The failures of economists


Michel Turin dans un essai brillant, un livre très documenté, Le Bal des aveugles, s’en prend aux économistes. Voilà un livre, un essai journalistique qui fait du bien au lecteur qui avait ressenti depuis longtemps ce qu’expose Michel Turin, mais sans avoir pu structurer les flots d’informations qu’il avait emmagasinées : les économistes ne font que se tromper. C’est un fait. Michel Turin en 20 chapitres courts, divisés en trois parties, nous livre des exemples, nous brosse à grands traits la personnalité d’économistes et surtout fait montre d’un humour certain à la fin de chacun de ces chapitres par des citations, des réflexions qui, de fait, tournent en dérision le sérieux dont se prévalent les « experts » en économie.

Une des meilleures est bien celle d’un des plus pontifiants, qui fait preuve d’un vrai sens de l’auto-dérision, à savoir Jacques Attali  : « un grand économiste, c’est quelqu’un qui saura très bien expliquer demain pourquoi ce qu’il a prévu hier ne s’est pas produit aujourd’hui  ».

De tout temps, un certain catastrophisme a présidé à la pensée économique. Depuis Colbert, il ne manque pas de scénario prévoyant des lendemains très douloureux. Rares sont ceux qui se réalisent, mais ceux qui les ont prévus bénéficient souvent d’une notoriété telle qu’ils se changent en vrai gourou, même si les « prévisions » qu’ils livrent à la suite apparaissent fausses.

Mais c’est plutôt l’optimisme, un optimisme béat qui frise parfois l’autisme ou l’auto-suggestion qui prévaut dans ce domaine. C’est évident quand il s’agit des politiques parlant d’économie de Christine Lagarde en passant par François Hollande, mais c’est pareil quand il s’agit de professionnels. En 1910, il était économiquement impossible qu’une guerre déchire l’Europe! Et des exemples de ce niveau, le livre de Michel Turin en rassemble des dizaines !

Par principe, un économiste a toujours raison. Si ses prévisions ne s’avèrent pas être justes, c’est rarement sa faute, ce sont les faits qui ne sont pas ceux qui devraient être, ou alors la venue d’un événement qui a tout faussé. C’est sans compter aussi sur l’irrationalité du consommateur qui ne se comporte pas comme il le devrait, c’est-à-dire rationnellement, comme le prévoient les modèles mathématiques.

Car pour se dire être une science « dure », l’économie a fait appel aux mathématiques au détriment de l’homme. Mais comme parfois le modèle mathématique qui a servi de base à la théorie n’est pas le bon, comme parfois les chiffres qui ont été récoltés sont loin d’être parfaits, le résultat peut être désastreux surtout pour ceux à qui les conclusions ont été appliquées.

Et je passe sur les économistes qui, à l’instar de Thomas Piketti, trient dans les données qu’ils disposent pour les faire entrer dans leur théorie, quitte à en écarter certaines qui pourraient la contredire. Et les mêmes données peuvent engendrer des théories totalement contradictoires. Dans les années 1830, la Royal Society de Londres a fait procéder à une vraie enquête sociologique sur la paupérisation de la classe ouvrière. À partir de ces conclusions, le puritanisme anglais s’est développé: les pauvres sont pauvres car ils ne font que fauter, ils boivent et se reproduisent comme des lapins au lieu de travailler et de thésauriser. À partir des mêmes travaux, un certain Karl Marx va écrire le Capital  !

Les agences de notation sont aussi à la fête dans « Le bal des aveugles  ». Michel Turin démontre clairement leur fatuité, leur quasi incompétence et les ravages qu’elles font au niveau mondial. N’oublions pas que pour elles le placement le plus sûr était les surprimes! On a vu les résultats de leurs brillantes analyses. Il en est de même de tous les analystes financiers qui a longueur de journée nous assènent leur « savoir » et leurs conseils. Comme tout va très bien dans le meilleur des mondes, en moyenne, ils conseill
ent toujours d’acheter, qu’exceptionnellement de vendre (environ une fois sur cent).

La fatuité des économistes est certainement symbolisée par le prix Nobel qui a pu être remis la même année à deux professeurs développant des théories totalement contradictoires. Sûrement qu’une des deux doit correspondre à une certaine réalité !
Mais ne nous leurrons pas, les gourous de l’économie ont de beaux jours devant eux. Comme tous les autres experts dans tous les domaines, ils se sentent comme supérieurs aux autres citoyens, détenteurs d’un savoir que le commun des mortels ne peut avoir.

Face à la complexité du monde, ils nous distillent des grilles de lecture, plus fausses les unes que les autres. Et à longueur de journées, à longueurs d’émissions ils nous assènent leurs vérités. Et toujours dans la même direction ; les vertus du libéralisme financier. Rares sont ceux qui ne partagent pas ce point de vue, et ils n’ont pas accès aux médias de masse. Et quand ils se trompent, c’est-à-dire quasi-quotidiennement, ce n’est jamais dû à des erreurs de leur part mais à une mauvaise déclinaison de leur savoir dans la réalité. Ce n’est pas de leur faute si le réel ne peut se résumer en équations mathématiques !

Pierre de Restigné


Le bal des aveugles
Michel Turin

Éditions Albin Michel. 16€


WUKALI 30/12/2014


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus