The autograph manuscript of Sergueï Rachmaninov’s second symphony soon to be sold at Sotheby’s in London


Sotheby’s vient d’annoncer la vente prochaine d’un manuscrit autographe de Sergueï Rachmaninov, celui de sa deuxième symphonie. Le genre d’événement qui suscite la curiosité, le désir et la passion tout à la fois de tous les musicologues. Il s’agit d’un ouvrage de 320 pages avec vingt-quatre portées par page, rempli d’ annotations à l’encre noire portant sur de multiples corrections, modifications, suppressions voire révisions des orchestrations (le «stichvorlage» dans le jargon musicologique) en destination du copiste et de l’éditeur écrites au crayon rouge, et comportant notamment des détails ayant trait aux numéros de répétition et à la mesure métronomique.

Cet ouvrage constitue d’évidence une mine d’informations pour la genèse de l’oeuvre, en effet la symphonie diffère à plusieurs endroits de la partition publiée ultérieurement. Qui plus est il est rarissime de trouver mis en vente des manuscrits originaux des grandes symphonies. Ce manuscrit autographe, inconnu des chercheurs, on le croyait perdu, fut découvert en 2004 et provenait de la collection d’un collectionneur européen il fut alors estimé d’une valeur de £300,000 à £500,000 et mis en vente mais la procédure dut être interrompue car les descendants du compositeur qui géraient la succession Rachmaninov firent valoir leur droit de propriété. Un arrangement fut conclu à l’amiable et le manuscrit fut alors vendu à la fondation Tabor qui le plaça en dépôt à la British Library.

Il revient en lumière pour une nouvelle vente chez Sotheby’s annoncée pour le 20 mai 2014, il est aujourd’hui estimé pour une valeur oscillant entre à 1.000.000£ et 1.500.000£ (1.215.000€ à 1.820.000€)

Rachmaninov (1873-1943) écrivit en 1907 cette symphonie pour être jouée dans le cadre des concerts dirigés par son cousin Alexandre Siloti. Il lui demanda de la discrétion se souvenant avec amertume de l’accueil peu chaleureux qui avait accompagné sa première symphonie en ré mineur. La partition est achevée mi janvier 1908 à Dresde où il s’est installé l’année précédente avec sa famille. Les répétitions sont alors conduites par Siloti et l’oeuvre est créée à Saint-Petersbourg le 26 janvier 1908 sous la direction de Rachmaninov en personne. Peut-être a-t-il alors utilisé cette partition autographe, bien qu’elle ne comporte que très peu de marques de direction ; peut-être aussi a-t-il dirigé de mémoire. C’est un immense succès, il est chaleureusement acclamé et l’oeuvre connait la gloire. S’envolent alors les moments de déprime provoqués alors par l’échec en 1897 de sa Première symphonie. Le premier mouvement débute par un largo riche et puissant, une polyphonie colorée introduite par les contrebasses, les violons et les bois se déploie et l’on est immédiat pris dans l’océan mélodique et romantique du compositeur. L’orchestration est magnifique. Ce qui est sûr c’est qu’ensuite il a poursuivi la composition de l’oeuvre et en a révisé certains passages, on trouve sur la partition autographe des modifications écrites avec des crayons de couleur du thème principal joué au violon.

Le dernier mouvement quant à lui a été le plus modifié et est tout à fait intéressant, le final a été considérablement remanié, il a biffé sur la partition deux portées qui n’apparaissent pas sur l’édition qui sera publiée et d’autres bouleversements apparaissent.

Plusieurs pages font défaut ( la page du titre par exemple) ainsi que la dernière page, mais globalement le manuscrit est, comme l’on dit dans le langage des enchères, «en bonne condition»

On ne connait que peu de choses sur ce qu’il advint de cette partition après ce concert et comment elle arriva hors de Russie. En outre elle a été peu étudiée par les chercheurs lors de son dépot à la British Library.

« La seule condition requise pour recevoir le message de Rachmaninoff est la sincérité; la sincérité et l’absence de tout pédantisme; la sincérité et le consentement à l’ivresse qui nous emporte. Rachmaninoff était le dernier des grands poètes russes du piano, le dernier des musiciens inspirés – car en ce temps-là le mot inspiration avait un sens. »

Vladimir Jankélévitch

En 1909 Rachmaninov est invité pour une tournée de concerts aux États-Unis, où il apporte comme en cadeau de dédicace le troisième concerto pour piano en ré mineur. Il retourne en Russie en janvier 1910. Il a retrouvé l’âme russe et se succèdent alors de nouvelles compositions ( Vêpres, Mélodies, Préludes); en 1913 il se rend en Italie. 1914 la Guerre embrase l’Europe, la Russie entre en guerre.

À partir de 1915 arrive pour Sergueï Rachmaninov toute une succession d’événements tragiques et douloureux : la mort de Scriabine, puis de Taneïev son professeur au conservatoire, son père disparait l’année suivante, la situation de la Russie est chaotique, les gouvernements nommés par Nicolas II sont instables et éphémères, le Tsar est contraint d’abdiquer le 15 mars 1917. Rachmaninov écrivit pendant cette période son dernier cycle d’Etudes-Tableaux, opus 39 . Les bolcheviks prennent le pouvoir, la Révolution russe est en marche.

Rachmaninov travaille sur son 1er concerto qu’il revisite. C’est alors qu’on lui propose une tournée en Norvège qu’il s’empresse d’accepter, il part avec sa famille. C’est là qu’il apprend l’assassinat du Tsar et les siens le 17 juillet 1918. Il décide de quitter l’Europe et vogue avec sa famille vers les USA où il arrive le jour de l’armistice le 11 novembre 1918. Jamais plus il ne reverra la Russie. Il meurt le 25 mars 1943, à Beverly-Hills, quatre jours avant son soixante-dixième anniversaire, il venait juste d’être naturalisé américain.

Timothy Orpington, correspondant de Wukali à Londres et Pierre-Alain Lévy


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