Are Architecture and Arts economic markers ?


L’architecture, l’art seraient-ils des révélateurs du dynamisme d’un pays et anticiperaient-ils sur son devenir économique ?

Et si la France n’était nullement ce que d’aucuns pessimistes patentés feignent de démontrer à longueur de tribunes et de sondages ? Et si le génie français, «la Furia francese» comme les Italiens parlaient des soldats de François Ier, vibrionnait de vouloir et de réussites dans le secret de ses profondeurs? Et si la résistance à la crise économique qui nous brimbale avait enfin pris racine et portait déjà les prémices tant attendus d’un printemps de bonnes nouvelles et de germinations fertiles? Et si le souffle de l’esprit, malgré les remugles médiatisés, les prophètes de malheur, les politiciens en quête de voix et d’électorats ou les journalistes malades, se levait et prenait de la force et de l’énergie?

Un indicateur fiable: la force de l’architecture et de ses chantiers sur tout l’Hexagone.

Sans remonter aux vieilles lunes, ni à la Tour Eiffel ni à Le Corbusier, on ne peut être qu’impressionné par la qualité des bâtiments, des musées, des auditoriums qui sortent de terre et placent la France dans la main des pays les plus dynamiques au monde. Quelques exemples ? C’est simple et la liste en sera volontairement limitative: Fondation Louis Vuitton, Philharmonie de Paris, MuCEM à Marseille, musée des Confluences à Lyon, Centre Pompidou-Metz, Musée de la Préhistoire de Lascaux, la Cité musicale à Boulogne Billancourt, Louvre-Lens , Louvre Abu Dhabi ou les Pierres-vives à Montpellier etc… De très nombreuses villes de France investissent dans la culture et les arts

L’art non seulement marqueur de la société mais son aiguillon et sa dynamique

Ne nous y trompons point l’art, (grand mot n’est-ce-pas!) c’est bien autre chose qu’une fonction futile pour le plaisir de privilégiés. L’art au demeurant est élévation de l’esprit et dépassement de soi et ne se confond pas avec les formulations plurielles qui n’ont que pour objet la démagogie corporatiste et l’éclatement de la société en microcosmes insignifiants. C’est en ce sens qu’il donne l’identité à un pays, son âme, héraldique pour le reste du monde de ses valeurs.

Il est aussi source de production de richesses et à ce titre sa fonction économique est stratégique, et aujourd’hui plus que jamais ! Il est un des garants du maintien de l’emploi dans des savoirs-faire séculaires et uniques et assure ainsi la pérennité d’une excellence artisanale ou industrielle. Nous avions en son temps dans WUKALI salué l’expérience de Peugeot et du facteur de piano Pleyel. Mais il est aussi au coeur de hautes technologies et pas seulement dans les domaines de l’audiovisuel, du cinéma ou de la télévision. C’est un mouvement et une accélération intellectuels qui subrepticement propulsent la société mais aussi son économie en avant.

L’architecture parce qu’elle est un art par essence ouvert sur la société et s’inscrit donc dans l’espace public au vu et su de chacun, contribue à stimuler de façon subliminale la performance globale indépendamment des choix personnels de chacun des individus qui la composent. On ne manquera pas de souligner les effets économiques directs et avérés de l’architecture et du secteur du bâtiment notamment sur l’emploi qui se résument tout simplement dans ce dicton que les gouvernants connaissent bien: «Quand le bâtiment va, tout va ! ».

Les architectes français sont connus et appréciés dans le monde entier et travaillent sur tous les continents et le Pritzker Prize ( équivalent du Prix Nobel en architecture) a récompensé un certain nombre d’entre eux (Christian de Portzamparc, Jean Nouvel).

Le talent français s’exporte à l’étranger

Plus de 50% des contrats se font en direction de la Chine, ce qui n’est gère surprenant. C’est Paul Andreu qui réalise l’opéra de Pékin, celui de Shanghaï est signé par Arte-Charpentier, Jean Nouvel vient de remporter le concours pour le Musée national des arts de Chine (NAMOC) tandis que Christian de Portzamparc gagne pour le Centre culturel de Suzhou et Valode & Pistre le centre commercial de Haitang Bay ( le plus grand Duty free shop du monde).

On ne peut citer tous les noms, tous les projets tous les chantiers en cours, la griffe française est bien présente, dans la réalisation de tours, d’aéroports, d’équipements culturels, Jean-Michel Wilmotte, Antoine Grumbach, Jean-Paul Viguier, Architecture Studio, Arep, le jeune cabinet Archi5 marquent de leurs empreintes maintes réalisations. Mais ce tableau idyllique n’est pas sans zones d’ombre notamment l’insuffisante taille de maints cabinets face aux mastodontes étrangers. En outre l’ensemble de ces contrats vers les marchés internationaux ne représente que moins de 5% du chiffre d’affaire global de l’architecture française.

Les Grands chantiers en France

Les Grands chantiers en France ont la particularité d’être ouverts à la compétition internationale, c’est une chance et ce n’est pas nouveau. L’on parle ainsi du Louvre de l’italien Visconti ou au XXème siècle de Ieoh Ming Pei architecte américain né en Chine, tandis que l’architecture du Centre Pompidou-Metz a été conçue par le japonais Shigeru Ban, quant à la Fondation Louis Vuitton inaugurée en octobre dernier, elle a été imaginée par l’américain Frank Gehry. Le dernier musée en date à ouvrir, le musée des Confluences de Lyon, a été réalisé par l’agence autrichienne Coop Himmelb(l)au.

L’art c’est bien cette quête de la liberté, cette bouffée d’oxygène, d’air du large, cet esprit maritime d’aventure et de conquête

Fernand Braudel ne s’y trompait pas quand il écrivait:

« Il y avait au moins deux France:

-l’une maritime, vivante, souple, prise de plein fouet par l’essor économique du 18ème siècle, mais qui est peu liée avec l’arrière-pays, tous ses regards étant tournés vers le monde extérieur,

-et l’autre, continentale, terrienne, conservatrice, habituée aux horizons locaux, inconsciente des avantages économiques d’un capitalisme international. Et c’est cette seconde France qui a eu régulièrement dans les mains le pouvoir politique.»

On ne peut mieux dire !

Pierre-Alain Lévy


Illustration de l’entête: Le Cube Orange de l’agence Jakob + Macfarlane Architectes se dresse dans le quartier de la Confluence, nouveau quartier des docks à Lyon érigé sur les rives de la Saône. Le Cube Orange abrite le siège social du promoteur immobilier Groupe Cardinal et un showroom de design contemporain pour RBC. Le Cube Orange est évidé et est revêtu d’une seconde peau d’aluminium perforée.



WUKALI 22/12/2014


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus