Chrétien Bompart, a new breed of police officer, with some sort of parentage with Commissaire Maigret


La chronique littéraire d’Émile COUGUT


Un roman policier. Encore un ? Oui, encore un roman policier ! Il y en a combien qui sont publiés chaque année ? Je ne connais pas le chiffre, mais entre les rééditions et les nouveautés, c’est sûrement par centaine qu’ils s’étalent sur les présentoirs de nos libraires préférés et il est difficile de faire un choix. Parfois on est déçu, parfois on a l’impression d’avoir découvert une véritable « pépite ». Catherine Bessonart n’est pas totalement inconnue des amateurs de romans policiers, elle a été lauréate du prix « Polar » du meilleur roman francophone de Cognac (une vraie référence) en 2013 pour son précédent ouvrage : « Et si Notre-Dame la nuit… » dans lequel apparait le commissaire Chrétien Bompart.

Un prix permet d’obtenir une petite notoriété, le plus difficile est, après, de bâtir une vraie œuvre, de créer un univers qui soit propre à l’auteur, qui donne envie au lecteur de continuer à se plonger dedans, à suivre l’évolution du personnage principal. L’exemple qui vient tout de suite à l’esprit est bien sur l’univers si particulier que Simenon a si parfaitement créé autour du commissaire Maigret.

Catherine Bessonart dans la palette de l’ange continue de développer la personnalité, la philosophie de vie de Chrétien Bompart . Ce commissaire de police, de la « prestigieuse » Police Judicaire de la Préfecture de Police, est un homme meurtri, nostalgique, dégageant une grande humanité, faisant preuve d’empathie. Il est toujours amoureux de Mathilde, son ex-épouse avec laquelle il entretient une relation qui se veut amicale. Mais il l’aime encore à la folie et il souffre de cette relation disproportionnée, qui est loin de le satisfaire, qui le frustre. Ceux qui n’ont pas connu ce genre de relation ont du mal à le comprendre. Ce serait si facile de « tourner » la page et de recommencer. Facile, mais impossible. Chrétien Bompart n’est pas masochiste, il est seulement un être en souffrance, qui sait, pour l’avoir vécu, le bonheur perdu qu’il a connu avec Mathilde, et qu’il pourrait retrouver avec elle. Et en plus, il a de l’espoir, car il n’y a pas eu rupture brutale, totale entre eux, leur relation est ambigüe, très forte, il sait qu’il n’y a qu’une très mince frontière entre cette « amitié » et le bonheur, mais il sait aussi qu’il n’y a qu’elle qui peut la franchir. Or, elle est envahie par ses problèmes de santé et indéniablement n’est pas prête à faire ce pas.

Cette relation explique en grande partie le caractère de Chrétien Bompart, sa philosophie de vie, ce « vague à l’âme » qui le définit, même dans son cadre professionnel. Il est un bon « flic », secondé par les inspecteurs Grenelle et Machnel sans compter le médecin légiste Fabbiani. Ces personnages récurrents sont là pour mieux mettre en valeur la personnalité du « patron ». Janvier, par exemple, avait le même rôle auprès de Maigret. Les relations de ce dernier avec Chrétien Bompart son plus qu’évident : même profession dans le même lieu, même solitude aux « moments clefs » de l’enquête, même résidence (du moins quand il vivait avec Mathilde) boulevard Richard Lenoir. Le parallèle s’arrête là, Maigret peut se réfugier, se reposer auprès de Madame Maigret, Chrétien Bompart lui ne peut se réfugier, se reposer que sur une idée, un rêve, un besoin.

L’univers que crée Catherine Bessonart est proche de celui des grands noms du roman policier comme Elisabeth George, Patricia Cornwel, Fred Varga, Dona Léon ou Mankel par exemple. Comme pour ces auteurs, l’histoire policière est très accessoire, ce qui compte c’est la psychologie du personnage principal et elle y arrive parfaitement. Chrétien Bompart est un policier réaliste, tant au niveau professionnel (rien n’est plus énervant que les erreurs concernant la réalité professionnelle de certains policiers de roman), qu’humain. Chrétien Bompart est un policier, mais c’est surtout un homme dans toute sa complexité et les douleurs qu’il porte en lui.

Le livre terminé, le lecteur est frustré. Frustré que le troisième opus des enquêtes de Chrétien Bompart ne soit pas encore édité.

Emile Cougut


La palette de l’ange

Catherine Bessonart

Éditions de L’Aube.18€20


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