General Lee first biography in French


La chronique de Félix DELMAS.


Enfin une biographie en français de Robert E. LEE, connu avant tout du grand public comme le général sudiste qui est défait par le général Grant lors de la guerre de sécession. Nous n’en connaissions qu’une « image d’Epinal » : le général défenseur du sud esclavagiste, l’homme digne à la barbe grise, et après ? Rien ou pas grand-chose alors qu’aux Etats-Unis d’Amérique, il est un symbole présent, adulé par un très grand nombre, détesté par les autres. De fait il ne laisse pas du tout indifférent dans son pays natal. Et le petit français qui se promène aux Etats-Unis d’Amérique, finit par être interpellé, quand il s’aperçoit que le vaincu de Gettysburg a donné son nom à une université à Lexington en Virginie : la Washington and Lee University. Ce n’est pas un hasard. Tout d’abord à la fin de la guerre, Lee a été le directeur de cet établissement, mais surtout ces deux grands généraux étaient natifs de Virginie et le premier président des Etats-Unis d’Amérique était le grand-père de son beau-père.

Le même français apprendra que de nombreuses rues, une autoroute, des écoles portent son nom. Un jour férié aussi en Virginie. Et quand il visite, à côté de la capitale fédérale, le cimetière militaire national d’Arlington, qu’elle n’est pas sa surprise de voir le mémorial Robert E. Lee. Peu savent avant cette visite qu’Arlington jusqu’au début de la guerre était la résidence du général, où étaient pieusement conservés des souvenirs de Washington.

Robert E. LEE a été élevé dans le culte du père de la Patrie. Son père fut un des généraux de ce dernier lors de la guerre d’indépendance, deux de ses grands oncles ont signé la déclaration d’indépendance, et quand il se marie avec sa cousine éloignée Mary, ses liens se renforcent encore plus. Et de fait, toute sa vie, Robert E. Lee, s’est senti en quelque sorte comme le dépositaire de la mémoire de Washington, pour lui, sa défense des états sudistes n’était que conforme à la pensée du premier président.

Robert E. LEE est né en 1807, en Virginie. Son père, héros de l’indépendance, connait des revers de fortune, fut le plus souvent absent. Très vite, la famille Lee vit d’expédients, d’aides des innombrables cousins. Pour ne pas être une charge pour sa mère dès qu’il le peut il part à West Point, d’où il sort vice-major et choisit de servir dans le génie. Déjà se dessine son caractère : un homme digne, peu expansif en public, un grand organisateur, un vrai diplomate ne se mettant jamais en avant, mais accomplissant parfaitement son devoir. Il connait une vie militaire quelque peu terne, ne sollicitant jamais rien, refusant de faire jouer ses relations familiales il connait une carrière terne, « poussive ».

En 1846 a lieu la guerre du Mexique, où il se couvre de gloire grâce à son courage, à son zèle. Le général Scott, chef de l’expédition, le décrit comme le plus grand militaire des Etats-Unis ! A cette occasion, il rencontre furtivement un jeune lieutenant : Ulysse Grant. Il revient de cette campagne, désabusé, aigri mais toujours plein de cette abnégation, de ce fatalisme qui sont les points saillant de son caractère. Ces mérites sont loin d’avoir été reconnus, tout au plus obtient-il un brevet de Colonel. En 1852, il est nommé directeur de West Point puis en 1855, Lieutenant Colonel dans la cavalerie au Texas.

Avec son épouse, il a 7 enfants, quatre filles qui ne se marieront jamais et trois fils qui vont s’illustrer dans la guerre de sécession, son ainé, Custis, major de West Point, sera même un des généraux sous les ordres de son père. Dans sa vie privée se dessine un autre homme, très attentif à la santé, à l’éducation de ses enfants, accablé par le décès en 1862 de sa fille Anne, essayant de gérer tant faire se peut les biens familiaux. Il a des esclaves depuis l’héritage de son épouse et il se montre ni plus dur, ni plus empathique que les autres propriétaires. Tout au plus, il se montre lucide, sachant que progressivement l’esclavage disparaitra. C’est aussi et surtout un croyant, lisant la Bible tous les jours, se soumettant à ce qu’il pense sincèrement être la volonté de Dieu. Sa principale passion sont les chevaux et certains de ceux-ci passeront à la postérité comme Traveller, enterré à Lexington et dont les portes de son écurie sont toujours ouvertes pour permettre à son esprit de galoper librement.

Dés les années 1850 une fracture de plus en plus importante se crée entre les états du sud et ceux du nord. Les premiers se veulent être les seuls héritiers des pères fondateurs, emprunts d’une mentalité du XVIIIéme siècle où la réussite est due à ceux qui en sont dignes, qui se veulent vivre dans un ordre social voulu par Dieu. Au nord apparait l’idée de la libre concurrence, s’instaure le capitalisme et surtout l’idée que la réussite sociale ne vient pas par la naissance mais par l’effort individuel. Le problème de l’esclavage, « l’institution particulière » du sud, n’est que très accessoire, du moins au début, pour devenir le symbole de la lutte entre le nord et le sud bien après le début de la guerre. Paradoxalement, dans ses écrits Lee est beaucoup plus critique sur l’esclavage qu’un certain jeune politicien : Abraham Lincoln ! Une chose unie quand même les états : un racisme profond à l’égard des noirs.

En 1861, les états du sud font sécession, la guerre devient inévitable. Au nord, on cherche un général en chef et cette fonction est proposée à Robert E. LEE ! Celui-ci décline cette promotion par fidélité. Fidélité envers son état natal : la Virginie. Il était violement contre la sécession, mais par devoir et que par devoir (Lee n’est pas un idéologue et refusera toujours une quelconque responsabilité politique) il accepte d’être nommé général de l’armée de Virginie du Nord. Durant les 4 ans que va durer la guerre, il montrera un talent de tacticien, d’organisateur qui va fonder sa légende.

Le général LEE est adulé de ses soldats à l’instar d’un Napoléon. Il fait montre d’une grande humanité envers eux, s’occupe des moindres détails matériels pour essayer, en vain, de leur donner un minimum de confort. Durant toute la guerre, il se heurtera à des problèmes liés au ravitaillement et à un sous effectif chronique. Bien que la première loi sur la conscription ait été votée en Virginie en 1861, Lee ne disposera rarement que de plus de 50% des effectifs théoriques calculés par le ministère de la guerre. De fait, il va se battre toujours en infériorité numérique, avec des moyens toujours inférieurs aux nordistes. Il invente des redoutes d’artillerie sans canons mais avec des « leurres » faits de troncs d’arbres. Et pourtant, pendant 4 ans, sans arriver à vaincre de façon définitive, il arrive à défaire toutes les armées nordistes : celles de Pope, de McClelland, de Burnside, de Hooker, de Meade, portera son armée en Pennsylvanie d’où il devra partir après la défaite de Gettysburg qu’il aurait pu gagner s’il fut mieux secondé. Les historiens militaires se déchirent pour connaitre le vrai talent militaire de Lee, pourquoi ne porta-t-il jamais un coup fatal alors qu’il en avait, théoriquement, la possibilité ? Lee fut dès le début de la guerre très lucide, il savait que jamais il ne pourrait vaincre les nordistes de façon définitive et que la seule solution ne pouvait être que diplomatique et politique et que pour y arriver, il fallait marquer psychologiquement l’opinion publique nordiste par une franche victoire.

LEE a fait une guerre du début du XIXème siècle, alors que son principal adversaire en a fait une du XXème siècle, n’hésitant pas à semer la terreur dans les populations civiles ennemies, cherchant avant tout l’extermination. Et de fait, Grand ne fut pas avare de la vie de ses soldats, sûr de sa supériorité en nombre et en armes. Lee a su s’adapter à son ennemi, et toutes ses connaissances apprises au génie lui ont fait développer des fortifications, des moyens physiques pour contrer les assauts ennemis qui seront repris lors de la première guerre mondiale. Ce fut la première fois où les armées s’enterrèrent dans des tranchées.

Au-delà des problèmes purement militaires, Lee dut aussi et surtout faire preuve de vrais talents de diplomate pour essayer d’imposer ses vues au travers d’un commandement particulièrement compliqué où les égos étaient bien plus importants que les réalités du terrain. Et le président Jefferson David, ancien officier était loin de tout arranger.

Le 6 février 1862 Robert E. LEE est nommé Généralissime des armées confédérés, mais il sait que la guerre est perdue. Il défend la position de Petersburg aux portes de Richemont, la capitale confédérée, mais il est submergé par le nombre d’unionistes, essaie de se dégager, mais devant la gare d’Appomattox, le 9 avril, il finit par accepter la proposition de Grand et il signe la reddition de son armée. Grand se montre magnanime, très respectueux de son malheureux adversaire, toute son armée est libre sur parole. Alors, la guerre de sécession ne durera pas plus d’un mois, le sud a perdu, la réconciliation doit avoir lieu.

Robert E. LEE va y participer autant qu’il peut durant les cinq années qui lui restent à vivre. Dès le lendemain de la défaite, il est déjà adulé par les sudistes et admiré par ses anciens adversaires, vivant il est déjà rentré dans la légende.

Il va connaitre le sort des anciens officiers confédérés, sans ressources il est obligé de trouver du travail. Il est déchu de ses droits civiques qu’il ne recouvrira qu’en… 1975. Pour autant il ne montre aucune animosité, aucune haine vis-à-vis des vainqueurs. Au contraire, sans jamais faire de politique, il essaiera de faire tout ce qui était en son pouvoir pour panser les séquelles de la guerre.

Robert E. LEE n’a jamais écrit ses mémoires malgré de multiples propositions. En revanche, il reste sa correspondance à travers laquelle se dessine « l’homme de marbre » : un homme de son temps, pas plus ni moins raciste qu’un autre, un bon chrétien, bon époux, bon père, un homme de devoir et de dignité, plein d’empathie pour ceux dont il a la responsabilité. : les « Lee’s miserables ».

Vincent Bernard s’appuie sur cette correspondance, sur d’autres documents d’époque qui permettent de rendre cette biographie riche et vivante. L’ouvrage est passionnant et il convient d’admirer l’extraordinaire et exemplaire travail de recherche mené par l’auteur, grand spécialiste de l’histoire militaire des États Unis, et d’en souligner la densité, la richesse et la force d’analyse.

A la fin de sa lecture, le petit français comprend pourquoi la place de Robert E. Lee est bien parmi les américains les plus importants de l’histoire.

Félix Delmas


Robert E. LEE. La légende sudiste

Vincent Bernard

Éditions Perrin. 24€


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