Political security and justice in France, a pamphlet aimed at general attorney


La chronique de Pierre de RESTIGNÉ


Les éditions de l’Archipel ont une collection : « Grosse colère » et elles viennent de publier celle de Philippe Bilger contre la politique pénale actuelle mais surtout contre la garde des sceaux Christiane Taubira. A travers elle c’est l’idéologie de gauche qui est violemment attaquée.

Philippe Bilger sait de quoi il parle, il fut un des magistrats les plus brillants de sa génération et depuis qu’il a cessé ses fonctions, il a entrepris une carrière médiatique particulièrement efficace. Philippe Bilger est avant tout un polémiste, un vrai polémiste dans la lignée des Joseph Fievet ou Paul Louis Courrier avec tout ce que cela sous-entend de caricatures, d’outrances, de déformations, mais avec talent, brio quand c’est mis au service d’une idée, d’une vision de la société. On peut ne pas être en accord avec lui, mais au moins on doit reconnaître que cette vision existe, est concevable et qu’il n’y a pas que du mauvais en elle. Un polémiste comme Philippe Bilger est là, met son talent, pour que les citoyens réfléchissent, ne croient pas tout ce qu’on leur dit, aussi bien les hommes politiques comme les médias, qu’il y a d’autres chemins que celui qu’on veut leur imposer. Un polémiste, c’est avant tout une personne qui combat le « politiquement correct »
.
De fait, les neuf dixième de son essai sont avant tout dirigés contre Christiane Taubira, perçue, « vendue », comme une icône de la gauche. Là où Philippe Bilger se comporte comme un vrai polémiste, c’est qu’il n’attaque surtout pas la garde des sceaux comme personne, mais à travers son action politique. Il ne tombe pas dans le piège de l’attaque personnelle, comme l’a fait l’extrême droite ce qui a transformée Christiane Taubira en victime, ce qui a eu pour conséquence que dès que l’on veut dénoncer son travail, on passe pour un raciste misogyne. Il refuse ce genre d’attaques qu’il dénonce avec virulence. Aussi peut-il l’attaquer sur ce qu’il connait le mieux : son action comme ministre. Son fil conducteur est le constat suivant : « un verbe surabondant, mais des actes rares ». Il démonte toute l’action de la ministre depuis les deux ans qui ont suivi sa nomination, peu de choses trouvent grâce à ses yeux, il déplore le manque de réformes en profondeur, la surmultiplication de « groupes de travail » et autre « comité de consensus », remplis des amis politiques de la ministre (il faut entendre les membres du syndicat de la magistrature), et une logorrhée verbale avant tout idéologique, pleine de bons sentiments mais totalement étrangère avec la réalité quotidienne que rencontrent les français face à la délinquance. Il donne quelques bons points toutefois comme la reconnaissance du travail des magistrats, méprisés par l’ancien président de la République.

Il attaque quand même le caractère de Christiane Taubira, mais en tant que personne mais surtout pas en tant que femme. Il rappelle son passé indépendantiste guyanais, et surtout accentue ses côtés narcissiques, vaniteux, sectaires, arrogants. L’attaque porte sur le caractère, comme il aurait pu le faire pour n’importe quelle autre personne.
Bien sur, Philippe Bilger n’est pas socialiste, et il n’est pas tendre avec l’idéologie du gouvernement actuel. Il est totalement caricatural et souvent de mauvaise foi. Même s‘il n’est pas tendre avec la droite, il n’attaque pas cette dernière sur son idéologie, mais contre la pratique que l’ancien président de la République a eu vis-à-vis de la magistrature. Pour pouvoir asséner ses coups contre la gauche, il se contredit parfois ( sur la politique pénitentiaire), voire opère quelques distorsions des faits comme par exemple quand il parle de l’augmentation de la délinquance depuis 2012 en oubliant qu’avant (comme de nombreux criminologues (des vrais, pas le loufoque Bauer) et praticiens (comme Jean-François Impini dans « Un mensonge d’état : l’imposture sécuritaire » dont on a parlé dans Wukali) l’ont dénoncée) les statiques officielles étaient fausses tellement elles étaient « bidouillées ».

Philippe Bilger fait référence, en procédant par petites touches, à l’Institut pour la Justice. C’est son droit, mais en promouvant cette association dont il est proche, il promeut sans le dire des idées idéologiquement très marquées par le « tout sécuritaire » et le tout répressif. Je ne rentrerai pas dans la polémique pour savoir si cet institut défend des idées d’extrême-droite ou de droite de la droite, mais ce qui est certain c’est que tout ce qui n’est pas marqué par le sceau du « répressif » ne peut trouver grâce aux yeux de Philippe Bilger.

Quand on connait l’idéologie que défend, en sous main, Philippe Bilger, alors, il est normal qu’il attaque la politique pénale de la gauche et la personne qui est chargée de la mettre en œuvre. D’aucuns trouveront qu’il fait dans la facilité, puisque, comme il se plait à le souligner, la gauche se pose de plus en plus de questions sur « l’autisme narcissique » de la ministre et le néant qui caractérise son action au niveau de la politique pénale. Mais il bâtit sa « grosse colère » en polémiste et il le fait particulièrement bien.

Même si l’on n’est pas d’accord avec Philippe Bilger, on se doit par honnêteté intellectuelle de rendre hommage à son talent.

Pierre de Restigné


Contre la justice laxiste

Philippe Bilger

éditions de l’Archipel. 13€50


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