Une façon monumentale de faire le« Buzz»

Apple avait profité depuis fin 2012 de la rénovation d’un des hôtels particuliers de la place des Vosges pour installer en façade une bâche de protection géante (110m2) masquant les deux étages et décorée avec des couleurs criardes d’un produit de sa marque, en l’occurrence un Iphone.

Publicité on ne peut plus efficace en terme d’image ou plus précisément dans le contraste saisissant (et monstrueux) qu’elle provoque. La subtilité des annonceurs ou pour le moins de l’agence de communication apparait dans le texte liminaire positionné en bas de la bâche: «Cet affichage contribue au financement de la restauration de l’immeuble», pas moins !

La colère des riverains du quartier choqués par cette pollution visuelle, se fit entendre jusque’à la rue de Valois dans le cabinet de la ministre, Aurélie Filippetti. Plusieurs plaintes demandant le retrait de cette maxi affiche parasite avaient été déposées . Il est vrai que que la Place des Vosges, ( ancienne Place Royale) construite sous le règne d’Henri IV est classée Monument historique.

La requête a été entendue, le Directeur adjoint des affaires culturelles pour la région Ile de France vient de déclarer : «Normalement, la publicité sera retirée mercredi. La ministre s’est penchée sur le dossier et nous a dit : il faut la retirer, elle n’est absolument pas nécessaire. La bâche est restée suffisamment longtemps pour financer les travaux qui ont pris du retard». Le gestionnaire de cet emplacement publicitaire la société Experion Media ( ex CBS Outdoor International) espérait jusqu’alors obtenir une prolongation de l’autorisation jusqu’à la fin de l’été

La France est riche d’un patrimoine monumental exceptionnel. Depuis la loi du 4 août 1962 dite loi Malraux, le nettoyage des façades des monuments classés historiques incombe à leurs propriétaires et instaure un calendrier et un protocole exigeants et précis et cela induit bien évidemment un coût et un financement conséquent.

Depuis quelques années on a vu souvent fleurir, notamment à Paris, à l’occasion de chantiers de restaurations de colossales bâches décorées en trompe l’oeil et le plus souvent reproduisant la façade d’origine du bâtiment concerné. Avantage à la fois d’ordre pratique, dissimuler les échafaudages et le chantier, protéger le public des nuisances occasionnées et identifier le bâtiment tel il fut et redeviendra. Les annonceurs, tout du moins les grands groupes français et internationaux, voyaient en ces parements provisoires d’efficaces médiateurs pour leurs marques ainsi qu’une importante source de financement

«Un nouveau dispositif, entré en vigueur en octobre 2007, autorise sous conditions une dérogation mesurée en faveur de l’affichage publicitaire sur les bâches d’échafaudages pour les monuments historiques», indique le site du ministère de la Culture et de la Communication.

Le Panthéon actuellement en travaux, n’aura pas quant à lui à subir ce maquillage quelque peu incongru. Il est prévu de recouvrir son dôme d’une oeuvre d’art plutôt que d’une publicité. Les mânes de Victor Hugo et de Jean Moulin apprécient !

Elsa Weiller, Wukali bureau de Paris-Ïle de France


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