, mais avec ceux de l’époque, aussi bien dans le camp occidental qu’ottoman. Ainsi, il est difficile de comprendre les luttes intestines au sein de la Ligue quand on ne sait pas que l’idée de « la bataille décisive » est un concept n’existant pas à la fin du XV siècle, surtout au niveau maritime car on ne pensait qu’à la conquête territoriale.

Ce livre nous plonge dans le quotidien des deux camps, chacun avec ses avantages, ses lourdeurs administratives, ses organisations. A une époque où l’armée dépend d’un état, il est parfois difficile de suivre les problèmes qui se posaient à l’époque comme le fait que dans l’armada de la Ligue se trouvaient de nombreuses galères appartenant à des personnes privées qui ne les affrétaient, ne les armaient que dans l’espoir d’un butin. Tout comme le recrutement de la soldatesque était en quelque sorte « affermé » à des capitaines professionnels, ou comme le fait que les soldats devaient fournir… leurs armes.

C’était une époque violente où la vie humaine comptait peu, où l’esclavage des « infidèles », dans les deux camps était normal, où les problèmes d’honneur, de préséance étaient plus importants que le but poursuivi ou la parole donnée. La mort de Marcantonio Bragadin, défenseur de Farmagouste en est la preuve : lors de la reddition de la ville, le ton entre lui et le pacha Lala Moustapha monta si vite que ce dernier, malgré l’accord passé, massacra la garde italienne, mis en esclavage les soldats rescapés et fit écorcher vif l’officier dont la dépouille empaillée fut amenée à Constantinople.

Mais on peut trouver des constantes avec l’époque actuelle : les donneurs d’ordre, ceux qui vont critiquer, voire condamner les combattants, se trouvent loin du théâtre des opérations et ne prennent jamais dans leurs décisions, dans leurs ordres, la réalité des forces en présence, leur état. Ainsi Ali pacha, kapudan (amiral en chef) de la flotte turque, demandait soit de rentrer à Constantinople soit de prendre ses quartiers d’hiver dans la baie de Lépante que les galères chrétiennes ne pouvaient aborder. Mais il avait reçu l’ordre d’attaquer dès que l’armada ennemie serait en vue. Il le fit sachant très bien qu’il n’avait qu’une très faible probabilité de vaincre. Mais il savait que désobéir aux ordres finirait inéluctablement à l’exposition de sa tête dans une des niches prévues à cet effet à l’entrée du palais de Topkapi. Elle finit sur la lance d’un soldat de La Réal la galère subtile de Don Juan.

Alessandro Barbero montre pourquoi Don Juan ne pouvait perdre : il avait une flotte en meilleur état que celle des turcs, plus de galères, des gélases d’une très grande puissance de feu, plus du double de combattants, plus de canons et surtout plus d’arquebuses et des soldats casqués et en armure. Les turcs croyaient encore à l’efficacité des arcs et des flèches et à la protection des turbans. Il s’attarde aussi aux conséquences de la bataille. Les chrétiens, vu la saison, ne purent mener aucune campagne sur le territoire ottoman et passèrent leur temps à se battre pour le partage du butin. De plus les pertes humaines qu’ils avaient subies étaient énormes. Les turcs quant à eux retinrent la leçon de leur défaite. En moins de six mois leur flotte était reconstituée et l’emploi de l’arquebuse fut généralisé. De fait, ils gardèrent Chypre et même continuèrent à agrandir leur territoire au Maghreb et en Méditerranée.

De fait Lépante doit sa renommée pas tant pour l’importance stratégique qu’elle eut, mais pour son impact psychologique (la fin définitive du mythe de l’invincibilité turque) grâce à la « propagande » dont elle bénéficia en occident.

A la lecture de La Bataille des Trois Empires, on apprend tout sur les fustes, gélases, galères, galères batardes, galères subtiles, frégates, brigantins, galiotes, canons de 16, de 12, à pierrailles, les différentes sorte de chiourme mais aussi sur l’organisation militaire des deux camps et l’importance du sentiment religieux qui les animait. Sans compter les dessous de la diplomatie européenne et la façon dont les vénitiens avaient coutume de régler définitivement certains problèmes (« faites le mourir secrètement »).
A cela s’ajoute des notes, un index, une biographie, un appendice, tous d’une grande richesse.

Un livre que tout les amateurs de la Renaissance, des problèmes géopolitiques de cette époque se doivent de lire.
Félix Delmas


La Bataille des Trois Empires

Alessandro Barbero

Éditions Flammarion. 14€


ÉCOUTER VOIR


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus