Optimism in economy why not, but is it sufficient ?


La chronique de Pierre de RESTIGNÉ


Le sous titre de ce nouveau livre de Xavier de Bayser résume parfaitement son contenu, sa philosophie : « Pour une connaissance au service de l’homme »

Dans ce cours essai, il incite la société à provoquer dix métamorphoses qui « constituent une sorte de guide pratique pour notre jardin intérieur ». Son but est de rendre « le vivre ensemble » plus agréable. Chaque « métamorphose » se finit par sa mise en pratique au sein de l’entreprise. En soi, dire que l’homme au sein de l’entreprise doit être pris en tant qu’être humain et non comme une « variable d’ajustement », n’a rien d’original depuis Adam Smith au XVIII siècle. Ni même au XXI, il suffit de lire toutes les publications relatives aux Ressources Humaines pour s’en rendre compte. Il en est de même en ce qui concerne l’écoute active ou l’empathie. Ses réflexions, pleines de bon sens, sont faciles à lire et à comprendre.

Xavier de Bayser a son action à mettre à son actif, son travail dans le domaine de l’investissement socialement responsable plaide pour lui, pour que l’on ne puisse penser qu’il soit naïf ou un doux rêveur. Pourtant par bien des aspects son essai est emprunt d’une certaine naïveté, souvent touchante quant à la nature humaine. Transpirent des sentiments plein d’empathie, d’amour de l’Homme, en obérant totalement ses mauvais aspects (égoïsme, volonté de richesse, de pouvoir, etc.). Bien sûr, il donne des exemples où la fraternité (plus que la solidarité) est en action. Bien sûr il s’insurge contre l’individualisme qui règne dans notre société, mais est ce en disant que c’est revenir à l’appartenance à un territoire, à une commune que l’on combattra contre lui ? C’est en quelque sorte vouloir nier la réalité de notre nouveau mode de fonctionnement social, pour appliquer des recettes, qui certes ont fait leurs preuves, mais qui correspondent au passé et plus au présent et encore moins à l’avenir.

Michel Serres dans Petite Poucette constatait : « De jadis à naguère nous vivions d’appartenances : français, gascons ou picards, catholiques, juifs, musulmans, protestants, nous appartenions à des religions, des équipes, des communes … ces collectifs ont à peu près tous explosés ». Ce constat qui réjouit le philosophe, qui montre à lui seul que nous avons changé de modèle de société, comme à la Renaissance avec la diffusion du livre, semble peiner Xavier de Bayser. Ce que communément on appelle « la crise » (une crise qui dure depuis 40 ans), n’en est pas une, mais est plutôt un vrai changement de civilisation avec l’abandon de critères de l’ancienne et l’élaboration de nouveaux. Or on a tendance à juger la situation présente avec notre culture, notre savoir qui ont été bâtis avec les anciens critères, d’où un décalage dans l’analyse et une incompréhension de plus en plus évidente avec la réalité du présent. Ce qui entraine parfois des réflexes réactionnaires. Xavier de Bayser n’est pas pour autant un réactionnaire. Il déplore un état de fait : la monté de l’individualisme, et essaie de trouver des solutions dans ce qui était positif dans le passé. Un passé quelque peu mythifié à mon avis car basé sur la représentation quelque peu idyllique de la croissance économique des « trente glorieuses ». Je ne crois pas que l’homme à cette époque était vu autrement que comme une ressource d’ajustement dans l’entreprise. Surtout quand l’homme était un travailleur immigré !

De plus, Xavier de Bayser situe, tel Rousseau, ses réflexions, dans un cadre enchanteur, dans un manoir du XVII siècle, entouré d’un parc, de la campagne, un cadre enchanteur, totalement intemporel où, et tous les lecteurs ne peuvent être qu’en accord avec lui, tout pousse à la méditation. Mais a-t-il conscience que ce cadre est celui de privilégiés, qu’il ne correspond pas du tout au cadre quotidien de la majorité de la population français. Je doute que de haut d’un HLM de banlieue, les habitants soient fascinés par le vol des papillons et l’éclosion des bourgeons !

Rousseau s’est promené dans la campagne, il n’a rien vu de la misère de la grande majorité du peuple qui y habitait, mais il nous a livré quelques magnifiques pages qui ont marqué la littérature française. Mais Rousseau est aussi un des théoriciens de la dictature. Pas Xavier de Bayser, c’est certain. Mais de temps en temps, le lecteur peut se demander s’il ne lit pas un opuscule ventant les mérites d’une secte « New Age » ! S’il est contre le zoomorphisme, à juste titre à mon avis, son éloge du biomimétisme le fait tomber dans les excès qu’il dénonce. Heureusement, encore qu’il tempéré ce côté « promoteur du new age » par une passion dévorante de la Bible. Soit, il dit et répète qu’il ne faut pas obligatoirement être croyant pour lire la Bible et réfléchir sur les messages qu’elle donne. Dont acte. Mais il n’est pas un chapitre sans qu’il soit fait référence aux leçons de l’Ancien ou du Nouveau testament. Tout cela est accompagné, bien sûr, par des allusions au bouddhisme et autres relions ou philosophies orientales, sans compter des vers de Rilke et autres réflexions sur la poésie et la peinture. Un bel ensemble qui vraiment peut servir de base idéologique à une secte. Il suffit de lire la logorrhée de certaines pour en être persuadé. Bien sûr aussi, Xavier de Bayser n’est pas, loin s’en faut le gourou d’une nouvelle secte, ses écrits sont remplis de bonnes intentions et ses buts sont plus que louables. Mais ayant réfléchi dans un milieu improbable, déconnecté de la société, il est certain qu’il ne peut nous offrir qu’un catalogue de bonnes intentions (il suffit de voir le nombre de « si » et autres conditionnels qui émaillent les pages de son ouvrage).

Pour autant, dans un univers quotidien violent, stressant, il est bon de lire des ouvrages optimistes sur la nature humaine, tout en ayant conscience que les métamorphoses qu’il appelle de tout cœur sont plus une vue de l’esprit que le chemin que l’ensemble de l’humanité peut emprunter.

Si j’étais déplaisant, ce que surtout je ne veux pas être, je dirais que Les métamorphoses du cœur est un excellent livre… pour les bobos.

Pierre de Restigné


Les métamorphoses du cœur ou L’Économie cordiale

Xavier de Bayser

Éditions de l’Archipel. 14€95


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