Jacques Le Goff, historian, brilliant and eminent specialist of Middle Ages period, has passed away

L’Historien Jean Jacques le Goff est décédé le 1er avril dernier, à l’âge de 90 ans. Il fut, dans le sillage de Marc Bloch, et après Georges Duby, un des plus grands médiévistes que produisit la France au XXe siècle.

Né le 1er janvier 1924 à Toulon, d’un père professeur d’anglais de souche bretonne et d’une mère provençale, il restera attaché à sa ville natale et à son quartier du Cours Lafayette. Il révéla très tôt un tempérament indépendant, empreint d’anticonformisme. Adolescent à l’époque du régime de Vichy, il refusa de participer à un défilé scolaire organisé dans sa ville en l’honneur du Maréchal. Inscrit en hypokhâgne à Marseille, l’étudiant Le Goff ne suivit les cours que très épisodiquement. Dès le début de ses études supérieures, dans l’immédiate après-guerre, il eut l’opportunité de fréquenter l’Université Charles à Prague et fut ainsi le témoin du « coup de Prague » de février 1948, téléguidé par Staline et l’URSS. Bien que tenté intellectuellement par le marxisme, il retira de cette expérience une véritable aversion pour le communisme totalitaire. Cela ne l’empêcha point de rester toute sa vie d’une sensibilité de gauche, dans l’esprit d’un Front populaire qu’il avait admiré dans sa jeunesse. Il devait ainsi, à tort ou à raison, publier encore, très récemment, dans Le Monde, un article de soutien au président François Hollande. Ayant réussi le concours de l’Agrégation d’Histoire en 1950, il ne fut que peu de temps professeur de lycée à Amiens et prit rapidement conscience qu’il avait peu d’inclination pour l’enseignement. Beaucoup plus motivé par la recherche, il essaya de s’attaquer à la rédaction d’une thèse de Doctorat d’État mais ce cursus assez contraignant était peu adapté à un esprit aussi indépendant. Attaché à relire l’histoire du Moyen Âge occidental à la lumière de l’anthropologie, intéressé par le travail et les activités économiques autour des XIe-XIIIe siècles, passionné par l’histoire des mentalités, il finit par obtenir un poste de chercheur, puis de directeur, à la 6ème section de l’École Pratique des Hautes Études qu’il transforma, en 1975, en établissement autonome sous le label d’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Ayant le souci de faire partager son champ de recherche par un vaste public, il fut un des fondateurs, en 1968, de l’émission phare de France Culture « Les lundis de l’Histoire » à laquelle il participa jusqu’à ces dernières années.

L’œuvre historique de Jacques le Goff se situe délibérément dans l’esprit de « l’École des Annales » constituée autour de la revue éponyme fondée dans l’entre-deux-guerres par Marc Bloch et Lucien Febvre. Marc Bloch disparut tragiquement, fusillé par les Allemands en 1944 et Lucien Febvre s’éloigna peu à peu de toute activité éditoriale après la guerre. C’est Fernand Braudel, le spécialiste de l’histoire de la Méditerranée au XVIe siècle qui reprit le flambeau. Jacques le Goff avait eu l’occasion de croiser son chemin, une première fois, lorsque Braudel était président de son jury d’Agrégation. L’École des Annales avait l’ambition de rompre avec l’histoire strictement politique et « événementielle », telle qu’elle était, en grande partie, pratiquée depuis la fin du XIXe siècle, en mettant l’accent sur les évolutions de longue durée et en privilégiant aussi bien le champ économique et social que les études de mentalité. Une telle démarche faisait obligation à l’historien d’utiliser les ressources des autres sciences humaines, dont l’anthropologie. Cela n’alla pas sans quelques excès et les programmes d’histoire pour l’enseignement secondaire, promulgués à partir des années 1970, et largement inspirés par l’esprit des Annales, aboutit souvent à des résultats catastrophiques. Tout en se situant dans cette mouvance, Jacques le Goff eut l’honnêteté de reconnaître ces dérives, lorsqu’il anima, dans les années 1980, une commission créée par le Ministère de l’Éducation nationale pour réfléchir à la modernisation des programmes.

Jacques le Goff a laissé une œuvre considérable en termes de publications. Les étudiants de ma génération se souviennent de son petit livre novateur, édité par les Éditions du Seuil, en 1957, portant sur Les intellectuels au Moyen Âge dans la collection « Petite planète ». De plus grande portée, la parution, en 1964, de La civilisation de l’Occident médiéval, dans la luxueuse collection « Les Grandes Civilisations », créée par Arthaud, fut un évènement majeur. Citons également La naissance du purgatoire, édité chez Gallimard, en 1981 et, plus récemment, Saint-Louis, un maître ouvrage, publié par le même éditeur, en 1996.

Jacques le Goff avait une vision longue de la chronologie médiévale qu’il faisait commencer dès l’implantation du christianisme en Occident, à la fin du Ve siècle et qu’il prolongeait jusqu’à l’avènement des Lumières au XVIIIe siècle. Pour le grand historien, le Moyen Âge n’était en aucune façon une période obscurantiste mais se situait, au contraire, dans la continuité de l’Antiquité et ne s’achevait qu’à la veille de la révolution industrielle. Il devait développer cette conception dans plusieurs publications : Un Autre Moyen Âge, (Gallimard, 1999) et L’Europe est-elle née au Moyen Âge ? (Seuil, 2003).
Jacques le Goff fut légitimement distingué par l’attribution de plusieurs titres de Docteur honoris causa dans plusieurs universités étrangères. Avec lui, disparait, non seulement un grand historien, mais aussi une figure majeure du monde intellectuel.

Jean-Pierre PISTER

Agrégé d’Histoire-Professeur de Chaire supérieure honoraire (Khâgne Lycée H. Poincaré de Nancy)


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