Joujou, the true history of a dwarf int the Europe of the 18th century


Joujou , roman historique d’Eve de Castro, nous plonge dans le monde de l’aristocratie européenne du XVIII°siècle. On y entre par la petite porte, celle réservée aux nains et aux bouffons, non pas l’entrée des artistes mais l’entrée de service. Joujou, personnage central est en effet un nain, mais pas n’importe quel nain : un splendide être humain miniature, aux traits fins et à l’intelligence pétillante, un Lilliputien au destin hors du commun.

Fils d’un comte russe polonais déchu qui s’est suicidé, vendu à neuf ans à une riche amie de sa mère elle-même au bord du gouffre, Joseph entre dans la vie des aristocrates oisifs de Russie. Traité comme un chien savant, rongeant son frein en attendant son heure, Joseph, désormais surnommé Joujou (appellation qui ne le quittera plus) dévore les connaissances à sa portée. Polyglotte, musicien, amuseur de Salon, il sillonne l’Europe, ses cours princières et royales, rencontrant les grands de ce monde, attirant curiosité et convoitise. Joujou passe de l’enfance à l’âge adulte, découvre les passions propres aux différentes étapes de la vie, mais il demeure un géant coincé dans un corps de chérubin.

On découvre à travers son périple l’Europe des Lumières, ses fastes, ses beautés mais aussi et surtout ses zones d’ombre. De l’aristocratie éduquée et choyée aux vues pourtant ö combien étriquées, à la plèbe la moins estimée, des brigands, comédiens et prostituées, seuls capables d’humanité. Trois siècles nous séparent… Une éternité ? Pas tant que cela tout compte fait.

Prenant un peu de recul, l’histoire parfois triste, souvent rocambolesque et toujours surprenante de Joujou donne lieu à une réflexion nuancée non seulement sur la société mais aussi sur les rapports entre individus.

On peut être choqué par la façon inhumaine dont est ici traité un être humain, sur le simple fait de son apparence et donc de sa différence. Cela nous questionne non seulement sur ce qui constitue notre humanité mais également sur notre rapport à l’autre quand il ne nous ressemble pas, sur le rejet qui semble pour certains aller de soi face à l’anormalité et par ce terme il faut comprendre ce qui sort de la norme, ce qui n’est pas conforme à la majorité.

Les choses sont elles si différentes aujourd’hui ? Bien heureusement dans nos sociétés actuelles le rejet basé sur les différences physiques est puni par la loi, la discrimination est un délit. Néanmoins, et on a pu le constater fortement au cours des mois écoulés, le rejet de l’autre basé sur d’autres critères est loin d’avoir disparu, peut-être (et espérons le) que d’ici quelques années cela sera vu avec autant d’effroi que celui que l’on ressent à la lecture de la vie de Joujou.

Joujou est un roman maîtrisé de bout en bout, où l’on ne s’ennuie pas un seul instant, qui fait vibrer et donne à penser, en somme : un livre qu’on ne peut que conseiller.

Elsa Weiller


Joujou

Eve de Castro

Éditions Robert Laffont. 21€


WUKALI 16/11/2014


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