D’Annunzio, an iconic and Faustian character of the Belle Epoque


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Le livre de Dominique Lormier n’est pas une biographie du grand écrivain italien de la Belle Époque. Ce n’est pas pour autant un roman portant sur celui qui permit le rattachement de Fiurme à l’Italie. Cet objet littéraire original, enfin il y a d’autres livres à mettre dans cette catégorie, se veut être les mémoires apocryphes de Gabriele d’Annunzio, les mémoires qu’il n’a pas écrites, Dominique Lormier ne faisant que combler cette lacune .

Mémoires est un bien grand mot puisque les deux tiers du livre porte sur la vie de Gabriele d’Annunzio au Moulleau, petit village sur le bassin d’Arcachon entre 1910 et 1914. Il ne s’y retrouve pas par hasard car il cherche avant tout à échapper à ses créanciers en Italie (ses biens ont été saisis à Florence) et à Paris. Car l’écrivain, malgré sa grande célébrité dans ces deux pays et les importants droits d’auteur qu’il gagne, dépense sans compter. C’est une sorte de Dandy, raffiné, snob, dépensier, une sorte d’aristocrate décadent, lui le fils de bonne famille bourgeoise. En plus, bien que marié et père de trois enfants, c’est un coureur de jupons, aujourd’hui on dirait que c’est soit un pervers sexuel soit un « adict » au sexe, au charme certain qui passe de maîtresse à maîtresse et surtout qui n’hésite pas à dépenser des fortunes pour arriver à ses fins. Il est un mélange d’Oscar Wilde, de Georges Simenon mâtiné de Théophile Gautier.

Il y a bien sûr, l’enfance, l’adolescence, les premiers pas dans sa vie d’adulte, ses premiers écrits. Mais ces « mémoires » portent essentiellement sur le bassin d’Arcachon, la villa Saint Dominique qu’il loue, sa passion pour les chevaux et surtout les lévriers, ses promenades, ses découvertes dans la forêt des Landes, en Aquitaine. Et Bordeaux, symbole de la beauté, qu’il visite émerveillé, lui, l’esthète qui ne peut concevoir sa vie que basée sur la pureté, le beau absolu. C’est aussi le lieu où il se remet à écrire, enfermé dans ses appartements comme un ermite, refusant de voir qui se ce soit, même ses maîtresses, même des femmes inconnues qui sont prêtent à se livrer à lui parce qu’il est lui, un des plus grands écrivains de son temps. C’est au Moulleau où il écrira la pièce « Le Martyre de Saint Sébastien », mis en musique par Debussy. Il l’écrira dans un français si pur que pour les critiques de son temps c’est l’œuvre d’un grand écrivain français.

Les derniers chapitres portent sur son départ pour l’Italie, son investissement durant la Première Guerre mondiale, la témérité, le courage dont il fit preuve : lieutenant au début du conflit il gagne les galons de lieutenant-colonel au front aussi bien en servant dans l’infanterie que dans l’aviation : c’est son escadrille qui bombarde Vienne en 1918. Lui, le vrai patriote, s’est personnellement impliqué dans le conflit. Barres qui avait le même âge n’est jamais allé au front… Et puis quelques trop courtes lignes sur son action pour rattacher Fiurme à l’Italie et sa méfiance vis-à-vis de Mussolini. Il mourra au milieu des années trente, certes comblé d’honneur ((le roi l’a fait prince de Montenevoso en 1924) mais étroitement surveillé par les fascistes.

On ne peut que regretter (mais c’est vrai que ce livre n’est pas une biographie ni un essai) qu’il n’y ait pas une vraie analyse des idées politiques de l’écrivain, idées où se mélangent patriotisme, nationalisme, élitisme mais aussi, un penchant pour la réaction, la révolution, la grandeur de l’Italie, un certain anarchisme de droite. Il y a bien sûr quelques pages sur l’œuvre de Gabriele d’Annunzio, mais comme c’est écrit par un autre que lui, c’est tout à sa gloire et il est parfois gênant de lire cette longue litanie d’autosatisfaction à base de « c’est la plus belle de mes œuvres », « mon génie », « je décris merveilleusement, etc.» C’est lourd, pesant. Soit Gabriele d’Annunzio avait un égo surdimensionné, n’a jamais, même à son plus jeune âge, douté de son génie. C’était un être égoïste, égotiste, égo centré et j’’en passe. Ses traits de caractère expliquent en outre son œuvre. Mais dans ce livre, cette sorte d’autosatisfaction rend le personnage plutôt insupportable, trop sûr de lui, sûrement pas attachant, et toutes ses femmes, dont la terrible comtesse Goloubev, ressemblent plus à des masochistes qu’à des femmes amoureuses. A trop vouloir montrer toute l’admiration que l’on a pour une œuvre on finit parfois par desservir son sujet.

C’est dommage. Mais Dominique Lormier commet une moyenne de quatre à cinq livres par ans sur Bordeaux, la résistance, les guerres mondiales, la belle époque, etc. Il sait écrire, mais on peut se demander s’il n’écrit pas trop, dans le sens où il ne prend plus le temps pour gommer certaines aspérités, certaines lourdeurs dans ses écrits. Il lui reste à écrire un livre (et surtout pas à la première personne du singulier) sur les quatre ans que Gabriel d’Annunzio a passé sur le bassin d’Arcachon. Je suis certain qu’il a les connaissances et le savoir pour le faire.
Emile Cougut


Gabriele d’Annunzio ou le roman de la Belle Époque

Dominique Lormier

Éditions du rocher. 18,5€


WUKALI 15/09/2014


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